De quel EMI s’agit-il ?

 

de la multiplicité des approches à l’unicité de sa réalité

Méthodologie et épistémologie

 

et même Ayahuasca et kétamine

 I- La multiplicité des approches

On en dit tout et (presque) n’importe quoi de ce qui ressemble à un ovni, un objet volant non identifié ! Çà en montre du moins l’importance et l’intérêt qu’on lui porte. On en extrait la vie après la vie, la preuve du paradis et des vies antérieures, jusqu’à évoquer dieu lui-même. On se chamaille à son propos. On taxe les sceptiques de « matérialistes » et on leur souhaite une bonne noyade pour vivre le « panorama de vie ». Moi-même, à la porte du tunnel (mais pas au-delà) je me laisse aller à la polémique pour le regretter bien vite.

Alors que nous assignons l’EMI aux principes d’incertitude (Heisenberg) d’incomplétude (Gödel) et de ma propre inconceptitude, nous ne pouvons pas ne pas respecter un minimum de méthode au-delà de la pure expérience ainsi qu’une certaine épistémologie au sortir de l’évidence. Sinon nous risquons nous-même le n’importe quoi. Certes, çà ne fera pas de ce livre un best seller. Ailleurs il faut agrémenter de sexe (comme « Sérotonine » de Houellebecq). Ici, il faudrait visiter les sept chambres du « Château de l’âme » de Thérèse d’Avila.

Tant pis. Parce que nous, nous avons les deux, unifiés en un. Notre EMI est absolue, universelle, atemporelle et acausale. Que veut le peuple ? Je rappelle que l’humour, ici, tient lieu des cachotteries du Sinaï (Moïse), de la caverne (Platon) et des grottes (Mahomet). Nous pistons les fondements invariants qui permettent aux variables de s’enrichir de leur sens profond. Et nous revendiquons même l’OntoCode. Alors, çà vaut un peu de rigueur, et même beaucoup. Sans que çà ne gâche sa scientificité qui n’est, pour le moment, que phénoménologie, à savoir descriptive.

II- Des fondements uniques et universels de l’EMI

De quoi EMI est-il le nom ?

L’Expérience de Mort Imminente est actuellement un phénomène reconnu depuis que Raymond Moody en a fait une réalité statistiquement validée. Mais il n’a retenu que les formes pathologiques dues aux traumas, comas et autres catas. J’y ai inclus la psychose aigüe. Depuis lors le monde médical fait consensus sur un déroulement commun. Des dix-sept symptômes retenus par Greyson pour son questionnaire aux douze phases du premier Moody, on s’entend finalement sur les cinq étapes que j’ai moi-même observées.

1- Les formes dissociées de l’EMI traumatique

Mais. Mais ces occurrences pathologiques se construisent principalement sur un clivage et même sur la dissociation, de telle sorte que les descriptions les plus nombreuses, et surtout les essais de théorisation, ne retiennent principalement que les éléments dissociés : sortie du corps (OBE), voyage astral, panorama de vie, croyance absolue (et non évidence). Il ne faut pas s’étonner que les théorisations se construisent aussi en clivage, avec la conscience « non locale » en particulier, jusqu’au ticket d’entrée au paradis.

Même si ces expériences extrêmes ne sont pas trop nombreuses, qu’elles apparaissent disparates et chaotiques au point de faire disjoncter certains spécialistes, nous faisons de ces phénomènes la référence de base et le repère de l’EMI. Ils existent depuis toujours, partout, chez les jeunes et les vieux et surtout chez les mourants. La dénomination « mort » s’impose toujours encore même si elle devient métaphorique dans les autres occurrences. Merci Moody, Pim Van Lommel, Moorjani et Alexander, entre autres, ainsi qu’à mes patients et élèves.

2- La forme unifiée de l’EMI Initiatique

Depuis le demi-siècle de l’après Moody, nous assistons à une nouvelle étape fantastique, celle de la reconnaissance des expériences spontanées (orgasme, art, musique, beauté, nature, spiritualité) et des pratiques dédiées (méditations, somatothérapies analytiques etc) ! Or ces expériences redupliquent totalement les EMI traumatiques, sauf qu’elles maintiennent (et réalisent même) l’unification de l’être. Pour un professionnel comme moi, cela apparait avec « évidence ». Il s’agit du même cycle expérientiel (en cinq étapes) qui génère bien plus de richesse parce qu’unifié. Et, surtout, il concerne un quart à un tiers de la population, donc près de deux milliards de personnes.

Nous ne pouvons plus faire comme si et, encore une fois, ne plus raconter n’importe quoi. A deux milliards, ce n’est pas Facebook, qui triche sur les chiffres. Ici, ce serait même plus et ce sera même exponentiel. Ces EMI spontanées et pratiquées représentent actuellement la véritable référence. Mais quelle est-elle ? La voici en cinq à six critères qui réalisent une grande partie de cette méthode et de cette rigueur scientifique que nous nous imposons.

3- L’EMI ne concerne que le genre humain

et pas la vie en général présente depuis trois à quatre milliards d’années. Chez nous, seulement 300.000 ans. Notre objet ne concerne pas plus le code génétique qui est tout aussi vieux que les premières molécules. Notre OntoCode ne peut donc pas être génétique, tout au plus épigénétique. Et, comble de coquetterie, il serait plus stable que l’autre car non transformable par Crispr Cas 9. Même les Gilets Jaunes ne le transformeront pas. Pour le moment, ils confirmeraient plutôt que l’OntoCode commence par dynamiter ce qui se fige. L’EMI dévoile seulement la spécificité du genre humain.

4- Les catégories logiques et la classe des objets spécifiques

Osons une définition. L’EMI est un vécu présent d’un certain type logique, chez une personne donnée, dans des circonstances répertoriées. Ça rabaisserait notre caquet ? Nullement. Nous sommes en train de garantir notre objet en le définissant clairement quant à la forme et en lui laissant toute latitude quant au contenu. Cette délimitation exclut des contenus qui ne le concernent pas :

  • les vies dites antérieures et les vies supposées post mortem ;
  • les objets dissociés : dieu et autres équivalents virtuels, allégations parapsychologiques non objectivées, conscience non locale, inconscient pris comme chose en soi ;
  • les dimensions d’une autre classe logique telle que la physique quantique dont la corrélation ne reste que métaphorique.

Pour rappel, il faut inclure ici que l’EMI n’est pas une morale et ne justifie pas telles ou telles mœurs. La morale est circonstanciée tandis que l’EMI en fonde les bases invariantes à travers l’éthique. Il en va de même des croyances spirituelles et religieuses : l’EMI est au-delà des organisations à dieu (x) et des laïcités et des options politiques et économiques qui restent d’innombrables variantes des bases ontologiques communes. Ça ne fera évidemment pas vendre mon bouquin, paisible comme la sérotonine. Houellebecq fera mieux avec sa Sérotonine qui fait de la morale, (celle des chattes humides) et de la politique (avec rébellion en jaune).

De façon plus simple et décisive, nous pouvons et devons statuer que l’EMI ne permet pas de prouver ces virtualités et allégations ni d’en tirer quoi que ce soit à part de bonnes ventes en librairie. En tant que thérapeutes et humanistes, nous entendons et accueillons ces croyances et associations qui peuvent avoir des fonctions thérapeutiques mais pas scientifiques.

5- Pourquoi en déduire cet OntoCode que nous vouons nous-même à l’ « inconceptitude » ?

L’OntoCode existe, comme nous l’avons postulé dès le blog 1 et c’est scientifiquement légitime, grâce à sa manifestation par l’EMI. Il est d’une complexité qui fait notre richesse et notre bonheur et il est tellement chouette qu’il nous fournit une totale synthèse par … l’EMI lui-même tout en tenant en haleine jusqu’au dernier instant (l’extase suprême). Tout ce livre nous permet de l’approcher progressivement et de nous le faire vivre pleinement par moments, sans besoin de certitude, de complétude ni de conceptitude.

Nous avons tout. Que veulent encore les gilets jaunes, rejoints par les « stylos rouges » (les enseignants) ? Et nous, et nous et nous, on s’affublerait en quoi ? En défroque noire et auréole lumineuse ? C’est tellement too much, qu’il faut de l’humour sans cela on reste coincé dans la défroque noire sans accès à l’illumination. Ou alors on subvertit comme Mahomet, avec quatre femmes (ou quatre hommes) pour échapper à la routine. Petite illumination de cet après-midi. Les Gilets Jaunes sont devant l’Assemblée Nationale (le bâtiment) face au Saint Graal : Liberté, Egalité, Fraternité. Mais c’est l’OntoCode en ses trois dimensions !

  • liberté, c’est somato-, dans le corps,
  • égalité, c’est psycho-, un peu rêveur,
  • fraternité, c’est socio-, plein le cœur.

6- Mais alors il reste quoi ?

Retrouvons notre définition. L’EMI est un processus anatomo- bio- et physio-logique à expression psychologique et construction culturelle. Résumons ces différents aspects (qui font tout le livre).

  • Anatomique. Nous insistons d’une part sur la musculature, striée (tension et maîtrise) versus lisse (volupté et orgasme/transe), et sur le cablage neuronal cortical (volontaire) versus axial (autonomie).
  • On connait déjà plus de cinquante neurotransmetteurs, une douzaine d’hormones dont les plus connues : adrénaline (action), dopamine (plaisir), ocytocine (amour), sérotonine (Houellebecq), sexuelles, tout en restant au niveau de leurs effets phénoménologiques.
  • L’IRMf, en plus des Petscan et autres encéphalogrammes ; notre cobaye national (plus de 40.000 heures de méditation au compteur) est le plus souvent présenté avec bigoudis sur la tête et immersion dans le gros tube. Quant à nous, nous cultivons la phénoménologie :
    • la dialectique: focalisation/globalisation/connexion des fonctions et dimensions constitutives ;
    • la dynamique des intensités, en douceur ou jusqu’au spasme (sexuel) et au clivage ;
    • la transcendance au-delà des limites convenues.

Nous nous lancerons dans la physiologie neuronale : système nerveux volontaire (SNV) versus système nerveux autonome (SNA) ;

  • « modes » volo(ntaire), par défaut, auto(-nome), holo et pléni ;
  • synchronisation (cérébrale), syntonisation (musculaire lisse) et sympatisation (relationnelle).

 

  • Psychologique. C’est notre job. Mais, comme vu ci-dessus, plutôt forme que contenu, états d’être que de séries, jeux vidéo ou netflix).
  • Culturelle, ou sociale, ou communautaire ou civilisationnelle ou artistique…

En tant que socioanalyste, sociologue et ethnologue (doctorat à Paris-Sorbonne), j’y recourrai largement pour en tirer que toutes ces diverses formes sont des variables du même invariant et que le cycle EMIque l’est, cet invariant, universel, intemporel et acausal

Conclusion

Une telle prétention, ou plutôt ambition (dont nous avons les moyens) fait probablement frémir et même constituer ce véritable trauma psychique que j’évoque de temps en temps. Il faut ce minimum de rigueur que j’exerce ici à nouveau. Rappelons-nous notre méthodologie et notre épistémologie :

  • nous partons des témoignages indiscutables suite à des traumas et comas ;
  • j’ajoute les milliers de debriefing de mes patients et élèves issus de pratiques « EMIlike », et de ma vaste et longue expérience personnelle ;
  • nous accédons au cycle EMIque comme processus invariant et à l’OntoCode reproduit de façon analogue à des milliards d’exemplaires ;
  • nous recherchons et trouvons effectivement cette clé universelle dans (presque) toutes les productions humaines ;
  • tout en définissant rigoureusement et délimitant drastiquement notre thème qui devient un objet d’étude à l’instar des meilleures sciences.

Quatre chapitres (au moins) complèteront cette présentation scientifique :

  • le paradigme hol-anthropique issu de la psychanalyse pléni-intégrative ;
  • le modèle neuroscientifique qui réfère les cinq étapes de l’EMI aux cinq modes neurologiques brièvement cités ;
  • le Code Ontologique et ses trois impératifs : hédonique, éthique et mystique ;
  • les appli qui relancent l’évidence au-delà des connaissances et croyances, l’éthique au fondement des morales et l’expérience personnelle plus que les convenances.

Et puis, nous passons à la deuxième question après celle qui se demandait : mais çà sert à quoi. Ici on se pose le pourquoi et le comment de la fantastique performance de l’EMI qu’on commence à situer du côté du SNA (Système Nerveux Autonome), avec l’association éventuelle à l’instinct animal. Horribile dictu ! Nouveau trauma psychique ? Alors glissez ce blog à la poubelle et le livre dans un coin. Mais attendez, il y a encore une belle surprise.

 

III- La recherche scientifique à la trousse de l’EMI.

L’ayahuasca déclenche-t-il une EMI ?

Une merveilleuse nouvelle que m’a transmise Marie-Christine, ma compagne, et venant de Wikipedia, le site gratuit (comme mon blog). Marc Gozlan, le vulgarisateur résume un article scientifique (voir ci-après) et moi-même je raccourcis encore jusqu’à l’essentiel.

 

Le principe actif de l’ayahusca déclenche un vécu construit sur le cycle EMIque.

Que pourrais-je souhaiter de mieux ? En fait, on le savait, on le sait, pour plusieurs grosses drogues. L’ayahuasca est aussi thérapeutique et aide au sevrage des toxicomanes et il ne rend pas addict avec les trois ou quatre prises requises. Stanislav Grof qui a développé la respiration holotropique (nous le verrons plus loin) avait commencé avec le LSD jusqu’à son interdiction.

L’intérêt de l’étude présentée repose sur une méthodologie digne de « l’évidence based medecine », à savoir conforme aux règles de l’art. Çà commence par un questionnaire, celui de Greyson, que je publie ailleurs. Et çà se termine en statistique même si la cohorte ne comprend que 13 cobayes. Le résultat est concluant : ils ont fait des EMI. On chipote sur quelques détails qui découlent surtout de la différence entre les EMI traumatiques en clivage qui servent de référence et ces EMI d’origine biologique généralement unifiées. Mais lisons déjà.

 

L’hallucinogène DMT mime les effets d’une expérience de mort imminente

Expérience de mort imminente (EMI). Near-Death Experience (NDE). © Wikipedia Commons. 19 août 2018, par Marc Gozlan

 

La diméthyltryptamine (DMT), puissant hallucinogène, induit des effets similaires à ceux décrits par les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente (EMI). Tel est le résultat d’une étude menée par des chercheurs du groupe de recherche psychédélique de l’Imperial College de Londres, en collaboration avec des spécialistes du coma de l’université de Liège.

 

Ces travaux ont été menés auprès de volontaires sains, 6 femmes et 7 hommes, d’âge moyen 34 ans. C’est la première fois qu’une étude scientifique évalue la relation entre une EMI induite par une drogue et une « véritable » EMI, survenant chez des patients comateux ou accidentés et se manifestant par la vision d’un tunnel, d’une lumière brillante, un sentiment de paix intérieure, une expérience de décorporation (« sortie de corps »), d’entrée dans une « autre réalité », la rencontre avec des « êtres » spirituels.

 

Les résultats de cette étude ont été publiés le 15 août 2018 dans la revue en ligne Frontiers in Psychology, Celle-ci a consisté à administrer par voie intraveineuse à 13 sujets de la DMT, substance connue pour induire une expérience de type mort imminente (EMI, ou NDE en anglais, pour Near-Death Experience). Il s’agissait de déterminer si l’intensité de l’EMI induite par la DMT pouvait être équivalente à celle des « véritables » EMI.

 

DMT : principe actif de l’ayahuasca

La DMT appartient à la famille des tryptamines, de puissants hallucinogènes. Elle est le principal principe actif de l’ayahuasca, une infusion aux effets hallucinogènes utilisée dans des cérémonies tribales d’Amérique du Sud et centrale. Le terme ayahuasca est issu de la langue Quechua, parlée au Pérou, dans certaines régions des Andes, ainsi qu’en Colombie et Argentine. La traduction littérale d’ayahuasca est « vin du mort » ou « vin de l’âme », selon les auteurs.

 

Aucun des participants de l’étude n’avait auparavant pris de drogue psychédélique (LSD, psilocybine contenue dans des champignons hallucinogènes, DMT). Aucun d’eux n’avait présenté de trouble psychiatrique ou n’avait eu une consommation d’alcool excessive.

 

Dans cette étude contrôlée avec placebo, les participants ont reçu par voie intraveineuse 7 mg, 14 mg, 18 mg ou 20 mg de DMT pendant 30 secondes. Ces mêmes patients avaient reçu 2 ml d’une solution saline, servant de placebo, une semaine auparavant. Les sujets de cette expérience ignoraient cependant dans quel ordre le placebo et la DMT leur avaient été administrés. Les chercheurs ont demandé aux participants de décrire ce qu’ils ressentaient immédiatement après leur avoir administré de la DMT, sachant que les effets induits par cette drogue se manifestent dans un délai très bref, de l’ordre de 2 à 3 minutes, et disparaissent progressivement au bout de 20 minutes.

 

Les participants ont été invités à répondre à un questionnaire avant et après l’expérience. Celui-ci a été élaboré en 1993 sur la base de données provenant d’une étude concernant 73 récits d’EMI vécus par 67 personnes. Cette échelle standard NDE comprend 16 items évaluant les composantes cognitive, affective, transcendantale et paranormale. Parmi les questions : « Avez-vous revu des scènes de votre passé ? », « Avez-vous vu une lumière brillante, ou vous êtes-vous senti(e) entouré(e) par elle ? », « Avez-vous éprouvé une sensation d’harmonie ou d’unité avec l’univers ? ».

 

Elle permet d’établir un score NDE qui, lorsqu’il dépasse la valeur seuil de 7, permet de considérer que le sujet a effectivement ressenti une expérience de mort imminente. Deux autres paramètres ont été explorés, à savoir la dissolution de l’ego (perte de la structure mentale du soi) et l’expérience mystique. Cette étude a également examiné « l’absorption » (facilité avec laquelle un individu s’extrait de l’environnement extérieur pour se concentrer sur sa vie intérieure) dans la mesure où il a été montré que ce trait de personnalité est associé à l’EMI.

 

Expérience de mort imminente chimio-induite

Globalement, les résultats obtenus par les chercheurs montrent que les scores NDE enregistrés par les patients sous DMT sont comparables à ceux notés chez des sujets ayant déclaré avoir vécu une EMI survenue en l’absence de toute prise de drogue. En d’autres termes, les chercheurs ont observé des similitudes « intrigantes » entre les caractéristiques de l’expérience associée à la prise du puissant hallucinogène DMT et la phénoménologie des EMI.

 

De fait, les chercheurs ont observé que les scores NDE de tous les participants, sans exception, étaient supérieurs à 7 après administration de DMT. Chez chacun d’eux, 15 des 16 items du questionnaire étaient significativement plus élevés que ceux enregistrés après administration du placebo. En particulier, la composante affective était particulièrement élevée chez les patients sous DMT, à l’instar de la charge émotionnelle intense liée à l’expérience de mort immense dans des personnes malades ou accidentées.

Subtiles différences avec l’EMI

Les chercheurs indiquent avoir observé de « subtiles différences » entre l’EMI sous DMT et l’EMI « véritable ». L’impression de rentrer dans une étrange réalité était plus vivace sous DMT que dans de véritables EMI. Par ailleurs, la sensation d’atteindre un point de non-retour était plus élevée dans l’EMI véritable que sous l’effet de la drogue hallucinogène, ce qui selon eux peut s’expliquer par le cadre très différent dans lequel se sont déroulées ces expériences. Celles-ci, conduites en laboratoire, ont nécessité une sélection des participants, une préparation psychologique, ainsi que leur consentement éclairé. Une surveillance médicale durant les heures suivant l’administration de la drogue avait également été réalisée.

 

Les chercheurs ont observé que les participants ayant un trait de personnalité de type « absorption » avaient plus tendance à faire une EMI sous DMT. De même, des personnes présentant à la base des idées délirantes avaient des scores NDE élevés. Selon les auteurs, il est possible qu’à l’instar des personnes ayant une croyance dans le paranormal, celles présentant des préoccupations délirantes aient plus tendance à penser que l’expérience de mort imminente n’est pas si étrange. Celle-ci trouve en effet sa place dans leur système de croyance, certains y voyant même une preuve en accord avec leurs convictions métaphysiques et/ou mystiques. Ces résultats laissent à penser aux auteurs que des traits de personnalité corrélés à la croyance au paranormal pourraient fortement influencer l’intensité et la survenue du phénomène EMI induit par la DMT.

 

Les chercheurs ont d’ailleurs trouvé une forte association entre le score NDE induit par la drogue hallucinogène et la composante « mystique » (perception intuitive de la chose sacrée et sensation d’avoir accès à des vérités ultimes). Ce score était également fortement associé au facteur « transcendance du temps et de l’espace », correspondant à la perte d’orientation spatiale et temporelle et à la sensation d’immensité, de continuité, d’éternité.

Psychologie et neurobiologie de la mort

Les auteurs estiment que l’expérience psychédélique pourrait permettre de mieux appréhender « la psychologie et la neurobiologie associée à la mort, phénomène inévitable et universel » dans la mesure où elle permet d’induire des effets subjectifs similaires à l’EMI.

Une meilleure compréhension des mécanismes neurologiques possiblement communs à l’expérience psychédélique et à l’EMI « véritable » pourrait ainsi permettre d’étudier scientifiquement ces « états fascinants », estiment les auteurs qui ne manquent pas au passage de souligner que des théories fantaisistes, « problématiques sur le plan scientifique », circulent au sujet de l’EMI.

 

(Timmermann C, Roseman L, Williams L, Erritzoe D, Martial C, Cassol H, Laureys S, Nutt D and Carhart-Harris R. DMT Models the Near-Death Experience. Front. Psychol. 2018;9:1424. doi: 10.3389/fpsyg.2018.01424)

 

Quelques commentaires perso :

  • ayahusca veut dire « vin du mort » ou vin de l’âme ; nous y sommes, en plein !
  • la rigueur, le contrôle contre placebo mais pas de cohorte témoin, çà semble évident ;
  • s’extraire de l’environnement extérieur pour se concentrer sur sa vie intérieure, subversion de l’étape 1 è étape 2 à 4 ;
  • étape 3 et 4, l’insistance sur la « dissolution de l’égo », notre bascule ontoneuro jusqu’au mode auto- et l’expérience mystique ;
  • prédilection chez des personnalités de type absorption et même délirantes, ailleurs elles deviennent chamanes !

 

La piste de la kétamine

La drogue des « teufeurs » pourrait bien être le tout dernier traitement miracle contre la dépression. La Food and Drug Administration (FDA), gendarme du médicament outre-Atlantique, vient de donner son feu vert à la vente d’eskétamine pour soigner les dépressions sévères. Présentée sous forme de spray nasal, la substance est un dérivé de la kétamine, un anesthésiant détourné comme drogue dans les rave parties dès les années 1990. Pierre de Maricourt, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, qui a codirigé en France l’un des essais cliniques sur le produit, parle de « molécule de rupture » tant ses vertus seraient spectaculaires. Alors que les antidépresseurs actuels mettent de six à huit semaines à faire effet, ce qui constitue une fenêtre de risque pour les malades suicidaires, l’eskétamine agirait tout de suite, en ciblant un neurotransmetteur différent, le glutamate.

« J’ai vu des malades plombés par la dépression, au visage totalement fermé, retrouver d’un coup goût à la vie. Ça m’a bluffé », dit le médecin.

 

Le produit est commercialisé sous le nom de Spravato par le laboratoire Janssen, qui a également déposé une demande de mise sur le marché auprès de l’Agence européenne des médicaments. » (cf : l’OBS n°2844, p.29)

 

Commentaire :

C’est évidemment par l’induction d’une EMI/NDE (tout comme avec l’ayahuasca) que cet anesthésique (vétérinaire) agit. Et nous qui faisons également accéder à ce cycle fantastique par des exercices thérapeutiques/analytiques/ontosynthétiques, nous pouvons espérer obtenir les mêmes effets sans drogue et aussi vite. Avis aux professionnels.

Je me rappelle mon internat de psychiatrie au CHU de Strasbourg où je devais assister aux électrochocs pour les mêmes indications. Les patients en sortaient totalement obnubilés. Et s’ils passaient par les modes auto- et holo- ? Nous ne pensions évidemment pas à les faire témoigner ! Maheureusement.

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