On attendait Emmanuel et c’est Notre Dame

J’écoutais la symphonie fantastique de Berlioz. A 20 heures, j’ai switché pour écouter Macron faire le bilan des Gilets Jaunes et du Grand Débat. Et je tombe sur la cathédrale de Paris en feu. Emotion, horreur, larmes. L’incroyable et l’indicible. Chaque fois que j’allais à Paris (pour nos formations), je visitais le monument, autour plus que dedans.

Un monument, une beauté, une merveille. L’un des symboles les plus prégnants de la culture humaine. C’est de l’ordre de la puissance que nous ressentons dans l’expérience EMIque. Je suis resté sidéré devant cette image impensable. Paris brûle.

EMI. Mort Imminente. Peut-on oser cette évocation face à un tel drame. Oserai-je ? Moi qui navigue beaucoup en auto et en holo, expérimentant ces profondeurs pour les commenter. Exceptionnellement mon centre de formation est vide pendant quinze jours. J’arpente mon parc pour soigner mes centaines de petits chênes et les sauver de la tondeuse. En ce moment, ils bourgeonnent, les uns en vert clair, les autres en brun cuivré. Emerveillement. Dans quelques années, ça donnera une forêt que j’ai encore du mal a imaginer. Je laisse venir. La difficulté à gérer ce parc a fait fuir mon jardinier (présent depuis vingt années) et la toute nouvelle société de service, dépassée !

Et maintenant l’incendie de Notre Dame, le brasier des poutres de chênes vieilles de huit cents ans. Trauma, coma, cata.

Les Gilets Jaunes déplorent les fins de mois difficiles et les écolos la fin du monde annoncée. Voilà. On y est. Le politique a cédé devant l’humanité. Point de discours d’Emmanuel. Que des flammes et la peur au ventre. Peur que tout s’effondre.

EMI. Expérience. Trauma hallucinant. Evidence : il se passe quelque chose d’initiatique. Marie-Christine est venue à la télé pour écouter le contrat d’un homme. Elle a fondu en larmes devant les flammes. C’était le constat de la condition humaine. Solide et stable depuis huit cents ans, çà ne pouvait pas arriver ! Mais si. La vie bouge et change. Elle est dynamique. Croyant ou laïc, chrétien ou hérétique, là, çà ne joue plus car la vie est dialectique et, surtout, transcendantique. Çà dépasse nos convenances.

Réveil à deux heures du matin. Télé. La structure de Notre Dame est sauve. Les murs ont résisté. On va reconstruire. On sollicitera l’altruisme et les dons. Tous unis.

C’était le jour des Rameaux. Il entrait triomphalement dans Jérusalem. Cinq jours plus tard, on le massacrait. Mais trois jours de plus et il ressuscitait.

Il s’agit vraiment d’un « grand récit » comme les autres, écrits à jamais et revécus pour toujours. Les récits qui vont suivre en sont des variables. Le fondement (EMIque), lui, est invariant, pour toujours et à jamais. Nous aurons deux blogs sur ces œuvres éternelles avec Gilgamesh, Yi King, Avesta, Mahabharata et le livre des morts égyptiens. Sans oublier le mythe dogon, thème de ma thèse d’ethnologie, pour plus tard.

 

Les grands textes de l’humanité et la manifestation du trio
EMI, OC et POH

Un numéro hors-série de la revue Sciences et Avenir (janvier 2018) nous apporte « 9 grands textes de l’humanité ». J’adore ce genre de présentation qui propose les bases toutes prêtes pour une approche structuraliste. La somme est supérieure à l’addition des parties comme vous commencez à l’entendre. La somme permet d’extraire l’invariant du thème à partir des principales (neuf) variables. Voici comment Christian Jacob, le maître d’œuvre de l’ouvrage, introduit ce thème. « Pourquoi ces textes, élaborés par des cultures lointaines, nous parlent-ils encore ? Il y a deux manières de répondre à votre question. La première est de dire que tous ces récits, quelles que soient leur origine et leur époque, sont régis par des structures fondamentales invariantes. Des ressorts narratifs, des enjeux émotionnels, des contextes qu’on retrouve aussi dans les contes populaires ou dans des épopées bien plus contemporaines comme le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Plus précisément, un héros lancé dans une quête, soumis à des épreuves qualifiantes, aidé par des instances que les sémiologues appellent des « adjuvants », et empêché par des « opposants » qui l’obligent à affirmer des aptitudes particulières de courage, de force physique, ou d’ingéniosité, tel Œdipe répondant aux énigmes du sphynx… »(o.c.p.8)

Les variables sont énumérées. Quant à l’invariant, c’est vous et moi, le héros lancé dans une quête, à savoir l’exaltation de son humanité. L’auteur continue. « Voyez l’Odyssée. C’est l’histoire d’un homme qui, après des années passées sur le champ de bataille, ne rêve que de rentrer chez lui retrouver son épouse, son foyer, mais qui se retrouve ballotté d’un pays inconnu à l’autre, de catastrophe en catastrophe… Exactement le scénario qui régit le Seigneur des Anneaux ! Mais il y a aussi une autre manière de répondre : on peut avancer qu’il existe dans ces textes des éléments ou des questionnements qui résonnent encore aujourd’hui » (o.c.p.8)

Nous retrouvons la catastrophe survenant avant d’accéder à la stabilité : « rentrer chez lui » pour Ulysse. L’analyse de Christian Jacob continue. « Peut-on dire alors que ces récits posent des questions éternelles ?      L’historien n’aime pas beaucoup cette expression de « question éternelle », qui tend à présumer l’existence d’une humanité éternelle, d’un fonds humain transhistorique. On pourrait toutefois imaginer une réponse qui ne soit pas historique, mais anthropologique, voire psychanalytique, en disant que ces textes nous présentent des problématiques existentielles fondamentales, qu’ils font appel à notre inconscient. Dans sa Poétique, Aristote s’interroge sur le pouvoir de la tragédie…Il évoque ces émotions fortes que sont la terreur et la pitié, à la base de la purification et du plaisir produits par ces représentations. Il existe peut-être des thèmes fondamentaux transculturels, comme la mort, l’invisible, la monstruosité, la violence, l’amour, la filiation, l’épreuve… Nous nous approchons là d’une analyse de type jungien, avec des archétypes réinterprétés différemment au fil du temps par des textes, mais aussi des tableaux, des films. » (o.c.p.8)

« Eternel » est un peu fort j’y ai moi-même renoncé pour préférer « intemporel ». Quant à l’historien (Jacob) il tourne autour du pot, sans malheureusement tomber dedans. Il en reste à l’anthropologie et au psychanalytique sans oser l’ontologique et l’OntoCode. La multiplicité des contenus, toutes ces variables, empêchent le grand saut ! Il pourrait élargir avec Jung mais se cantonne encore aux archétypes !

Mais, en fait, il subodore la structure fondamentale invariante mais il la met au pluriel. On entend bien qu’il pense à une trame, à une forme, à quelque chose de formel (un héro assailli par les épreuves et les questionnements), mais il multiplie les variables, les thèmes fondamentaux transculturels (le courage, la force, la violence, l’amour, l’amitié). Ça le fait associer à Œdipe, Ulysse , Sindbad, Tolkien. Bonnes pioches. Alors qu’il suffirait d’unifier le tout, comme ceci par exemple. Un air de déjà vu !

 

Schéma 3: La structure fondamentale invariante des grands récits de l’humanité et la trame EMIque, dynamique et dialectique

 

Mais quels sont donc ces grands textes, les neufs ? Nous nous contenterons de quatre d’entre eux parce que leurs présentations sont opportunes pour nous.

 

Gilgamesh

Voici le plus ancien de ces textes, vieux de près de 5000 ans. « Le grand message de l’épopée, toujours d’actualité : “Le plus puissant des hommes a quelque chose à apprendre du plus faible ; le plus civilisé du plus sauvage’’. Ne l’oubliez pas!» Enkidu dont la disparition propulse Gilgamesh vers… autre chose. « La mort est douloureuse mais féconde », reprend l’écrivain. Gilgamesh entreprend la traversée des Monts-Jumeaux, gardés par un couple d’hommes-scorpions – symboles de la métamorphose. À ce moment, le texte semble bégayer, répétant un même motif : « Quand il eut parcouru x kilomètres, profonde était l’obscurité sans la moindre lumière, il n’y pouvait rien voir devant lui ni derrière ». Et ainsi de suite, dix fois, jusqu’au retour du soleil au cent vingtième kilomètre.

Que lui est-il arrivé ? Pour Jacques Cassabois, « l’écho de ce périple résonne jusque dans le sixième voyage de Sindbad le marin, dans les Mille et Une Nuits, trois mille ans plus tard. C’est l’épreuve du noir. On se retrouve seul avec ses pensées, ses regrets, ses turpitudes. À l’issue de cette sombre traversée, Sinbad arrivera à Serendib, le paradis terrestre… et Gilgamesh au jardin des arbres-à-gemmes, où la lumière du soleil est douce, tamisée par le feuillage des pierres fines. » Épuisé, le héros mésopotamien rencontre la tavernière Sidouri, ia consolatrice, qui lui tient un discours de philosophie essentiel : « Ta quête est vaine. Profite de chaque instant, amuse-toi, mange, bois, chante, danse, regarde tendrement ton enfant et fais le bonheur de ta femme… Car telle est l’unique perspective des hommes. » Mais Gilgamesh n’abandonne pas. Il repart… Pour apprendre d’Utanapishti, le survivant du déluge, que l’immortalité est inaccessible. Alors il revient à Uruk. Il contemple sa ville et la découvre comme il ne l’avait jamais vue. Il est débarrassé de cette quête illusoire du pouvoir et de la force. (o.c.p.54-55)

Et voici les commentaires ontopsy.

  • « La mort est féconde» même s’il ne s’agit que de l’imminence de la mort. Et, là, le plus puissant des hommes n’est pas plus aidé que le faible. Faut se « métamorphoser » à travers les cinq étapes de l’EMI.
  • Obscurité et lumière, une lumière douce qui coule des yeux dans tout le corps.
  • La « consolatrice » décrit l’hédonisme, « unique perspective des hommes ».
  • Mais Gilgamesh repart au combat, prétendument éthique, à la quête de l’immortalité.
  • Pour désamalgamer enfin son avidité et réintégrer son existence si belle.

 

Gilgamesh, le civilisé, vous, moi

Schéma 4: l’invariant dynamique, dialectique et transcendantique du récit de Gilgamesh

 

Le Yi King, 3000 ans déjà

« Aussi appelé le Classique des changements, il est toujours utilisé pour révéler la logique invisible du cosmos, et adapter sa conduite dans un monde en perpétuel mouvement. » (o.c.p.57). Une seule phrase et déjà l’évocation des trois dimensions constitutives se fait : la logique = psycho-, la conduite = socio- et le mouvement = somato-. Quant à holo-, la complexité et plénarité, il lui faut quand même 64 hexagrammes résumés à deux fondements : yin et yang !

« Dans un tableau qui figure à la fin du livre, je repère mon hexagramme. Il s’agit du numéro 61 : « La confiance intérieure ». À ma question initiale: «Dois-je tirer le Yi Jing pour commencer cet article? », le livre répond : « quand la confiance intérieure touche même les porcs et les poissons, elle apporte la fortune. Bénéfique est la traversée du grand fleuve. Bénéfique est la justesse. » Soit. Le commentaire qui suit n’est pas plus clair : « Si l’esprit est fidèle et uni, la pensée surgit dans sa transparence authentique, le flux des ruminations mentales s’interrompt et la sincérité du cœur se déploie dans le monde. » Un peu plus loin, je lis que les porcs et les poissons seraient des êtres privés de connaissances. » (o.c.p.58)

Dix lignes encore pour amener la catastrophe : vous autres Occidentaux, vous avez tout faux, avec votre métaphysique de la stabilité ! Mais depuis quelques centaines de pages, vous savez que l’être n’est pas immuable. Il est dynamique, dialectique et transcendantique. Merci l’EMI. Nous qui clamons l’universalité d’EMI, d’OC et POH nous en avons une nouvelle validation ici. Nous rejoignons l’Orient du yin et du yang. « Le Yi Jing est consulté comme source de toutes les disciplines », insiste Stéphane Feuillas. Une déclaration à prendre au pied de la lettre : la philosophie, la littérature, les arts, l’histoire, la géographie, les mathématiques, la médecine ou l’astronomie… tout cela est, dans la culture chinoise, lu à l’aune du changement et du Yi Jing. » (o.c.p.62). Résumons :

Le changement

Schéma 5 : la structure invariante du Yi-King

 

L’Avesta, 12 000 années pour changer le monde

 « C’est le texte sacré du zoroastrisme, l’une des plus anciennes religions du monde. Détaillant des cérémonies sophistiquées où se mêlent l’eau et le feu, l’Avesta développe une philosophie puissante, fondée sur l’abstraction. Des centaines de milliers d’adeptes y puisent encore aujourd’hui une croyance respectueuse des éléments de la nature. » (o.c.p.71) L’Avesta nous propose un mythe des origines (plus décent que celui du bonobo) et très proche de celui des Dogons.

« Pour les zoroastriens, l’histoire est une parenthèse de 12 000 ans dans le temps cosmique général, qui est circulaire et illi­mité, explique Samra Azarnouche. Ces douze millénaires représentent la durée de la confrontation entre deux divinités primordiales, Ahura Mazda – la divinité créatrice – et Angra Manyu – l’esprit destruc­teur. » Cette conception du temps est appelée la doctrine des mil­lénaires ou doctrine des âges du monde.

  • Durant trois mille ans, la nature et les hommes existent sous une forme immatérielle, mentale.
  • Le trimillénaire suivant voit l’émer­gence du monde matériel, mais celui-ci est statique.
  • Aux alentours de l’an 6000, Angra Manyu en bous­cule la quiétude, le bien et le mal se mettant à cohabiter.
  • En l’an 9000, enfin, les hommes apprennent, grâce à Zarathoustra, le moyen de se délivrer des forces délétères : un rituel qui leur permettra aussi d’ob­tenir l’immortalité dans le royaume d’Ahura Mazda, c’est-â-dire d’être complets, corps et pensée. » (o.c.p.74)

Nous retrouvons les étapes du mythe Dogon : (à lire plus loin)

  • théogonie : deux demi-dieux ennemis (-12 000 ans);
  • cosmogonie : naissance d’un monde statique (- 9000 ans) ;
  • anthropogonie : les hommes sont mis en mouvement entre bien et mal (- 6000) ans ;
  • sotériologie : accès à l’immortalié pour ces mêmes hommes (- 3000 ans). On n’insiste pas ! c’est dynamique (4 ères), dialectique (entre les deux demi-dieux) et transcendantique, jusqu’à l’immortalité.

 

Conclusion : oser EMI, OC et POH

Nous avons lu les hésitations du maître d’œuvre de l’ouvrage cité. Tout y est mais il n’y va quand-même pas. Il ne peut pas dépasser les variables pour accéder à l’invariant. Parce que ces variables, ce sont des théories respectables et, plus encore, des collègues respectés. On ne peut pas leur faire ça !

Et nous autres, psy de tous bords et de tous poils ? Nous n’osons pas plus. Nous fêtons en ce moment (septembre 2018) le trentième anniversaire de la disparition de Françoise Dolto. « Qui s’en souvient encore ? » Se plaint Elisabeth Roudinesco, lacanienne comme elle. D’autres dénoncent les aspects dépassés et même dangereux de la vedette (de mon époque). D’ici à s’insulter ! En fait, personne ne propose une approche objective et chacun reste dans sa chapelle.

  • Voici les invariants qui sont intemporels,
  • voilà les variables emportées par le changement d’époque et de mentalités.

Il en va de-même pour notre trio : EMI, OC et POH. (Est-ce une plaisanterie ?) mais en tout cas çà sonne bien.

Pour plaider encore la bonne cause, je passe du journal Le Monde (Roudinesco) à l’Obs qui écrit (pour moi) : « La recette pour bien vieillir du professeur Valter Longo, biogérontologue à l’université de Californie du Sud. » (l’Obs du 6/9/18). Et pourquoi donc ? Parce qu’il utilise la méthode structuraliste avec variables et invariants, entre feta, huile d’olive et oméga 3 ! Qui l’eut cru ? Est-ce encore une plaisanterie ? Eh bien non. Il a exploré tous les lieux où les humains vivent le plus vieux et en bonne santé : en mer Egée (régime méditerranéen, crétois) à Okinawa, en Sardaigne, à Nicoya au Costa Rica, à Loma Linda en Californie (ouf). « Dans ce monde, il existe cinq zones comptant un nombre exceptionnellement élevé de centenaires » (p.32). Il oublie la Nouvelle Aquitaine, son cassoulet et ses bons vins. Si, si, ils vivent vieux.

Vous avez deviné la suite. Il en extrait ce qu’il y a de commun, en fait la recette pour vivre vieux et un best-seller.

Mine de rien, c’est ce que nous faisons ici, best-seller en moins. Mais lui, il expérimente sur les souris et les rats. Méthode hypothético-déductive. Mais nous, nous n’avons pas encore de souris à EMI ou, du moins, elles ne savent pas le dire.

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