L’approche holanthropique du rêve : synthèse

Le rêve se construit en séquences souvent disparates. Mon texte l’est tout autant, disparate. Mais l’essentiel y est. Aussi puis-je à présent proposer une synthèse qui serait… l’interprétation holanthropique. En effet, malgré tout mon effort de ne retenir que les bases neuroscientifiques fiables, d’intercaler la dimension somatologique univoque et de revoir les théories freudienne et jungienne en conséquence, malgré cette rigueur, nous restons néanmoins à la merci de nouvelles données à venir ou d’un mauvais coucheur, pardon, d’un mauvais rêveur qui nous pousserait à faire évoluer notre synthèse d’aujourd’hui. Cinq points nous retiennent :

  • les bases neuro- bio- et physio-logiques,
  • la réalité onirique,
  • la construction du rêve,
  • la dimension somatologique,
  • les modèles interprétatifs.

 

Les bases neuro- bio- et physio-logiques

Récapitulons. Le rêve se manifeste lors du sommeil, qui prend près de huit heures sur le nycthémère. Le sommeil répare, régénère ce que la journée a accumulé de stress, de préoccupation et de lassitude, sinon de pathologie en trauma ou confusion. Le rêve se greffe sur ce travail de remise en forme, de restitution de la page blanche, durant vingt minutes chaque fois, en paradoxal, mais aussi pendant le sommeil profond. En fait, le rêve est indissociable du sommeil qui l’héberge et nous ne savons pas précisément ce qui revient à l’un et ce qui ressort de l’ordre. Je propose donc un nouveau concept à la dénomination barbare, bizarre comme le rêve : l’hypn-onire (hypnos, le sommeil ; oniros, le rêve). Il est intéressant et heuristique de concevoir cet ensemble sommeil-rêve ou « hypnonire », pour ne pas halluciner un « dormisonge » ou autre « rêve-sommeil ». En tout cas, tant que nous ne savons pas à quoi sert le rêve, nous pourrons toujours tabler sur ce à quoi sert le sommeil.

Pendant ces huit heures, certaines fonctions sont déconnectées (les cinq sens, le cortex intégrateur, la motricité), à savoir les fonctions de la connexion avec l’extérieur et de la capacité d’intégrer fidèlement cette réalité externe. Il reste toutes les autres fonctions, internes, agencées comme la bizarrerie du rêve. Il en résulte une réalité onirique comme l’un des versants de l’hypn-onire.

 

La réalité onirique comme composante de l’être humain

Le rêve existe, il est une composante de l’être, et même une fonction en soi. Il reste le plus souvent inconscient, mais peut aussi se mémoriser, devenir conscient, s’intégrer à l’être global, à l’holanthrope. Même inconscient, il est opérant, jouant un rôle dans notre vie. Nous pouvons gérer le rêve jusqu’à un certain point, à travers le sommeil en particulier :

  • selon la durée du sommeil, nous nous offrons plus ou moins de rêves ;
  • selon l’attention portée aux rêves dès le réveil, nous les mémorisons ou pas ;
  • avec le rappel des rêves au cours de la journée, nous les intégrons encore plus dans notre vie ;
  • selon l’utilisation que nous en faisons (seul, en groupe, en expression artistique par exemple), nous les valorisons et en favorisons la mémoire, sinon l’occurrence ;
  • enfin, nous pouvons leur reconnaître une fonction de présage et ainsi nous ajoutons intentionnellement quelque chose de plus au rêve.

Enfin il existe une dimension sociale, culturelle, artistique du rêve qui dépend de notre environnement, comme dans ces sociétés traditionnelles où les membres racontent les rêves importants en public.

 

La construction de la réalité onirique

Le rêve en lui-même est une imagerie et une narration. Le vécu hypn-onirique se manifeste par des images tout comme un film ou une peinture. Pour cette création imaginaire, nous pouvons retenir les processus freudiens de déplacement, de condensation et de symbolisation. Et encore, en évoquant une symbolisation, nous interprétons déjà ; nous penchons déjà – peut-être indûment – du côté d’une intention ou d’une pensée incluse, (ne serait que de l’être éveillé qui interprète).

Le rêve est une narration sous la forme d’une séquence imagée, qui semble cohérente pour un temps et qui bascule subitement en une autre séquence dont la cohérence avec la précédente n’est pas évidente. Y a-t-il seulement une cohérence narrative, ce pour quoi il faudrait donc des règles processuelles, comme des règles de « représentation » évoquées par Freud ?

Qu’il y ait narration, cela ne fait pas de doute. Mais qu’il y ait une pensée latente, nous le contestons à la suite des neuroscientifiques et du psychiatre et psychanalyste Hobson.

 

La dimension somatologique de l’hypn-onire

Elle représente notre apport majeur et s’intercale entre le matériel brut du rêve et une interprétation éventuelle. Elle constitue l’infrastructure univoque sur laquelle se bâtissent les interprétations qui sont toujours multiples et donc équivoques. Voici les principaux éléments de cet apport somatologique :

  • le cadre du rêve, sa situation, ses personnages traduisent l’ambiance du moment hypn-onirique : les vécus corporels, les émotions, sentiments et l’affectif ;
  • le séquençage de ces cadres relate les changements de ces vécus et de cette ambiance, et constitue la trame la plus solide ainsi que la cohérence de la narration : l’ensemble des séquences se construit sur l’évolution du sommeil, du stress à la détente, de la préoccupation à l’apaisement, présentant ainsi un argument pour la théorie freudienne de satisfaction du souhait ;
  • l’équilibre structuro-fonctionnel se lit dans les objets, les mouvements et les personnages du rêve, équilibre qui bascule régulièrement de l’excès de structure (objets massifs, stables, faisant obstacle) au lâcher-prise fonctionnel (mouvement de plus en plus fluide), équilibre qui passe du stress d’une agression à la jouissance de l’érotisme ;
  • certains messages proprioceptifs, intéroceptifs, viscéraux, cenesthésiques donnent des images qui permettent de percevoir des éléments subtils du fonctionnement personnel ;
  • enfin l’élément somatologique majeur repose sur l’éveil des purs processus inconscients, faisant traverser les structures corporelle, mentale et personnelle pour laisser place à l’essence de l’énergie, à la nature de l’esprit et à l’intime du lien.

Tous ces marqueurs somatologiques relativement univoques nous permettent d’évoquer des fonctions pour cet onirisme, en tout cas pour l’hypn-onirisme :

  • l’optimisation de l’équilibre structuro-fonctionnel, stress-détente, qui boucle le cycle nycthéméral et répare les accidents ontogénétiques : je l’ai appelé « lissage de la ligne de vie» ;
  • la plénarisation: si, au coucher, je suis stressé ou largué, clivé ou amalgamé, au réveil, je me retrouve plein, plénier, en plénarité sinon en plénitude ; ces deux premières fonctions rejoignent la satisfaction du désir de Freud ;
  • la reviviscence des purs processus inconscients, faisant penser à la compensation jungienne et à la théorie de Jouvet (le rêve réactualise nos fondements génétiques et archaïques) ;
  • enfin on peut se risquer à reconnaître un premier degré de prémonition dans la mesure où l’hypn-onire envoie des messages subtils et complexes que l’éveil étouffe et méconnaît.

Les modèles interprétatifs

La plupart des chercheurs sur l’onirisme se contentent de décrire les rêves selon la méthode phénoménologique et s’abstiennent de théorisations hasardeuses. D’autres, comme Freud et Jung, tentent de systématiser l’onirisme avec des règles simplificatrices et des clés des songes réductrices. Nos propositions somatologiques peuvent faire croire à un tel dérapage dans la facilité interprétative. Ce n’est pas le cas ; elle est surtout un avertissement : attention, nous glissons trop vite dans les interprétations et dans les projections sans nous en rendre compte. Le travail avec mes cent cinquante élèves m’en a montré la constance. Nous partons imperceptiblement dans des explications qui ressortent d’une théorie, d’un système ou d’un dictionnaire des symboles.

Il est impératif que nous ayons une conscience claire de ce saut épistémologique et que nous acceptions que cette interprétation soit l’une parmi d’autres. Mais la dimension somatologique limite les choix possibles. C’est ainsi que le navire du petit déjeuner ne peut pas être interprété comme un symbole sexuel à la freudienne ! Il marque la subversion de la structure mentale et l’entrée dans la nature de l’esprit où tout est couleur, joie, agapé, beauté.

Comme nous l’indiquons dans le protocole de l’approche holanthropique, ces théorisations sont légitimes et nous les reconnaissons comme telles. Si déjà le rêve nous en fait voir de toutes les couleurs, nous pouvons bien lui rendre la pareille. Mais nous devons indiquer à notre patient/analysant à quelle théorie nous nous référons. Cette honnêteté nous donne d’ailleurs une place bien plus confortable, quitte à ajouter que nous adhérons personnellement à cette interprétation. Et nous arrivons enfin à l’utilisation du rêve comme outil thérapeutique/analytique. Jusqu’à présent nous avons seulement jeté les bases objectives d’une telle exploitation.

 

Le rêve, un outil royal pour la thérapie et l’analyse

Le rêve est ce qu’il est, à savoir une réalité onirique en soi et même un fait hypn-onirique total. Mais, tout comme la sagesse des nations l’exploite, la psychothérapie peut s’en servir à la suite de Freud et de ses prédécesseurs. Nous pouvons le faire de trois façons principales :

  • accueillir le rêve tout en le laissant en l’état,
  • en faire une expérience plénière, complète, achevée en y ajoutant l’élément manquant,
  • l’utiliser consciemment et volontairement comme aide à la thérapie.

 

L’accueil du rêve en l’état

Ecouter un rêve qui vient spontanément de la part du patient, favoriser sa narration à partir du moment où il est évoqué, et même annoncer que nous pensons utile que le patient raconte ses rêves, ces trois attitudes constituent un premier pas sur la voie royale qu’ouvre le rêve. Nous ne devons pas nécessairement en faire plus. Cet accueil facilite la mémorisation de cette expérience onirique, la conscientise mieux, l’objective, la positive et la valorise du simple fait de l’écoute par l’autre. Ainsi la fonction onirique se développe et prend sa place parmi les autres fonctions (réflexive, sensitive, émotionnelle par exemple). Cette fonction onirique devient opérante dans la vie du patient tout comme peuvent le faire des pratiques analogues du type méditation, états de conscience modifiés, pneumanalyses et autres psychanalyses.

Le propos du thérapeute/analyste est malgré tout intentionnel, ce qui veut dire qu’il peut aussi refuser tout accueil de ce type de narration s’il évalue que cette fonction est déjà hypertrophiée ou préjudiciable au projet thérapeutique/analytique en cours.

 

Parachever le rêve jusqu’à son expérience plénière

Nous pouvons décider que le rêve tel qu’il est vécu par le patient et/ou narré lors de l’entretien est incomplet, inachevé et donc en suspens, risquant de se fixer comme un trauma clivé. C’est bien ainsi qu’agissent les théories citées :

  • Freud décrète qu’il existe une pensée latente qu’il faut décrypter pour compléter ce vécu onirique ;
  • Perls fait jouer tous les personnages et tous les objets du rêve jusqu’à ce qu’un vécu émotionnel cathartique vienne les connecter et achever le cycle de la gestalt ;
  • Jung fait amplifier les éléments du rêve d’une façon analogue, par les associations, les symbolisations, la représentation artistique, pour en faire un jalon sur la voie de l’individuation ;
  • enfin la désignation des étapes formelles de subversion des structures et d’éveil des purs processus inconscients, dans l’approche holanthropique, enlève les peurs et inhibitions et transforme le vécu en expérience plénière.

Mais nous devons néanmoins accepter le fait que nous transformons ici le rêve en un moyen de thérapie/analyse. En effet nous ne pouvons pas décider à nous tout seul que ce rêve est incomplet, inachevé, en suspens. C’est peut-être parce que nous le décidons que nous le rendons tel. Mais ce serait pour la bonne cause !

 

Utiliser le rêve de façon spécifique

Il reste enfin un dernier usage du rêve qui s’annonce clairement comme utilitaire, volontaire et détourné. Ce n’est pas tellement le rêve pris pour lui-même qui importe que l’aide qu’il apporte à la thérapie/analyse. Le rêve se transforme en faire-valoir sinon en bonne à tout faire. On peut distinguer trois aspects de cette exploitation :

  • sa dimension de révélation, analyseur ou marqueur,
  • son usage pour contourner les défenses et résistances,
  • son aide pour le développement personnel, l’éveil des purs processus inconscients jusqu’à l’individuation jungienne ou la relance de l’ontodynamique.

Le rêve se propose comme un révélateur très fin et perspicace. Il scénarise la relation des deux protagonistes de l’analyse, de l’attachement jusqu’aux transfert et contre-transfert. Cette lecture est souvent simple, directe, évidente. Jung en fait une des fonctions du rêve, à côté de la compensation et même de la prémonition. Le rêve peut devenir l’analyseur de l’ontogenèse, des étapes de vie, des événements remarquables d’une carrière jusqu’à la tentation de déceler la vie intra-utérine et des vies antérieures. Attention ! A manier avec prudence ! Enfin nous rappelons que l’hypnonire se constitue des processus somatologiques de base, marqueurs de l’équilibre structuro-fonctionnel, des clivages post traumatiques éventuels et des amalgames et autres confusions. Ici, nous allons au-delà d’une certaine recherche désintéressée sur le rêve pour lui-même pour transformer le rêve en outil au service de la thérapie, quitte à le solliciter indûment. C’est ainsi que de suivre la longue série des rêves du couvent montre une évolution positive ou que la transformation des rêves érotiques qui sont interrompus par la survenue de papa ou maman jusqu’au rêve à résolution orgastique marque un mûrissement certain du patient et le bon déroulement de la cure thérapeutique.

Cela est certes dû au fait que le rêve, adossé au sommeil, contourne les défenses et résistances, grâce à la détente, à l’abandon et à l’apaisement somatologiquement fondés. Il suffit donc d’inverser le processus et de se servir du travail autour du rêve pour court-circuiter ces obstacles. Relater le rêve, le visualiser, y associer librement, accueillir les intuitions et compréhensions spontanées mettent dans un état d’ouverture et d’affaiblissement des barrages qui permettent au thérapeute/analyste de glisser un message opérant qui ne passerait pas de façon plus directe et rationnelle. C’est toujours pour la bonne cause, celle de la guérison du « résistant » impénitent. On rejoint ici la toute nouvelle psychothérapie « centrée sur la solution » et la thérapie narrative de Steve de Schazer : puisque la séquence hypnonirique passe somatologiquement du stress à la détente, du problème à sa solution. Je dois repasser le bac, je bute sur un tas d’obstacles jusqu’à ce que je me rappelle que je l’ai déjà réussi .On me poursuit, je me cache derrière un buisson transparent mais mon ennemi ne me voit quand même pas. Voilà ! La solution est à portée de main. Merci au rêve.

Ces utilisations très circonstanciées ne durent qu’un temps. On ne peut pas les multiplier sans dévoiler son truc. Il en va tout autrement de l’usage qu’en fait le psychanalyste freudien ou jungien ou même Desoilles avec le rêve éveillé dirigé. Ici la focalisation intensive de la thérapie/analyse sur le rêve induit une transformation dans le sens de l’hypnonirisme : détente, apaisement, confiance, imaginaire, intuition, affaiblissement des défenses et résistances, ressourcement aux purs processus (essence de l’énergie, nature de l’esprit, intime du lien). Pour Jung, c’est explicite, ça compense la rationalité diurne. Pour Freud c’est moins avouable ainsi que pour Desoilles. L’ambiance onirique constitue un but, un modèle, une façon d’être. Ça relance la dynamique personnelle, ça pose son individu. Nous retrouvons la première utilité de l’écoute du rêve qui est de pur accueil. Mais ici il y a une intention supplémentaire. En privilégiant la vivance onirique, on favorise une transformation qui irait dans le sens souhaité.

Conclusion : le rêve n’est-il qu’un rêve ?

Nous voilà renvoyés au point de départ. Nous avons revisité l’histoire de l’interprétation des rêves en quête d’une certaine objectivité, en recherche d’une scientificité. Les neurosciences nous apportent des connaissances objectives qui nous renvoient à… la bizarrerie et à la fantaisie toutes logiques du rêve. Au contraire, la psychothérapie nous propose une utilisation toute subjective de la réalité onirique qui ne serait qu’une vivance analogue à tous les autres vécus, sans garantie d’aucune objectivité mais d’une totale personnalisation.

Ainsi se clotûre la première partie de ce livre consacrée à la psychanalyse freudienne. En réalité, le corps y a déjà fait son incursion ainsi que la somatoanalyse et la somatologie. Rappelons-nous que ce long texte est autant le récit d’une démarche qui va du classique (freudo – lacanien) au créatif (la Psychanalyse Pléni-Intégrative) et du rêve à l’EMI. De chapitre en chapitre se profile un changement important, fondamental et impérieux. J’aimerais qu’il vous inspire et vous aspire (dans le tunnel qui manifeste la subversion de la structure mentale). Ces étapes se fondent sur les réalités psychothérapiques et psychanalytiques les plus riches, exactes et validées. Ainsi va notre époque, ça bouge de plus en plus vite et dans tous les sens. Notre profession tout autant. Alors, on continue ? Avec deux petites gourmandises avant d’attaquer la somatoanalyse en deuxième partie.

L’avancée de mes recherches en cette fin 2017 me renvoient à Michel Jouvet, notre neurophysiologiste lyonnais qui a découvert le sommeil paradoxal (et qui vient de mourir à un bel âge). Il a aussi proposé la vision qui voudrai que le rêve nous recontacte avec les processus organisateurs de la vie et de l’Humain (POH) en particulier. Mais oui, puisque les rêves aboutis se construisent comme l’EMI et que cette dernière manifeste ces processus fondateurs. CQFD. Mais nous avons encore sept cents pages pour y arriver ! Ça se mérite. Il faut expérimenter, accueillir l’évidence et s’ouvrir à l’énamorance. (Ce néologisme essaye de traduire « l’énamoramento d’Alberoni, le tomber amoureux.)

 

Intermède I

Musique, rêve, danse

Le rêve tient de la musique et de la danse ; tous trois nous épargnent les contraintes du corps et du discours et nous entraînent dans la pure vivance. Seules les interprétations du rêve nous replongent dans les misères de l’humain !

La musique nous soustrait au réductionnisme des mots, de la syntaxe et des constructions grammaticales. La musique nous arrache au sens pour nous plonger dans les sens en des séquences émotio-affectives : mélodies et phrases musicales, mouvements des symphonies, actes des opéras.

La danse nous arrache à la pesanteur des corps, aux lourdeurs, pulsions, inhibitions et autres mochetés, pour nous livrer aux impressions, exaltations, à la beauté et à la légèreté d’un corps magnifié.

Musique et danse sont des rêves et se construisent comme les rêves. Nous pensons plus précisément à l’Opéra, au ballet et à la danse contemporaine. Elles nous coupent de la pensée comme le rêve et communiquent par séquences, tableaux, mouvements et scènes ; Nous pouvons les appréhender comme les rêves tel que nos maîtres nous l’ont proposé.

Pour Freud, le rêve est un opéra avec son texte qui donne sens et intention aux images. Mais le texte est en italien et je ne comprends pas ! Il me faut donc un sous-titrage traduit par le psychanalyste à moins de ne m’émerveiller que de la seule musique, des voix divines et des constellations d’acteurs, tirant de leurs variations mes intuitions et feeling transis.

Pour Jung, le rêve est un ballet classique dans lequel chaque tableau musico-chorégraphique évoque un archétype : l’amour et la mort, la guerre et la paix, animus et anima, l’ombre et persona. Nous n’avons plus besoin de texte mais il faut quand même du sens, spirituel, symbolique, collectif.

Et puis il y a la danse moderne avec des musiques rudimentaires et des corps désarticulés, sans suite apparente dans les séquences et les constellations acteuriales. Il ne nous reste que l’immersion totale, la pure sensation, la lente imprégnation jusqu’à l’abandon, ponctuée tout d’un coup des sursauts dûs aux ruptures dans la musique et dans la danse. Ce serait la lecture somatologique du rêve, celle de Hobson, la lecture récréative après les tracas du discours et du discorps.

 

Intermède II 

Le problème ce n’est pas l’inconscient puisqu’il n’existe pas !

 

Le problème, c’est la vie qui est totalement complexe.

Le problème, c’est l’individu tellement global.

Le problème, c’est le cadre de vie tout aussi pluriel.

Et pourtant ça fonctionne, et même relativement bien : la complexité de la vie s’accorde à la pluralité du cadre et plus cela se fait spontanément mieux cela se passe.

Le problème, c’est la conscience. Elle jette son mince faisceau d’éclairage sur une toute petite plage de cet ensemble. Son besoin de concentration l’oblige à réduire la réalité à quelques paramètres pour la maîtriser, contrôler, étudier, transformer. Mais ça se passe mal comme nous le voyons avec la planète.

Le problème, c’est le fonctionnement réducteur de la conscience qui ne conçoit distinctement que trois ou quatre éléments à la fois, qui ne pense qu’une seule chose à la fois et n’énonce qu’un discours à la fois. C’est ce que Freud appelle le conscient.

Mais c’est le fonctionnement cérébral qui nous intéresse, lui qui réalise parfaitement l’accordage au fonctionnement du monde. Il est complexe, pluriglobal, concevant tout à la fois pour peu que le conscient ne l’entrave pas. Le fonctionnement cérébral est intrinsèquement inconscient de par sa complexité, de par sa vitesse de fonctionnement, de par sa souplesse d’adaptation. C’est Lipps (de Lipsheim) qui l’a soufflé à Freud. Et plus on le laisse fonctionner spontanément, mieux ça vaut.

L’inconscient n’existe pas, seule la complexité de la vie est, inconsciente de par sa complexité même, non totalement concevable consciemment.

Le problème, c’est que le conscient envahit la vie, lui, ce petit spot lumineux qui éclaire un tout petit bout de vie, et qui croit en faire la grande vie. Le problème, c’est de croire que le conscient est la vie, le réel, que la maîtrise et le raisonnement procèdent à la bonne vie.

En vérité, en lâchant le conscient, nous ne tombons pas dans un obscur inconscient. Au contraire, nous retrouvons la vie dans sa complexité, nous la sentons, comprenons, embrassons pleinement ; nous la faisons nôtre, en jouissons et nous la réussissons. Nous entrons dans l’état transconscient.

Le bonheur, c’est que cette complexité sied totalement à notre être, à notre fonctionnement cérébral. Nous en avons un accès total, adapté, fusionné, au-delà de la seule conscience, dans l’être. Ce n’est pas un nouvel état, ce n’est que l’état normal quand nous ne le réduisons pas à la portion congrue du contrôle, de la raison, de la manipulation et de la mesquinerie du conscient.

 

La vie, c’est la conscience de la complexité et la présence à la globalité.

La thérapie, c’est passer du conscient réducteur au transconscient.

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