Nous sommes arrivés au blog 19 pour le livre psychanalyse et au blog 6 pour le livre sur l’EMI. En raison du congrès sur l’EMI à Paris (mai 2020), je privilégierai dorénavant la parution des blogs EMI. Le choix de l’édition sur internet permet cette adaptation qui va au-delà de l’organisation de ces deux œuvres (de 300 à 400 pages chacune) telle que prévue pour une publication en livre. Alors que le démarrage de la « psychanalyse pléni-intégrative » était un peu poussif parce que trop théorique (et classique), la mise en avant de textes plus sexy sur le rêve, sur les expériences EMIques et mes initiations les plus riches booste les clics. Je continue donc à privilégier les apports les plus incitatifs.

Rappelez-vous le sommaire (du livre) donné en début du blog EMI. Quatre parties le constituent :

  • les initiations personnelles (piano, rebirth, tanking, méditation),
  • les révélations exubérantes (chez mes élèves, Eben Alexander, Anita Moorjani, etc.)
  • les manifestations sous toutes les formes (rêve, récits anciens, mythe dogon, religions, neuroscientifiques en particulier),
  • les applications pour la vie bonne (morale, politique, écologie).

Comme dit ci-dessus, le passage du livre au blog permet de modifier le sommaire, au gré de l’actualité, de l’inspiration (EMIque) et des échanges avec les proches et professionnels.

Je viens de dîner avec deux dames, (février 2019) l’une pharmacienne, éprise d’objectivité (chimique) que me élucubrations horripilent. J’en parle quand même deux minutes pour résumer en : tunnel sombre, lumière. L’autre, sa copine, se rappelle tout d’un coup qu’à 12 ans, pendant ses trajets en mobylette, elle s’arrêtait dans la nature, se perdait en contemplation et émerveillement jusqu’à être envahie par la lumière, plusieurs fois, mais plus depuis. La première dame lance : « ce sont les vibrations de la selle ». Pourquoi pas, comme starter ? Mais çà monte dans le cerveau : tunnel sombre, lumière, volupté, évidence, cinquante années plus tard encore.

Du coup, en mode holo(istique), il m’apparait avec évidence que je dois bloguer plus rapidement les applis. Voici celle qui s’est invitée dans la foulée et qui pourrait devenir l’une des couvertures du livre et/ou l’une des affiches du congrès.

 

Dr. R. MEYER

EMI / NDE

çà s’appelle

Expérience de Mort Imminente
Near Death Experience

mais c’est bien plus encore :

– le miracle qui guérit la mort,

– la révélation qui enseigne la vie,

– l’exaltation hédonique, éthique et mystique

un blog, un livre, un congrès (mai 2020)

 

 

Le code source transconscient

l’Expérience de Mort Imminente en son cycle de cinq séquences

L’auteur qui arrivera à développer ce nouvel arrivant (et aussi le plus ancien) sur le mode dit scientifique, avec arguments et statistiques, l’auteur qui saura présenter sa démonstration de façon suffisamment compréhensive (pour ne pas dire vulgariser), cet auteur méritera le prix Nobel de médecine et pourra rester derrière le téléphone en octobre comme Freud l’a fait, en vain. Je ne serai pas celui-là parce que je n’ai aucune envie de faire de ce texte une troisième thèse de doctorat. J’ai donné deux fois. De plus, de présenter ma science de façon non dure, un peu molle et surtout bien folle, me convient tout à fait et me remplit d’une satisfaction digne du spectacle qui me charme en face de moi : la mer Méditerranée vue de haut, face aux îles Porquerolles, avec le cap Nègre à ma droite et les silhouettes éthérées de Carla et Nicolas au bout de l’eau noire. (Vous devinez l’évocation du tunnel noir !) Malgré tout, c’est très sérieux. Le Rayol (mon lieu de vacances) vaut bien Stockholm. Plus sérieusement quand même nous avons à parcourir :

  • l’expertise qui me donne cette évidence,
  • les trois occurrences de l’EMI,
  • les cinq séquences du cycle EMIque,
  • les deux temps de chaque séquence: subversion de structure et actualisation de ressources transcendantes,
  • la réception publique, la vulgarisation médiatique et le traitement scientifique du phénomène,
  • les actualisations psychologiques, symboliques, culturelles, religieuses, anthropologiques, du même phénomène,
  • et le « à quoi bon ? », « ça sert à quoi ? » autant pour la psy que pour la survie de l’humanité.

 

L’expertise personnelle

Ça ne tomberait quand même pas miraculeusement du ciel, ça ne surgirait pas spontanément des profondeurs. Mais si. Il suffit d’accueillir. Voilà quarante années que j’accompagne des milliers de patients et élèves en pneumanalyse, terme abrégé en pneumo-. Après une quinzaine d’années, je commençais à entendre dans leurs restitutions une constante, une trame commune, un invariant dans le déroulement de leur Expérience. Je lisais déjà les bons auteurs tel Raymond Moody. Et quand je tombe sur l’article de Pim Van Lommel, ça fait tilt. Ça sonne comme un bouchon de champagne. Ce cardiologue hollandais voulut avoir le cœur net, (le cœur). Il relança les trois cent cinquante patients qu’il sauva du coma par infarctus du myocarde et leur demanda ce qu’ils avaient vécu pendant les heures et les journées de coma. Quinze pour cent des interviewés relatèrent une EMI. Sur ce, j’interrogeai moi-même les patients qui avaient subi une anesthésie générale et trouvai des résultats analogues (sans prétention statistique).

Cela devint évident pour moi. La trame de la pneumanalyse n’était rien d’autre que le processus EMIque. Ma conviction fut totale. L’évidence issue de la « nature de l’esprit » ne me quitta plus. Il y a huit jours, je proposai une pneumanalyse à douze élèves tous novices. Dix d’entre eux expérimentèrent le tunnel noir dès le premier essai.

J’avais donc lu les meilleurs auteurs. Je ne les citerai pas tous puisque je ne veux pas le prix Nobel. Des douze séquences initiales de Raymond Moody (lui, oui, faut le citer, encore que, comme on verra), on s’est rabattu sur cinq, celles de la pneumanalyse et de la trame qui en émerge. La corrélation, l’association, se firent. C’était bien ça. Les premiers textes des professionnels se contentaient de décrire le contenu de ce phénomène tout comme les textes sacrés de ces derniers millénaires. Mais, depuis, ça se corse. Un neurochirurgien très médiatisé est ressorti de sept jours de coma et prétend avoir été mort, avoir visité le paradis et en apporte la preuve, titre de son livre. J’avais fait une conférence à l’Association Médico-Psychologique, la plus ancienne confrérie psychiatrique française, devant six petits vieux, quand on me donna enfin la parole en fin de journée. L’un d’eux avait autant d’humour que moi et me lança : « A part Jésus, personne n’est revenu de la mort ! ». Evident, mon cher Watson. Et même Jésus, ça se discute. J’avais aussi contacté un autre cher confrère qui intervertit les trois séquences centrales : éveil énergétique, intime du lien, nature de l’esprit. Ce qui semble d’ailleurs logique pour nos esprits rationnels. Il ne répondit même pas. Mais non, désolé, c’est dans l’ordre universel: éveil énergétique, nature de l’esprit, intime du lien, comme nous le verrons.

 

Mort et résurrection

On reprend Jésus, symboliquement. « Lux aeterna dona eis domine » , « Seigneur, donne leur la lumière éternelle » chante-t-on à la messe des morts (catholique). Tiens donc. Mon passage au couvent (cinq années de petit séminaire puis trois années de vie conventuelle, sans compter huit années préalables de servant de messe) m’a évidemment baigné dans l’ambiance des profondeurs à la fois psychologiques, sociales et symboliques. Je n’y ai pas eu d’extase voluptueuse. Mais j’ai vu Dieu, comme une silhouette nébuleuse lors des quinze jours de silence de la retraite préparatoire à la prise d’habit. Ce type de visualisation est courant dans la séquence n° 4 de l’EMI de l’intime du lien. Il s’y ajoutait tout autant l’endoctrinement religieux avec les preuves de l’existence de Dieu (comme du paradis chez Alexander, notre neurochirurgien). A défaut d’y croire encore, ça fait néanmoins de belles références autrement importantes que burkini versus monokini !

Pendant les années de couvent, on m’a permis de suivre l’année de Propédeutique Lettres dans la ville voisine. Puis, lors du service militaire, j’ai arraché le droit d’aller à Montpellier en fac de sciences humaines : ethnologie et sociologie générale (ce dernier certificat obtenu). J’ai mené ces sciences « molles » jusqu’au doctorat à la Sorbonne. Mais pourquoi répéter ce que j’ai déjà écrit ailleurs ? Pour rappeler cette autre expertise, anthropologique, qui s’intéresse totalement aux manifestations culturelles et civilisationnelles de l’EMI. Ma thèse sur le mythe dogon (que l’on résumera plus loin) ne le mentionne pas, ce cycle EMIque, ou seulement par la bande. Cette observation vaut son pesant d’or, a contrario. Lorsqu’on n’est pas prévenu de l’EMI, on ne la décèle pas. On se contente de travailler ses manifestations multiples sans accéder à leur fondement. On est à la surface et pas en profondeur, dans les contenus symboliques et pas dans la trame contenante. Les anthropologues s’interrogent depuis longtemps sur les grottes rupestres peintes il y a vingt à trente mille ans, telles Lascaux et Chauvet. Il y en a des dizaines sinon des centaines de par le monde. Eh bien, la théorie qui fait de plus en plus d’adeptes se réfère précisément à l’expérience de mort initiante. Les auteurs (chamans ?) entraient dans l’expérience EMIque (par hyperventilation, drogue ou méditation) et laissaient le vécu animer leurs mains alors qu’ils n’y voyaient rien, ou très peu, au fond de la grotte. La lumière, elle, inondait leurs yeux. La référence aux oeuvres archaïques constitue une validation précieuse de l’EMI. Le fameux Bardo Thödol des tibétains ne se traduit pas par « livre des morts » mais par « livre des changements ». Il y en a quatre, de ces bardos, comme par hasard. A voir plus loin.

Faut-il insister et appeler à la rescousse la musique ? Je suis pianiste amateur et j’ai décrit mes prouesses ci-dessus. Marie-Christine, ma compagne, est artiste lyrique et me raconte ses extases sur scène. L’art plastique agit plus discrètement. Il faut se laisser imprégner profondément par l’œuvre. Mon pourvoyeur en statues dogons est venu me voir dernièrement. Il a aligné ses objets : hogon, cavalier, bisexualité, telem… C’est une poterie legba que j’ai retenue (à bon prix !) représentant le mythe de l’androgyne de Platon : une poterie ronde comme une grosse boule avec les sexes masculin et féminin de chaque côté. C’est un émerveillement que de voir matérialisé ce mythe qui m’habite depuis quarante ans. L’art prépare à lâcher le regard et l’esprit au-delà des raisons suffisantes.

Concluons. La pneumanalyse constitue le laboratoire expérimental de l’EMI. Les autres pratiques psy- et somato- élargissent cette approche pratique. Les connaissances psychologiques, culturelles, religieuses, attestent de la trame du processus EMIque et de sa présence universelle dans toutes les manifestations humaines. Ça fait presque plaidoyer (pour prix Nobel). Allons-y quand même sérieusement.

 

Les trois occurrences de l’EMI

L’EMI est un processus bio-physio-logique à expression psychologique et gestion sociale et culturelle qui constitue la vie et se manifeste inconsciemment, implicitement, subrepticement, à tout instant. Mais sa forme complète à cinq séquences ne se révèle que dans des circonstances particulières que nous proposons de regrouper en trois catégories :

  • les survenues traumatiques et pathologiques,
  • les pratiques extatiques, méditatives et spontanées,
  • et les avènements thérapeutiques et analytiques.

Ça rime. C’est beau comme le veut l’intime du lien ou créativité symbolique. Encore faut-il accepter l’évidence qu’il s’agit de la même EMI bien que la première (traumatique) se déploie en clivage et que les deux suivantes le fassent en unification. Voilà le point névralgique et la pomme de discorde éventuelle. Tiens donc. La pomme, d’Eve, devait-elle faire accéder cette dernière aux ressources transcendantes à l’instar de Yahvé ?

 

Les EMI violentes, traumatiques et pathologiques

Un choc violent perturbe le fonctionnement cérébral et le déstructure. Il en découle un ECM, Etat de Conscience Modifié, et éventuellement une EMI. Ce peut-être un coup de massue (ou de matraque !) sur la tête (image de tout impact extrême), une tête qui cogne le pare-brise, ou un arrêt cardiaque qui prive le cerveau de sa nourriture en oxygène en quelques minutes ou une anesthésie générale. Voilà les cas extrêmes que la médecine privilégie à l’instar de Raymond Moody, jeune interne en psychiatrie à l’époque. Ces expériences sont généralement attrayantes et spectaculaires pour les scientifiques eux-mêmes qui ne boudent pas le spectacle. Et comme çà se termine bien – par la résurrection – c’est encore mieux.

Il faut reconnaitre ici la fonction de résilience de ce processus qui atténue la souffrance, la remplace même par la jouissance empêche souvent le trépas et enlève la peur de la vraie mort.

Lux aeterna dona eis domine. Dominus, le seigneur, ici, c’est maître EMI qui transforme l’instant de la mort en extase suprême. Ce qu’on oublie, c’est que cette « EMI trauma et coma (et cata-strophe)» se fait en clivage jusqu’à la dissociation. L’impact est tellement violent et instantané que çà disjoncte. La manifestation de ce clivage se lit dans la fameuse OBE, Out of the Body Experience ou sortie du corps. Tout d’un coup on est deux : un corps incarcéré dans une voiture scotchée contre un arbre et quelqu’un de tout guilleret (l’âme ?) qui se perche sur la plus haute branche de cet arbre. Ce clivage peut se développer jusqu’au voyage astral et au panorama de vie (en deux minutes lors de noyades). En pneumanalyse, un début de clivage peut se manifester également, quoique moins intensément, sous forme de tétanie puis d’hyperacuité sensorielle chez les analysants hyperstructurés.

Que la même expérience se fasse sous anesthésie générale ou dans certaines formes d’épilepsie montre l’importance de la modification biophysiologique. J’ai moi-même eu un flash EMIque au sortir d’une anesthésie générale et encore sous morphine antidouleur avec la vision très lumineuse de la salle de réveil où tout était brillant, beau et réconfortant. Mais faut-il ranger les effets des drogues volontaires dans les occurrences extatiques ou ici en clivage ? Il se constitue actuellement des banques de données réunissant de plus en plus de cas, des milliers et dizaines de milliers. Je n’ai pas cherché à consulter ce matériel intéressant qui ouvre la route de la Suède. Les échos que j’en ai me font craindre que la masse des descriptions des plus variées ne complique la recherche sur l’essentiel, sur l’invariant, comme j’essaye de le faire. Par contre les trois cent cinquante cas de Pim Van Lommel sur des comas après infarctus doivent déboucher sur quelque chose de cohérent. C’est presque comme des cohortes randomisées.

 

L’occurrence extatique

C’est merveilleux et fantastique sans qu’il n’y ait ni traumatisme ni pathologie. Ça ne clive donc pas sauf dans certains cas. Voici comment mon expérience religieuse me fait évoquer les extases orgasmiques de Thérèse d’Avila. Confer la statue du Bernin à Rome. Pendant le noviciat, nous nous donnions la discipline, à savoir des coups de fouet sur les fesses mais avec deux édulcorations récentes : on le faisait seul dans sa cellule et sur le pantalon et non plus cul nu. Par contre, c’est moi qui fabriquais les disciplines (fouets) ! Alors Thérèse ? Elle jeûnait. Elle loupait du sommeil. Elle mortifiait son corps en portant des cilices (colliers de chien à pointes) et tutti quanti. L’énergie du centre source périnéal et sexuel bloqué par le tube digestif martyrisé est malgré tout présente, contourne les viscères insensibilisés et s’accumule dans la tête. Et, de temps en temps, cette surcharge énergétique se décharge massivement en une extase : félicité dans la tête, vision lumineuse avec Jésus au centre, et descente dans le cœur et le ventre érotisé. C’est une hypothèse personnelle mais ça peut s’expérimenter assez facilement. Je vous ai donné le mode d’emploi ! Quant au fouet, adressez-vous à la Congrégation des Rédemptoristes. Alors est-ce en clivage ? Chez Thérèse, oui.

Autre protocole statistiquement validé. Quand fait-on plus de rêves érotiques ? Quand on a une vie sexuelle régulière ou lorsqu’on cultive l’abstinence ? Vous avez tout faux ! C’est comme chez Thérèse, dans l’abstinence sexuelle.

Le sexe occupe une place de choix (comme je l’évoque souvent) et explique le regain du trantrisme sexuel, à deux ou tout seul, plus compliqué à deux, plus idiopathique (simple) seul ! Et ceci pour partir dans le spirituel, le mystique et le méditatif. La musique, l’art, l’amour, les émotions fortes, sont de la partie. La méditation remplit de plus en plus ce rôle d’incursion dans l’EMI. En Méditation Pleine Présence, les étapes préliminaires préparent le terrain, plus en douceur que chez Thérèse et son compagnon, Jean de la Croix :

  • relaxation, pour lâcher les tensions qui pourraient provoquer stress et clivage ;
  • expansion dans l’espace, prolongement haptonomique du corps aux six parois du lieu, équivalent du contact haptique;
  • éveil énergétique du 1er chakra au 7ème;
  • submersion du cerveau par cette énergie montante (kundalini) et subversion de la structure mentale ;
  • abandon passif (mais conscient) au mode auto (nome). On verra plus loin.

Tout cela se passe dans un être unifié, centré en son axe le long de la colonne vertébrale (kundalini) et expansé tout autour, aux six parois du lieu, puis au-delà. Voilà la différence d’avec les EMI trauma et coma encore que l’opposition ne soit pas toujours aussi nette. Ici, nous expérimentons clairement le temps de subversion de la structure et le temps d’épanouissement des ressources transcendantes. Et là se pose la place de la drogue. Sans entrer dans les spécificités de chaque produit (morphine apaisante, cocaïne excitante, psychédélique hallucinant) nous reconnaissons ici la dimension biologique de l’EMI puisque ces produits agissent par l’intermédiaire des neurotransmetteurs. (Nous verrons plus loin l’effet EMIque du DMT, ayahuasca)

J’allais oublier le phénomène des conversions religieuses joliment valorisées à l’intérieur de leur communauté/culture et repérées comme radicalisations quand ça se passe chez les autres ! Pensons à Paul de Tarse, Augustin le Maghrébin, Verlaine en prison, Claudel à Notre Dame de Paris. C’est comme pour Thérèse. Une bourrasque énergétique remplit le corps de volupté, submerge la tête de conviction et relie (religion) à la communauté. Puis ils vont combattre l’incroyant avec l’Inquisition, (500.000 victimes sur le bûcher. C’est quand même moins que les cinquante millions de Hitler, de Staline et de Mao chacun, ex aequo et médailles d’or). L’humour (noir) qui voudrait faire tomber les défenses et résistances ne peut pas ajourner l’interrogation : est-ce encore l’EMI ? Quant à la dernière occurrence, analytique, nous y sommes plongés dans ce livre.

 

La survenue thérapeutique et analytique

Nous n’en rajouterons pas sauf à apporter un nouveau regard. Est-il scientifique ? L’hyperventilation de la pneumanalyse est du même ordre que le trauma violent et le coma, mais moins intense évidemment. Elle modifie les constantes sanguines: hyperoxygénation non évacuée par l’action, hypercapnie, perturbation de l’équilibre acido- basique et autres chocs. Il s’agit d’un trauma à compenser par un lâcher prise psycho-corporel sans lequel s’installe la tétanie avant-coureur du clivage (esquisse de sortie du corps). Dès que la structure mentale a cédé dans le tunnel noir, le cervelet (autonome) prend le relais du cortex cérébral (volontaire) et ralentit la respiration jusqu’à l’apnée pour corriger les modifications biologiques et rétablir les équilibres homéostatiques.

Comme pour la pratique religieuse et pour la passion amoureuse, sans parler du sexe, les débuts (de carrière) peuvent être fulgurants au point de provoquer des défenses subites tout aussi fortes et prolongées. Il faut répéter ces pratiques, apprendre à les gérer et accepter les changements d’état d’être qui peuvent s’en suivre. Il en va de même des drogues si on ne veut pas se retrouver addict rapidement. Parce que l’Expérience de Mort Imminente est un processus biophysiologique à trame simple et commune mais complètement déjanté dans sa dimension psychologique. C’est ce que nous devons décrire à présent.

 

Le cycle EMIque en ses cinq séquences

Le monde savant fait à présent consensus sur ces cinq temps de l’Expérience de Mort Imminente/Initiante. C’est la trame formelle qui émergeait des milliers d’EMI expérimentales de mon laboratoire pneumanalytique. Chacune de ces séquences se subdivise en deux temps :

  • la subversion de la structure défensive et
  • l’exaltation de la ressource qui transcende.

Nous allons décrire la dimension formelle de ce qui dure spontanément trois quarts d’heure en pneumo-, et des heures et des jours dans le coma. Ma fille était restée trois semaines dans le coma après une chute de cheval. Dernièrement, je l’ai entreprise.

  • « Qu’as-tu vécu pendant ces trois semaines, des visions, des intuitions ? »
  • « Rien de spécial de ce côté-là ; mais j’ai essayé chaque soir pendant des années de retrouver la même qualité de sommeil. En vain ».

Elle sommeillait donc en plein apaisement et en tendre volupté. C’était nirvana sans glissement dans les images de l’intime du lien. Pour les Orientaux, c’est le summum.

Si vous avez en tête le tableau du déroulement de la pneumo-, vous vous rappelez que j’insiste sur les séquences centrales, 2, 3 et 4, négligeant les première et cinquième. Or ces dernières valent aussi leur pesant d’or. De plus j’ajoute clairement une sixième étape qui ne fait pas partie du cycle court mais qui en découle régulièrement et qui marque l’effet thérapeutique/analytique de l’expérience EMIque, l’étape du changement de vie. Je propose une description simple de ces six temps en me référant aux meilleurs exemples tirés de mon expérience. Dans le jargon scientifique, on appelle cela phénoménologie. L’EMI est phénomène. C’est tellement complexe qu’on ne peut pas la réduire à des concepts simplistes.

 

Première séquence :
la subversion de la structure clivante  et l’état de bien-être

On connait. On sort de l’ordinaire et des convenances. On se rebelle et on y va, dans cette première rébellion/subversion du formatage. Il arrive du bon, de l’agréable, du bien-être. Je m’attendais au pire et il vient du sublime. Surprise. Je dérape en voiture sur la plaque de verglas et dévale la pente en attendant de m’encastrer autour du tronc d’arbre salvateur. Même pas peur. Même pas catastrophé. Je me sens bien. Mon corps se remplit agréablement. L’esprit s’apaise. Le cœur fait confiance. Sous la torture, je m’absente ailleurs. Pendant le viol, je le laisse faire sa besogne. Et pendant l’anesthésie, tchao, byebye, je ne suis plus là. Souvent ça s’arrête là, sans percevoir que ce n’est que le début.

 

Deuxième séquence :
la subversion de la structure corporelle et la submersion énergétique

Dès la cellule primitive, le processus EMIque est à l’œuvre. Elle propulse celle-ci dans le toboggan de la trompe pour qu’elle aille s’accrocher à la muqueuse utérine. Neuf mois plus tard, elle se fraye son chemin par la voie génitale jusqu’au grand jour. Le créateur du rebirth (Léonard Orr) a pris le tunnel noir comme réminiscence du passage du vagin : obscurité et aspiration vers l’avant. C’est une image et une métaphore plus qu’une réalité difficile à accréditer. Tout ce processus va finalement constituer ces êtres magnifiques que nous sommes tous, vous et moi. Et ça se fait d’autant mieux qu’on laisse faire. Le bien-être se transforme peu à peu en énergie chaude, douce, agréable, picotante, voluptueuse. Ça commence dans l’un des chakras, se propage de l’un à l’autre jusqu’à envahir tout le corps. Dans un trauma/coma, ça se fait tout seul. En pratique extatique et analytique, faut faire activement : se concentrer, respirer, méditer. Les chakras s’ouvrent progressivement et libèrent leur énergie. Le corps structuré par la musculature striée le cède à l’énergétique de la musculature lisse (des viscères et des vaisseaux). C’est cela cette subversion psycho-corporelle. Lors d’un trauma violent, la structure corporelle n’a pas le temps d’effectuer ces préliminaires. L’énergie se concentre brutalement et effracte les obstacles jusqu’au clivage. Elle est pourtant tout aussi plaisante et même voluptueuse. Notre organisme ne pourrait pas supporter la souffrance illimitée du corps incarcéré, violé, torturé, brulé, noyé. L’EMI déploie sa résilience et assure la survivance.

 

La sortie du corps est résilience, l’expansion du corps donne jouissance

Beaucoup d’EMI trauma/coma/cata s’arrêtent dans cette seconde séquence, dans cette douce béatitude qui a duré trois semaines chez Aurore, ma fille. Ça se fait tout seul, on s’en doute. Les tentatives volontaires extatiques et analytiques s’arrêtent parfois aussi dans cet état. C’est plus ou moins voulu parce qu’on ne sait pas trop comment s’y prendre. On jouit et ça suffit, même si la présentation théorique préalable que je donne aux élèves annonce les cinq séquences. Après coup, ces élèves se montrent frustrés de ne pas avoir construit de belles histoires symboliques. Il fallait sniffer (hyperventiler) un peu plus et sentir la main de l’analyste sur son thorax, lui faire confiance, adopter un regard aurique dans le tunnel. Parce qu’après cette première phase volontaire, il se passe tout d’un coup un mouvement de plénarisation où toutes les sensations fusionnent et diffusent dans tout le corps et même au-delà. C’est la plénarité, l’expansion du corps, opposée à la dissociation de la sortie du corps.

 

Eben Alexander, la preuve du paradis

Je propose d’illustrer ces descriptions issues de mes expériences personnelles et de celles de mes élèves par un autre avis, celui d’Eben Alexander. Il s’agit du fameux neurochirurgien et prof de Fac, qualités qu’il fait lourdement valoir pour asseoir la crédibilité de son récit. Vers cinquante ans, il entre dans un coma de sept jours à cause d’une méningite à Escherichia Coli. Cette petite bête est réputée tuer ses victimes. Elle détruit en particulier les cellules grises du cortex cérébral et élimine donc de l’humanité. Alexander considère qu’il était mort même si ses confrères ont fait du bon boulot. « J’étais mort, au paradis, j’ai rencontré Dieu. Donc tout cela est vrai et réel ». Nous en reparlerons. En attendant, nous avons une belle description d’une EMI tout à fait classique, n’en déplaise à son auteur.

 

Le Monde souterrain

« L’obscurité, mais une obscurité visible – comme être pris dans la boue tout en étant capable de voir à travers. Ou peut-être qu’une meilleure description serait de la gelée sale. Transparente, mais d’une manière trouble, floue, claustrophobe et suffocante. La conscience, mais une conscience sans mémoire ni identité – comme un rêve dans lequel vous savez ce qui se passe autour de vous, mais vous n’avez pas vraiment idée de qui, ou de quoi, vous êtes. Le son, aussi : un battement rythmique, lointain et pourtant puissant, dont chaque pulsation vous traverse entièrement … Je n’étais pas particulièrement mécontent d’être là où j’étais. Je me rappelle avoir conceptualisé que j’allais peut-être survivre ou non, mais mon indifférence à cette éventualité ne faisait que renforcer mon sentiment d’invulnérabilité. Je n’avais aucune idée des lois qui gouvernaient ce monde dans lequel je me trouvais, mais je n’étais pas pressé de les apprendre. Après tout, pour quoi faire ?  … En repensant à cet endroit par la suite, j’en suis venu à l’appeler le Monde Vu du Ver de terre …  Cette sensation d’immersion profonde, intemporelle et sans limites a laissé place à autre chose : le sentiment que je n’appartiens pas vraiment et même pas du tout à ce monde souterrain, mais je m’y trouvais piégé… Puis j’ai pris conscience d’une odeur : un peu comme des excréments, un peu comme du sang, un peu comme du vomi. Une odeur biologique en d’autres termes, mais de mort biologique plutôt que de vie biologique. Plus ma conscience s’aiguisait et plus j’approchais de la panique. Qui ou quoi que j’étais, je n’avais rien à faire là. Je devais sortir. » (o.c.passim p.47 à 50)

De bien être, point, avec E. Coli dans la tête ! D’éveil énergétique, oui, mais en souffrance, avec l’énergie transformée en stress, spasme, souffrance et panique. Les chakras sont fermés mais bel et bien sollicités.

 

Troisième séquence :
la subversion de la structure mentale et  la révélation de la « nature de l’esprit »

Dès qu’un patient/analysant évoque la lumière, les plages de couleur, l’évidence, l’amour inconditionnel et la plénitude déjà évoqués, c’est qu’il a lâché la tête. Il faut lui demander après coup, lors du debriefing, de retrouver le passage de la Seudre (fameux exploit lors de la dernière guerre mondiale). Il doit revoir et sentir à nouveau ce moment clé qui divise l’EMI en deux moitiés précises, avec puis sans structure mentale, avec puis sans contrôle ni volonté. Obscurité et aspiration hélicoïdale se combinent en un tunnel noir. Voir l’illustration chez Jérôme Bosch et Google, (tableau appelé Le Tunnel de Lumière et l’Ascension des Âmes ).

On trouve toujours ce passage. Il suffit d’un assombrissement et d’un mouvement vers l’avant et surtout de la lumière au bout. Mais auparavant, ça peut souffrir. A force de ne pas vouloir lâcher, on reste scotché dans le tunnel et l’on peut se sentir en enfer. Dans la bible, Jonas s’est fait avaler par la baleine avant d’être recraché sur la plage ensoleillée.

Nous avons trouvé le paradis (sans preuve néanmoins) et l’enfer, en attendant Dieu. Mais pas Allah. J’avais une promotion tunisienne pendant dix ans. Les musulmans ne visualisaient pas Allah dont la représentation est interdite. Ça se rapproche des bouddhistes pour qui la réalisation suprême ou nirvana correspond à la nature de l’esprit décrite ici. Dès qu’on recrée des images avec des traits autour de la plage de couleur, on se réincarne. Vous griffonnez autour du vert et visualisez l’herbe de mon parc … vous risquez de vous réincarner en ver de terre entre mes petits chênes. Et les corbeaux s’occuperont de vous.

Nous n’allons pas développer la révélation de la « nature de l’esprit » puisqu’elle est sans structure. Il faut l’avoir vécu ! Evoquons juste quelques éléments.

  • J’ai insisté sur «l’évidence » en introduction, elle m’inspire tout autant en ce moment, révélant les choses sans souci de cohortes randomisées ni de résultats statistiques (encore que !).
  • Se rappeler l’expression « voir le bout du tunnel ».
  • Retrouver les jeux de couleur des meilleurs peintres jusqu’au tunnel de Bosch; je possède un petit tableau représentant l’intérieur d’une cathédrale avec une belle lueur provenant d’une fenêtre au fond à droite.
  • Se souvenir de certains rêves de paysages paradisiaques, de fange noire où grouillent les crapeaux, d’évidence, d’amour indicible, jusqu’à l’orgasme qui continue à traîner toute la journée dans le corps.

Enfin, les délires qui recréent des Jeanne d’Arc et des Napoléon avec une conviction inébranlable et une charge énergétique agréable (mégalo) au-delà de toute hésitation.

 

Eben Alexander :  Le passage, le tunnel noir et l’être de lumière.

« Quelque chose était apparu dans l’obscurité. Tournant lentement, cela irradiait de fins filaments d’une lumière blanche et dorée, et peu à peu l’obscurité autour de moi a commencé à se fendre et se disperser. Alors, j’ai entendu un autre son : un son vivant, comme la pièce de musique la plus riche, la plus complexe, la plus belle qu’on ait jamais entendue … Puis, au centre même de cette lumière, une autre chose est apparue. J’ai concentré toute mon attention, essayant de comprendre de quoi il s’agissait. Une ouverture. Je n’étais plus du tout en train de regarder la lumière qui tournoyait doucement, je regardais à travers elle … Au moment même où j’ai compris cela, j’ai commencé à m’élever. Rapidement. J’ai entendu un souffle, et en un flash je suis passé par cette ouverture et je me suis retrouvé dans un monde entièrement nouveau. Le monde le plus étrange et le plus beau que je n’avais jamais vu. Brillant, vibrant, extatique, stupéfiant… Je pourrais aligner les adjectifs les uns après les autres pour décrire ce à quoi ce monde ressemblait et ce qu’on y éprouvait, mais aucun n’y parviendrait. J’avais l’impression que je venais de naître. Je n’étais pas re-né ou né à nouveau. Seulement… né … Quelqu’un était à côté de moi : une belle jeune femme avec des pommettes hautes et les yeux d’un bleu profond. Elle portait le même type de vêtements fermiers que les gens du village d’en dessous. Des tresses mordorées encadraient son joli visage. Nous volions tous les deux, posés sur une surface aux motifs intriqués, vivante et pleine de couleur indescriptibles et éclatantes – l’aile d’un papillon. En fait, des millions de papillons étaient autour de nous… Elle a posé un regard qui, si on le regardait quelques instants, justifiait à lui seul d’avoir vécu jusque-là, quoi qu’il se soit passé dans sa vie … Sans utiliser aucun mot, elle m’a parlé. Le message m’a traversé comme le vent et j’ai immédiatement compris que c’était authentique… Le message avait trois parties et si je devais les traduire en langage terrestre, je dirais quelque chose comme ceci : « Tu es aimé et chéri, totalement, pour toujours. » « Il n’y a rien dont tu doives avoir peur. » « Il n’y a rien que tu puisses faire mal…   « Nous te montrerons beaucoup de choses ici », a dit la jeune femme – de nouveau, sans réellement utiliser ces mots, mais en transmettant leur essence conceptuelle directement en moi. « Mais finalement, tu retourneras. » (o.c.passim p. 59 à 63)

Eben ne reste pas longtemps dans la nature de l’esprit ou nirvana. Il passe rapidement dans la quatrième séquence.

 

Quatrième séquence :
subversion de la structure sociale et accès aux êtres aimés vivants, morts et/ou virtuels.

Pour éviter cette restructuration mentale partielle, les Orientaux méditent, beaucoup. Le dalaï-lama le fait au moins six heures par jour même à la retraite. Nous autres Occidentaux nous glissons très vite dans « l’intime du lien ». Les couleurs s’entourent de traits, l’évidence concerne les dix chiffres du loto et l’amour retrouve des comparses même si ce ne sont que de vagues silhouettes ou des sensations que c’est celui-ci ou celui-là. Il reste néanmoins une nouvelle structure à subvertir, celle qui définit la personne humaine. Dès le premier jour de la naissance, le nouveau-né distingue les objets inanimés et les êtres vivants. Dès le deuxième jour, il sépare les animaux des humains. La structure de la personne est foncièrement inscrite dans l’humanité et interdit l’inceste et le meurtre.

Maintenant apparaissent indifféremment et également les silhouettes de nos êtres chéris vivants ou déjà morts. Grand-mère, grand-père adorés arrivent, papotent avec nous, affirment qu’ils vont bien puis, tout d’un coup, nous enjoignent de repartir chez nous et de les laisser repartir chez eux. Ce n’est pas douloureux. Au contraire, ça constitue une étape parfois définitive d’un deuil encore en cours. S’affichent aussi les êtres virtuels. Osons une nouvelle évidence. C’est l’EMI qui créé les griffons, dragons et autres chimères et ce ne sont ni les artistes ni les chamans ni les maitres à penser qui le font. Chacun de nous est dans les starting block pour faire encore mieux que l’homme de Cro Magnon. N’est-ce pas fantastique ? Pour cela, il faut subvertir les structures, et pas seulement avec une massue ou une obésité qui tue le cœur.

 

Eben Alexander : le cœur, l’intime.

Il appelle cela cœur. Ça colle avec l’intime du lien. Voici cette nouvelle étape.

« J’ai continué à avancer et me suis retrouvé pénétrant dans un vide immense, totalement sombre, infiniment grand, mais aussi infiniment réconfortant. Bien que d’un noir total, il débordait de lumière… Ma situation était assez proche de celle d’un fœtus dans un utérus. Le fœtus flotte dans l’utérus associé au placenta qui le nourrit et permet ses relations avec l’omniprésente mais pourtant invisible mère. Dans ce cas, la « mère » était Dieu, le Créateur, la Source qui est responsable de la création de l’univers et de tout ce qu’il contient. Cet Etre était si proche qu’il semblait n’y avoir aucune distance entre Dieu et moi. » (o.c. p. 71)

Puis Alexander fait le yoyo entre le Cœur et le Ver, aller-retour et vice versa. « Je retournais, je m’éloignais du Cœur. Sa brillante noirceur d’encre s’est fondue dans le vert panorama du Passage avec tous ses paysages éblouissants… Ma compagne était présente également. Elle avait bien sûr été là tout au long de mon voyage dans le Cœur, sous forme d’une sphère de lumière. » (o.c. p. 99)

« Plus je devenais familier avec le plan supérieur et plus il m’était facile d’y retourner. Pendant la période que j’ai passée hors de mon corps, j’ai fait ce déplacement aller-retour, depuis l’obscurité boueuse du Monde Vue du Ver de terre à la brillance émeraude du Passage, puis dans l’intense noirceur sacrée du Cœur, un grand nombre de fois. » (o.c.p.101)

L’enseignement, lui, reste toujours là. « Tu es aimé et chéri, totalement, pour toujours. Il n’y a rien dont tu doives avoir peur.  Il n’y a rien que tu puisses faire mal. »  Si je devais concentrer ce message en une seule phrase, cela donnerait : Tu es aimé. Et si je devais le résumer encore davantage, en un seul mot, ce serait (bien sûr) tout simplement : Amour » (p. 102-103).

 

Cinquième séquence :
subversion de la structure amalgamante et intégration de la réalité présente.

Ce n’est pas la castration. On ne nous la coupe pas. C’est simplement la fin d’un cycle, intense et étrange, celui de l’EMI. Mais le fond reste là, bien installé. La grand-mère bien aimée va bien. Ça me réconforte. J’ai rechargé mes batteries et je peux retrouver ma vie quotidienne, avec énergie et attention, bien mieux qu’avant. Un cycle, tels les nombreux cycles de la vie, (de la glycémie, du nycthémère, de mes amours) s’achève. Il ne faut pas le transformer en pulsion (irrépressible pour Freud), en passion (qui me fait faire plein de conneries) ni en addiction (on s’en sort difficilement et surtout pas avec la psychanalyse).

Dans le laboratoire expérimental de la pneumo-, les analysants sortent de là sonnés pour les uns un peu, frustrés pour les autres, heureux pour la plupart. Sur le lit de la réanimation médicale, le médecin doit intervenir fort pour re-connecter, ramener le truc de là-haut dans le corps d’en bas. (Comme externe, j’ai vu les plus pressés des réanimateurs pincer les seins des femmes, c’est imparable). Mais il y a aussi des êtres de lumière qui enjoignent au comateux de penser à ses enfants. (Presque jamais à partenaire !).

Comme pour la première séquence, j’avais négligé/méconnu l’importance de ce processus qu’on appelle étrangement de « non retour » dans le jargon officiel. Ce n’est pas seulement la clôture d’un processus biophysiologique comme d’une glycémie qui revient à 1 gramme par litre. Ça prend un sens beaucoup plus profond et, surtout, ça inscrit ce sens dans tout l’être, en cœur, corps et âme. C’est l’antidot des pulsions, passions et addictions. C’est leur atténuation, leur prévention.

Il reste l’énorme travail de « retour ». Il y a trente ans, j’avais participé au premier congrès européen du transpersonnel à Bruxelles et l’on avait convié des « expérienceurs » qui pouvaient enfin parler après des dizaines d’années de silence contraint. Ce silence rend plus malade que l’expérience elle-même ! Il y a donc une double réalité à intégrer : le processus EMIque quitté et la réalité retrouvée. A l’Eepssa, nous écoutons les récits et essayons de retracer le cycle formel (des cinq étapes) mais nous n’interprétons pas les contenus, le laissant aux soins de l’élève en sa thérapie personnelle.

L’insistance nouvelle sur les subversions des séquences une et cinq nous montre que l’EMI n’est en rien clivée de la réalité sociale et matérielle. Elle nous en débarrasse en un premier temps, nous montrant combien elle nous formate. Elle nous y ramène après avoir reconstitué les fondamentaux intérieurs.



Eben Alexander : la fermeture et la descente

Alexander était parachutiste et son livre commence par un des sauts épique dans sa carrière. Le retour se fera aussi comme une descente en parachute après fermeture du monde supérieur. Le yoyo ne marche plus entre Monde Vu du Ver de Terre et Cœur.

« A chaque fois que je me retrouvais de nouveau englué dans le grossier Monde Vu du Ver de terre, j’étais capable de me rappeler la brillante Mélodie Tournoyante et Filante qui ouvrait le portail vers le Passage et le Cœur. J’ai passé de « longs » moments – qui paradoxalement semblaient ne pas avoir la moindre durée – en présence de mon ange gardien sur l’aile du papillon et une éternité à apprendre les leçons du Créateur et de la Sphère de Lumière dans le Cœur. A un certain point, je suis arrivé au bord du Passage et j’ai découvert que je ne pouvais plus y pénétrer. La Mélodie Tournoyante – jusque-là mon ticket pour me rendre dans ces régions supérieures – ne m’y emmenait plus. Les portes du Paradis étaient refermées … Dès l’instant où les portes du Paradis ont été closes pour moi, j’ai ressenti une tristesse comme je n’en avais jamais connue. Les émotions sont différentes là-haut. Toutes les émotions humaines sont présentes, mais elles sont plus profondes, plus étendues … Quelque chose en moi a senti une étrange confiance m’assurant que tout irait bien » (passim p. 143-145)

« A mesure que je descendais, de plus en plus de visages surgissaient de la boue, comme à chaque fois que je retournais dans le Monde Vu du Ver de Terre. Mais cette fois, il y avait quelque chose de différent avec ces visages. Ils étaient désormais humains et non plus animaux … Cette reconnaissance s’est concentrée sur les six visages, mais en particulier sur le sixième. Il était si familier. J’ai compris avec un sentiment de choc se transformant en peur intense que, qui que ce soit, c’était le visage de quelqu’un qui avait besoin de moi. Quelqu’un qui ne pourrait jamais s’en remettre si je partais. Si je l’abandonnais, la perte serait insupportable – comme le sentiment que j’avais eu lorsque les portes du Paradis se sont refermées. Ce serait une trahison que je ne pouvais tout simplement pas commettre… Il est important que je revienne. J’avais des liens ici – des liens que je devais honorer. Plus le visage devenait net et plus je le comprenais. Et je reconnaissais ce visage. » (passim p. 151-153)

Au terme de la description du cycle proprement dit, il nous reste à considérer la construction de chaque séquence en deux étapes : subversion et submersion et plus particulièrement le premier des deux. Il faut lâcher pour y arriver. Cela est bien connu dans l’art de vivre, dans le développement personnel et la thérapie/analyse ainsi que dans la démarche spirituelle. Mort et résurrection. L’EMI y est pour quelque chose, et même pour beaucoup. En reconnaissant ce nouveau point, nous approchons un peu plus de l’évidence que l’EMI est le messager du grand ordonnateur de la vie. Si l’on peut commencer à percevoir cela dans nos descriptions, on approche, c’est chaud. Sinon, évidemment, ce n’est que publicité (mensongère) pour le comité de Karolinska (à Stockholm). Il n’y a rien de tel dans le processus onirique (le rêve) trop lié aux restes diurnes qui n’emmènent qu’à mi-chemin. Ici, l’entièreté de la voie chemine de mort en révélation et de lâcher prise en construction.

 

Sixième étape :
changement de personnalité, intégration des ressources transcendantes

Cette nouvelle réalité est bien affirmée par les expérienceurs qui ont fait la totale. Ils ont découvert une nouveauté évidente et opérante à laquelle ils ne veulent pas résister même si c’est compliqué. Les convertis évoqués, Paul, Augustin, le second Paul (Verlaine) et le troisième (Claudel) sans oublier Pascal n’ont en rien renié leur conversion. La psychanalyse pléni-intégrative change son monde parce qu’elle donne accès au processus EMIque. La méditation lui emboite le pas. Mais, encore une fois, la radicalité du processus doit être perçue, vécue, partagée.

 

Eben Alexander : répandre la nouvelle.

« Je me suis réveillé un matin en possession de continents entiers de connaissance scientifique et médicale que je n’avais plus la veille. Ce fut l’un des aspects les plus étranges de mon expérience : ouvrir les yeux un matin avec plus que les fondamentaux d’une vie entière d’apprentissage et d’expérience qui fonctionnaient à nouveau. Alors que mes connaissances de neuroscientifique revenaient lentement et timidement, mes souvenirs de ce qui s’était produit s’imposaient avec une netteté et une clarté extraordinaires. Ce qui s’était produit hors du monde matériel avait tout à voir avec le bonheur sauvage qui m’habitait à mon réveil et la félicité qui continuait de m’accompagner. J’étais « fou » de joie, car je revenais auprès des gens que j’aimais. Mais j’étais aussi heureux parce que – pour le dire aussi simplement que possible – je comprenais pour la première fois qui j’étais vraiment et dans quel genre de monde nous habitions. » Mais, « pour faire court, ils ne pouvaient pas admettre dans leur esprit ce que j’essayais désespérément de partager. Cependant, comment pouvais-je les en blâmer ? Après tout, je ne l’aurais certainement pas compris non plus – avant ». ( o.c.p.171-172) That’s it. Merci Eben.

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