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Début janvier, je commençais à abattre mes cartes. La révélation EMIque est tellement importante qu’on ne peut pas attendre encore des années, ni même notre congrès de mai 2020. Alors je distille encore une nouvelle merveille qui nous vient de la même revue Sciences et Avenir (janvier 2019 p.32).

 

Ne vous effrayez pas. Çà semble compliqué. Non, c’est seulement complexe. On nous présente ici les principales pratiques qui induisent des états de conscience modifiés en regard des ondes cérébrales émises. Tout est dans le texte. Faut s’appliquer !

Et puis vient le miracle, tout à droite, dans l’avant dernière colonne : « EMI, ondes émises : inconnues » ! Qu’est-ce que çà veut dire ? Ce que je soulignais dans le blog EMI 4.

L’EMI n’est pas une méditation, sans cela on aurait ses ondes stabilisées. Elle est autre chose. L’EMI n’est pas plus une « thérapie », ni une « théorie », ni le meilleur des « parais ».

Elle est autre chose, bien plus. Elle est absolue et universelle. Excusez du temps. Alors on continue patiemment. Quarante années à trouver, pour moi ! Un peu moins pour vous si vous continuez la démarche !

Rappelez-vous les quatre étapes de cette démarche reprise par les quatre parties du nouveau livre : initiations (de quarante ans), révélations (comme ici), manifestations (par la musique notamment) et applications.

 

L’éveil musical comme esthétique et mystique, EMIque

Vendredi Saint, seul à en crever, seul à se créer

“A cinquante-cinq ans, je viens d’entamer ma quatrième carrière de pianiste bricoleur, avec un bonheur sans égal. Pour les besoins de la nouvelle formation de musicothérapeute, j’ai fait installer mon piano -un Petrof trois-quarts-queue- dans la grande salle du centre de formation alors que je ne jouais plus depuis cinq ans ; j’avais mieux à faire : lire, écrire, méditer ! Lors de la dernière formation de la promotion polonaise, Marie-Christine était là, elle, l’artiste lyrique qui s’occupe de la voix dans cette formation. Je l’avais conviée au piano pour découvrir la sonorité de l’instrument dans ce nouveau lieu. Elle n’était pas en forme et, de séduction las, je m’y suis mis moi-même, pianotant les beaux restes d’antan !

Je viens aussi de laisser partir la femme que j’aime… et qui m’aime. Aussi ai-je le temps de jouer et du sentiment à revendre !

Quel bonheur. La sonorité d’abord. Elle est fantastique dans cette salle, couvercle grand ouvert, surtout dans les notes aiguës. Jamais je n’avais tant apprécié les aigüs qui me semblent aussi riches que les graves. La vibration ensuite. Je la sens dans les doigts, remontant dans les bras, dans le pied posé sur la pédale, puis dans le corps entier. Certes, quand je m’abandonne à ce fin tremblement, je perds de mon attention et… me plante plus souvent ! Mais quel délice que d’être entièrement là, dans la vibration du son, du piano, de la salle, du printemps naissant, de l’univers.

Ayant débuté en autodidacte à quinze ans, je n’ai jamais eu une très bonne technique. Je sentais en particulier que mes accords arrivaient souvent en cascade. Mais aujourd’hui, je sens qu’il suffit de poser souplement la main sur les touches et d’enfoncer les doigts pour qu’ils se mettent à l’unisson et… à vibrer tout autant. C’est toute une attitude qui se modifie, tout un état d’être à investir ce toucher de deux, quatre, six doigts simultanément, l’instant d’un éclair, à répéter d’instant en moment, jusqu’à l’explosion de lumière et des sons.

 

La musique est-elle femme ?

Ma troisième carrière musicale avait démarré après mon divorce et vingt années d’arrêt du piano. Tiens donc, la musique remplacerait-elle la femme, l’affectif, la volupté fusionnelle ? Du coup je me rappelle que mes débuts à l’harmonium datent de mon départ à l’internat, loin des parents, frère et sœur !

Après vingt années d’arrêt, je tombe un jour sur une copine qui… joue du piano, modestement mais avec cœur. Je m’y essaye aussi, timidement, persuadé d’avoir été un piètre pianoteur et que même ce statut là je ne le retrouverai pas. Non seulement j’ai rapidement récupéré mon niveau d’autrefois mais je l’ai largement dépassé en cinq années, toujours autodidacte.

Je passais des nuits à jouer, tard le soir, tôt le matin, avec une frénésie insatiable et me suis constitué un répertoire de près de deux heures que je connaissais par cœur et dans lequel j’avais inclus les morceaux de maître que j’adorais : Clair de Lune (Beethoven et Debussy), Marches Turque et Funèbre, Pathétique, Appassionnata, jusqu’à la “Révolutionnaire” de Chopin. J’atteignais là quelque chose qui me semblait à jamais inaccessible. J’arrivais à ce que je fantasmais parfois : être musicien. Certes, je biaisais ; je jouais plus lentement que les tempos indiqués, j’excluais les passages trop rapides et trop compliqués. Mais c’était divin ! Je préférais même les sons imparfaits de mon propre jeu à ceux des disques parce qu’ils me parvenaient plus vibrants, plus pleins et vivants.

Elle, celle que je viens de laisser partir, était arrivée en pleine euphorie “pianistique”. Elle a aimé. Au début, elle s’asseyait à côté de moi pour m’écouter. Quand elle traînait à se maquiller, je déposais mon impatience sur le clavier. Et pourtant j’ai flanché, joué de moins en moins et, lors d’un déménagement, arrêté définitivement. Il me semble que cette période-là était aussi celle de l’affirmation, de la puissance, du pouvoir même, au détriment de l’âme.

En cet instant même je retombe dans cette tentation de l’avoir, du savoir et du pouvoir. Je commence à jouer calmement, profondément, avec sensibilité et concentration, puis le besoin de retrouver mon répertoire d’antan m’envahit. Je veux le posséder au plus vite, le connaître par cœur, le jouer au mieux… avec une avidité qui n’amène pas seulement les fausses notes, mais qui fige aussi les doigts et le corps, les privant de toute vibration. L’avidité investit le note-à-note, oubliant les nuances et phrases musicales, étouffant la sensibilité, empêchant de percevoir l’émotion du morceau. C’est une façon de ne pas me laisser envahir par elle.

Quand je m’en aperçois, j’arrête de jouer, je me mets en Présence Juste, je recontacte ma Kundalini puis je m’y remets : morceaux simples, lents, lecture puis par cœur, pose sensible des doigts, vibrations, nuances, phrasée… (rien que d’écrire cela me fait retrouver une délicieuse énergie dans mon ventre et dans mon dos). Je rejoue le morceau jusqu’à ce que je dépasse la pure technique et l’exécution potable pour entrer dans l’esthétique : pureté du son, harmonie de l’accord, beauté de la mélodie, composition de l’ensemble.

Pour entrer dans l’émotion, je joue la Marche Funèbre de Chopin, ses deux passages centraux (simples et lents) et là c’est le déluge. Elle est là, son image, son absence ; ma solitude est là, totale, peut-être définitive (mes yeux s’humectent à l’écrire). Me vient l’image de Lino Ventura jouant le thème central, funèbre, dans les “Dix petits nègres” me semble-t-il, chacune des apparitions au piano annonçant une nouvelle mort.

Son image à Elle vient toute seule mais ce sont les accents du morceau, la tristesse des accords, l’accompagnement lourd, lugubre et obsédant de la main gauche avec ses deux uniques accords répétitifs et lancinants, qui ébranlent les tripes et le cœur. Et la main continue inlassablement son martèlement : “faut y aller, faut avancer”, tel un rouleau compresseur. La main droite égrène le thème, trois notes seulement, consolateur, une descente dont on dit qu’elle est dépressogène… J’y mets plus de cœur et de… pleurs. J’y mets plus d’accents et de… sentiment. Et les mains continuent imperturbablement.

Vient une rupture radicale, une mélodie en haut, belle, douce, avec un accompagnement montant en arpège, une seule note par main mais la pédale pour faire plein. C’est le printemps en ce week-end de Pâques, c’est le soleil, la tendresse, l’espoir. C’est même tellement d’attente que ça coule encore, des yeux ! La mort, l’absence, la plénitude, l’espoir. C’est aussi cela la musique, c’est aussi cela l’esthétique. J’y suis bien resté une demi-heure à cette Marche Funèbre, un peu dans l’apprentissage, beaucoup dans l’émotion et l’affectif. J’ai pu vivre toute la douleur et toute l’absence. J’ai pu fusionner la musique et le sentiment, la mélodie et la vie, l’harmonie et le beau.

 

Esthétique, vibration et relation

Pour illustrer l’effet subjectif du “beau”, voici quatre effets tirés de l’expérience de la Marche Funèbre :

  • L’esthétique “touche” là où c’est sensible, urgent et à fleur de peau : Chopin pose son doigt directement sur la plaie vive de son absence à Elle, c’est la catharsis émotionnelle.
  • L’esthétique “contacte” plus profondément au niveau de l’énergétique et du sentiment : les vibrations sonores affaiblissent les tensions défensives, laissant l’harmonie et la mélodie pénétrer au cœur de l’être. Plus besoin d’elle, il n’y a pas de manque dans cette plénitude.
  • L’esthétique “relie”, elle fait sortir l’être de son tréfonds et le reconnecte avec l’Autre, les autres, même si c’est douloureux comme lorsque c’est Elle. L’art réunit, rapproche, pacifie.
  • L’esthétique “transcende”, connecte avec les valeurs fondamentales qui sont aussi les valeurs communes. Même si elle n’est plus ma compagne et dans mon lit, nous partageons encore cet univers-là comme lorsque nous visitions les musées, main dans la main, au même rythme, avec les mêmes intérêts, émerveillements et commentaires. Elle parlait même de “synchronicité” à propos de ces goûts communs (petite larme à l’œil).

L’esthétique est conscient ! Mais il est tellement plus riche que ce “conscient” réducteur qui affiche à peine deux ou trois items à la fois. On pourrait l’appeler “transconscient”, au-delà du conscient, conscient + inconscient réunis. Le transconscient, c’est toute la complexité des processus inconscients avec la conscience en plus. L’esthétique est transconsciente. On pourrait aussi écrire ‘‘conscience phénoménale’’. Tous ces termes expriment la même chose. (En Présence Juste, elle prend toute sa place dans le module 9 avec ‘‘l’esthétique du monde’’.)

Après cela, j’ai repris le Clair de lune de Beethoven, avec partition, sans avidité. Pour moi, c’est la sérénité, une sérénité un peu grave ; les arpèges montants et continus de trois notes marquent le mouvement absolu, l’avancée, la progression, mais en douceur : ça y va, ça avance pas à pas ! Après deux heures de jeu, je me retrouve au salon, à lire les… manuels de musico- et art-thérapie. C’est calme et recueilli dehors en ce Vendredi Saint.

Une énergie immense m’envahit à partir du bassin, pleine et stable, douce et voluptueuse. Je suis là, simplement là, à la fin de ce premier des quatre jours de solitude : je n’ai besoin d’aucun expédient, ni de manger, ni d’aller à la télé, ni même de méditer. Je n’ai pas besoin d’Elle. On m’a invité à un concert ce soir. Je n’irai pas. Je reste ici, plein de bonheur, avec plein de livres. C’est cela la musique. Une musique toute simple et avec cœur. C’est cela l’esthétique, une simple note qui vibre et fait éclater les rigidités comme le fait le cri strident du petit Oscar dans le Tambour. Avec la vitre brisée se libèrent la vie, la santé, le bonheur.

Je pourrais dire la même chose de l’acteur. J’en ai quelques-uns sur le divan : ils me parlent de la jouissance de la scène. Et du chanteur, comme Thomas dont j’entends la plénitude sur la cassette qu’il m’a donnée à écouter et qui en a pourtant vu des vertes et des pas mûres dans son passé : le chant harmonique et l’assise (méditative) l’ont sorti de là. Ma propre histoire avec le piano montre combien ce dernier est thérapeutique, analytique, maître de vie.

 

Dimanche de Pâques, catharsis

Samedi matin, j’ai réessayé la Marche Funèbre, j’ai laissé venir son image… Non, ce n’était plus ça. De l’émotion, bien sûr, mais sans plus. Elle ne me prenait plus aux tripes. Car la musique a pris la place. Le martèlement de la main gauche, les deux accords lugubres amplifiés à la main droite par les mêmes deux notes séparées d’un demi-ton, fa-sol bémol, ressortait de plus en plus. Tout d’un coup, je me suis senti envahi par le crescendo irrésistible de cet accompagnement. Une énergie puissante se libérait, gueulait. Samedi soir, de retour de ma tournée en ville avec le courrier et plein de revues, je ne me suis pas jeté sur les news mais sur mon piano. J’ai fait une merveilleuse séance de près d’une heure et demie pendant laquelle les morceaux s’égrenaient avec légèreté, sérénité, rapidité. Tous mes tempos s’accéléraient. Le par-cœur rentrait facilement, même le Clair de Lune. Un peu d’euphorie me gagnait. Puis j’ai fait un écart alimentaire ce qui m’a réveillé à trois heures du matin. Levée, café, assise patiente, pour faire passer la lourdeur digestive. Petit somme, levée, écriture puis piano.

De nouveau, légèreté, esthétique, beauté. Tout d’un coup, j’ai vu que Beethoven proposait un tempo de 60 pour son Clair de Lune ; j’y suis allé beaucoup plus vite, avec partition, et tout d’un coup la première note de l’arpège inlassablement répété me frappait comme un battement cardiaque. Ta-ta-ta, Ta-ta-ta, Ta-ta-ta. Ce rythme devient familier, important, proéminent. C’est lui qui occupe bientôt toute la place, lui, la vie, un rythme, une cadence entraînante, belle, harmonieuse, tantôt grave quand l’accompagnement descend, tantôt léger quand la main droite égrène son chapelet de notes légères et cristallines. Puis je ralentis imperceptiblement, et constate que c’est pas du 60, c’est pas le rythme cardiaque, le rythme de la vie, que c’est trop lent. Et ça reprend en 60, dans le familier, l’évident, le vivant, l’entraînant.

Du coup, j’ai enchaîné avec le mouvement lent de la Pathétique, avec cette mélodie si belle qu’elle a été reprise dans “Midnight blues” (me semble-t-il). Je l’ai joué deux fois plus vite qu’auparavant et il était quatre fois plus prenant, poignant, grisant. La catharsis du Vendredi Saint avait fait son effet.

 

Lundi de Pâques, éveil

Ce n’est qu’en soirée que je suis retourné au piano, mais quelle soirée. J’ai retrouvé la frénésie que je connaissais il y a dix ans. J’avais commencé très calmement les premiers morceaux du répertoire avec l’inévitable Lettre à Elise, un Andante grazioso de Mozart et la Marche Funèbre, longuement. Quelque chose semble acquis avec cette dernière : pas de trop grosse émotion mais beaucoup de beauté. Je fantasmais mes élèves en train de me demander ce morceau et moi de le jouer, sachant qu’ils savaient à quoi il me renvoyait. Ils la connaissent, ils attendent la larme au coin de l’œil. Je le jouerai… au risque de la larme !

J’ai enchaîné sur le Clair de Lune, de plus en plus vite, une bonne demi-heure. Puis Midnight blues, vingt minutes. Puis… une valse du même Beethoven, une valse très puissante, avec de gros accords à marteler puis des petites mélodies cristallines assez simples pour que je puisse m’y adonner à cœur joie. Ça devenait de la frénésie, de la folie. Je ne voulais pas repartir dans les nuits cathartiques d’autrefois et pourtant ça y allait presque automatiquement. Un flash obnubilait mon esprit et si elle était là et entrait tout d’un coup dans la salle ? Non, ce n’était qu’un craquement de colombages.

Ça s’accélérait ; ça jouait de plus en plus fort. Et les doigts suivaient. Je ne me souvenais pas d’avoir joué cette valse aussi vite, juste et nuancée, avec folie. Le morceau se terminait, ça recommençait da capo ; le tempo de la valse s’imprimait dans le jeu, j’allais commencer à tourner, j’aimerais danser la valse avec elle. Et ça s’accélérait, ça sautillait, ça se terminait et recommençait. Repeat, j’avais dû appuyer sur repeat ! Une frénésie me gagnait, l’euphorie m’envahissait. Ce n’est pas possible, pas juste après trois semaines de reprise ! J’ai arrêté après une heure et demie. Ce ne sera pas une folle nuit. Je m’assis près d’une porte fenêtre en Présence Juste, face au soleil couchant. Quelle beauté là dehors, à travers le parc. Un avion dans le ciel, tous phares scintillants. Un corbeau entre les arbres. La Kundalini est montée, la paix est descendue.

En fait, ce n’est pas de l’avidité, ce n’est pas de la folie ! C’est du Canada Dry, couleur alcool, sans être de l’alcool. Menace de folie sans être folie. Défoulement ? Je n’aime pas ce mot ! Libération ? Oui, libération d’une puissance inouïe, d’une pulsion monstrueuse, mais en même temps paix dans ce corps qui ne s’émeut plus trop. Je me demandais déjà : et après, que ferai-je ? Comment réatterrir ? Eh bien, tout simplement, sur mon coussin qui trônait devant la porte-fenêtre. J’ai réussi à manger frugalement et à me remettre au bureau pour écrire ce texte. Nulle autre situation ne permet un tel défoulement… pardon, une telle libération de puissance contrôlée, sans danger pour autrui, avec quelque frayeur pour soi seulement, pour sa santé mentale !

 

Week-end de Quasimodo : extase

Quatre jours à Vienne pour le Forum des créateurs de somato- psychothérapies. Arrivé à l’aéroport à six heures du soir, je me retrouve au Konzerthaus dès sept heures et demie pour un récital de piano avec Beethoven, Schubert et Brahms au programme et, au clavier, un Japonais blanchi sous le harnais. Brahms d’abord, une sonate très longue que je ne connais pas, un début grave, pathétique, qui me plonge dans ma souffrance : la dernière fois c’est avec elle que j’étais là.

Je lâche mes tripes, la douleur pénètre avec des accords puissamment martelés, puis quelque dissonance me rappelle à la vigilance ; de brefs passages harmonieux et mélodiques me redonnent l’espoir. L’énergie monte, descend. Les aigus font lâcher ma tête, libèrent quelques endorphines et m’inondent de douceur. Beethoven avec Les Adieux : des accents tristes et des envolées sereines. C’est pour découvrir autre chose que l’on quitte, pour changer, pour assouvir la curiosité, pour enrichir.

Entracte : je m’imprègne de ce décor mythique, en contact avec une énergie forte et voluptueuse dans mon dos, proche de ces Viennois endimanchés, fins connaisseurs, aux applaudissements généreux qui obtiendront trois “bis” de grande qualité. Après l’entracte, une Fantaisie de Schubert : c’est de la pure musique, de la pure beauté ; il n’y a plus d’idées ou d’images, il n’y a que du ressenti. Les sons me font vibrer ; ce n’est plus seulement dans le dos, une Kundalini un peu diffuse, ce n’est pas uniquement à l’avant du corps, une bouffée d’amour ; ça s’élargit, ça englobe tout le corps, ça dépasse les contours du corps. Je me transforme en une espèce de masse vibratoire aux limites de plus en plus floues. Il ne s’agit pas d’une intention comme lorsque je me “prolonge” dans l’espace, dans les six directions (haptonomie) ; ça se fait tout seul. Les vibrations du piano se fondent dans ma propre vibration et la modulent, me transformant moi-même en moments d’attaque puis de retombée, en vagues de violence puis de douceur, en sensations de suffocation puis de soulagement.

Les accords deviennent autant d’émotions : tristesse et bonheur, peur et joie. Les mélodies dessinent des lignes affectives, pures et éthérées. Elle, elle se fond dans cette esthétique. Elle se perd dans cette beauté ; ça se passe ailleurs, au-delà, ce n’est plus un problème. La nuit j’ai fait un rêve étrange et délicieux. Une main de femme stimulait les deux extrémités de mon périnée, l’avant et l’arrière, en un mouvement alternatif très rapide. Elle réveillait une double sensation, sexuelle en avant et mystique en arrière qui ne devenait bientôt qu’une seule sensation à la qualité nouvelle : ce n’était pas purement érotique, ce n’était pas le canal de la Kundalini. Et ça s’est terminé en un paroxysme bien délicieux !

 

Parler de soi donne en vie

Je traîne cette dernière partie de texte depuis cinq jours bien que j’aie le temps, les idées et le plan. Mais ça ne s’assied pas devant la feuille blanche, ça n’agrippe pas le stylo et ça ne laisse pas démarrer la rédaction. Ça bloque ! Je vais méditer, pianoter, manger pour fuir. En ce moment même, je grignote des gâteaux et me reverse du café pour installer enfin le bon équilibre, la bonne proportion de maîtrise / jouissance.

Zut, je n’ai plus de gâteau… vais-je en rechercher ou rédiger ? Je rédige ! Et voici que me vient une nouvelle idée, hors plan, hors propos, mais avec… jouissance : parler de moi encore, truffer cet écrit d’une nouvelle indiscrétion personnelle comme je le fais régulièrement depuis mon premier livre. Mais pourquoi ? Eh bien, au moment même où j’ai écrit “parler de moi”, quelque chose s’est réveillé dans mon ventre, une vague d’énergie, un élan de vie, qui me donne envie de continuer, qui me ‘‘donne en vie.’’

Depuis 1980, j’en ai trouvé des rationalisations pour justifier ces intrusions du privé dans mes écrits… Et voici qu’en ce moment même en vient probablement la plus réelle : elles “me donnent en vie”, et cela suffit. Je sais pourtant que c’est un manque de maîtrise patent que de bavarder ainsi avec soi-même dans les écrits et que cela fait beaucoup de tort à mes livres. Un jour, peut-être, ce sera perçu comme du génie ? Actuellement, il suffit que je m’y sente “en vie”.

 

Fête de la musique : mort et résurrection

Ma fille Aurore devait me rejoindre pour aller à la fête de la musique et fêter les pères. Elle n’est pas venue. Trois heures plus tard, c’est moi qui l’ai retrouvée en Réa Chir en coma profond. Son frère lui fera un montage de ses musiques préférées pour les lui passer. Après trois semaines, elle s’est réveillée.

L’évocation de l’expérience pianistique ne vient évidemment pas par hasard. Ce n’est pas du pur narcissisme d’autant plus que les circonstances affectives restent douloureuses. Il y a un message : la musique est un puissant outil de l’art de vivre et de la méditation. Les descriptions des effets de la Présence Juste décrites par ailleurs rappellent clairement ces vivances au piano. La musicothérapie aide à ouvrir à ces vécus méditatifs et mystiques et nous l’utilisons dans l’entrainement à la Présence Juste. Pour le module 9, centré sur l’esthétique du monde, je passe le boléro de Ravel dirigé par Célibidache. Sa composition très simple avec seulement trois lignes instrumentales répétitives (mélodie, accord d’accompagnement et rythme des caisses claires) invite à s’y plonger en pleine présence jusqu’à la transe et l’extase.

 

Traduction EMIque. On a du pot.

Etape 1

Subversion de la structure clivante : Pour cela, j’ai dû quitter ma famille et aller au couvent !

Ressource : bien-être par la musique, orgue en particulier, et authenticité (étymologiquement : développement de soi) par l’apprentissage de l’harmonium et du piano.

 

Etape 2

Subversion de la structure corporelle rendue crispée pour acquérir la technique pianistique.

Ressource : submersion par les vibrations de l’instrument, éveil énergétique et éclairs de kundalini.

 

Etape 3

Subversion de la structure mentale, oubli de la partition, dépassement de la technique, (pas de tunnel noir).

Submersion par la pure musicalité, évidence de justesse du jeu, pur amour, même sans Elle.

 

Etape 4

Subversion de la réalité objective des indications du compositeur et des interprétations habituelles.

Submersion par la créativité symbolique, fantasmatisation sur le vendredi saint, Pâques, sur Elle.

 

Etape 5

Subversion de la structure amalgamante : je m’arrête après une heure, deux heures ; je respecte les contraintes de l’entourage.

Intégration éthique : cet arrêt n’est pas un crève-cœur mais un état de fantastique disponibilité pour la tâche suivante.

 

Cette nouvelle période pianistique fut aussi la dernière. Une structure figée s’était reconstruite, qui s’est manifestée par l’interprétation d’un double triolet et elle a tout fait péter. Quant aux ressources qui en ont surgi ce furent : le développement de l’Eepssa, la création de la Méditation Pleine Présence et une demi-douzaine de livres sans oublier l’accueil du POH-EMe de la vie. Quant à la musique, je la délègue à Mezzo, Mezzo live et Brava. Et les morceaux préférés ? Devinez. Les concertos pour piano ! Et le concertiste ? Lang Lang.

Toujours est-il que nous assistons à une nouvelle valse hésitation ou, plutôt, à une nouvelle polarisation : submersion par la musique et restructuration par l’action (entrepreneuriale et intellectuelle). En psychanalyse, on parlerait de mécanisme de défense contre … la folie extatique par la musique, comme auparavant par la mystique. Mais, soixante années plus tard, ces flux et reflux entrent tout simplement dans la trame POH-EMIque au risque de la submersion par les 5 jouissances.

 

De piano en mantra

L’amour de la musique m’a approché du Saint Graal de façon inattendue et m’a fait dénicher une pierre philosophale étrange sous la forme d’un mantra chanté. Voici l’histoire de cette nouvelle œuvre qui participe au Grand Œuvre… pour l’EMI 6 le 13 février 2019.

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