Chapitre VI

L’approche intégrative du rêve
et l’avènement du processus
EMIque

Introduction

Le rêve est à l’origine de la psychanalyse qui est elle-même une référence indispensable de la psychothérapie. Le rêve a été instrumentalisé par toutes les cultures et toutes les civilisations jusqu’aux plus archaïques. Le rêve reste donc un outil précieux pour le psychothérapeute. Les neurosciences aussi s’y sont intéressées, apportant des données que Freud ne pouvait pas connaître, mais que nous ne pouvons pas rendre « latentes » comme la « pensée du rêve » de Freud. Enfin la psychanalyse elle-même se met à l’intégration ne serait-ce qu’autour de l’objet « rêve » et nous nous référons autant à Jung, Hobson, Perls (et d’autres) qu’à leur maître commun.

Après certains textes partiels et préparatoires que l’on trouvera ci-après, je propose la synthèse d’une réflexion inspirée par la psychanalyse plénière (ou pléni-intégrative) et les neurosciences. Elle est validée par une immersion expérientielle de 150 élèves psychothérapeutes et psychanalystes. Ce texte n’aura pas les 677 pages de  « l’Interprétation des rêves » (Freud 2003) et restera elliptique comme le rêve lui-même, subjectif comme la fantaisie du rêve. Mais il permettra néanmoins de faire du rêve ce merveilleux outil pour la psychothérapie qu’il a toujours été, tout en étant réactualisé.

Le rêve est « la voie royale vers l’inconscient ». Cet outil privilégié de la psychothérapie nous permet aussi d’approfondir et de confirmer notre apport intégratif en observant, chez Freud lui-même, qu’il s’agit plus de « processus inconscients » que d’un inconscient substantivé. Enfin notre modèle ontologique devient aussi un guide pour l’interprétation des rêves. Commençons par rendre justice à Freud, une justice à la Salomon. Le rêve est bien un « accomplissement de souhait », une satisfaction de désir, en tout cas on pourrait le paraphraser ainsi. Voici sa trouvaille « manifeste » : « Le rêve présente un certain état des choses tel que j’aimerais le souhaiter ; son contenu est donc un accomplissement de souhait, son motif un souhait. » (Freud o.c. p.154). Ce manifeste découle d’un rêve de Freud lui-même, de son autoanalyse à travers les rêves, du fameux rêve de « l’injection faite à Irma ». (Freud 2003 p.141- 156).

Résumons les faits aussi cavalièrement que Freud traite la catastrophe Irma ! Irma est une patiente, une de ces analysantes « fondatrices » qui apprennent leur métier au thérapeute. C’est une catastrophe médicale. Ça commence par une mauvaise indication d’une opération du nez que Freud confie à son collègue Fliess, un O.R.L., (qui est en quelque sorte l’analyste de Freud, par lettres et « congrès » (à deux) interposés). Ça continue par des complications postopératoires qui ont failli tuer la patiente et dont Fliess est responsable. Irma s’en sort malgré tout et continue même son analyse avec Freud. Et ça se termine par ce fameux rêve ou toutes les responsabilités sont mises sur le dos d’un tiers, un certain Otto, « tel que j’aimerais le souhaiter » (o.c. p. 154). Oui le rêve est vraiment fantastique ! Notre auteur va plus loin dans ses déductions : « j’ai noté une intention qui est réalisée par le rêve et qui a forcément été le motif du rêveur » (o.c. p 154). Merci Irma. L’essentiel des thèses freudiennes en découlent :

  • le rêve est accomplissement de souhait,
  • il y a donc une « intention »,
  • qui constitue le motif du rêve.

Freud avait bien appris chez ses prédécesseurs que, la nuit, il n’y avait plus de stimulations externes par les cinq sens, qu’il n’y avait donc plus de déclencheur externe du rêve. Il fallait alors un démarrage interne, ce sera une « pensée latente », « intentionnelle », qui a pour fonction essentielle « d’accomplir des souhaits ». Voilà, c’est tout ce qu’il faut retenir des 677 pages d’un livre… à lire malgré tout, puisqu’il y a plein d’histoires de…sexe. En effet le « souhait » est presque toujours sensuel, sexuel, et les histoires sont donc croustillantes…comme les rêves eux-mêmes.

On retiendra aussi que la mise en image par le rêve passe par « déplacement et condensation », (travail du rêve traduit par Lacan en « métaphore et métonymie ») ainsi que par symbolisation et règles de représentabilité. Pour rester dans l’ambiance onirique, on peut évoquer encore l’art absolu du   « retomber sur ses pieds », dont fait preuve Freud. Vous rêvez de la mort de votre père ? Mais c’est votre souhait, car vous n’avez pas réglé votre complexe d’Oedipe qui, pour le mâle, passe par le meurtre du père ! Vous rêvez quelque chose que je (l’analyste) ne peux pas convertir en souhait ? Eh bien, vous l’avez, la satisfaction de votre désir, puisque, dans votre transfert négatif, vous souhaitez me mettre en défaut ! C’est ce qu’on appelle ailleurs, « prescription paradoxale ».

Eh bien, jouons le jeu du rêve. Oui, Freud pourrait avoir raison pour l’accomplissement du souhait. Par contre il ne pouvait pas savoir que le départ du rêve – comme d’un feu – se fait dans le tronc cérébral, dans le noyau appelé « pont » et qu’il n’y a donc pas nécessité d’une « pensée » à son origine. Quant à l’intentionnalité du rêve, elle sera laissée à votre bon « pont » (sinon cœur) mais les textes qui vont suivre proposent des arguments suffisants pour vous en faire… une idée.

 

De la satisfaction d’un désir à la restitution du bien-être

Le rêve d’Irma commence dans la panique et se résout par un non-lieu. Les centaines de rêves de mes élèves montrent que la majorité des rêves débutent avec une sensation stressante et se termine par la résolution du problème, ne serait-ce que par le réveil quand il s’agit d’un cauchemar sans solution onirique. (Contrairement à l’idée de Freud, le réveil est ici la résolution, sinon on s’acheminerait vers l’aggravation d’un syndrome post-traumatique). Or cela s’explique simplement par la bio-physiologie du … sommeil. En voici le résumé.

Nous ne savons pas si le rêve a une fonction propre – c’est donc laissé à votre bon cœur- mais nous savons que le sommeil en a une. Or le rêver se fait dans une succession de séquences qui jalonnent le sommeil, de l’endormissement jusqu’au réveil. Le rêve participe donc de la fonction du sommeil. Mais que fait le sommeil ? Il restitue ce qui s’est gâché pendant la journée : mon corps s’est stressé jusqu’à réclamer le coucher, la tête s’encombre de préoccupations et ma vie relationnelle, y en a assez également ! Vivement le sommeil, et le rêve tant qu’à faire.

Le sommeil, lui, répare tout cela et restitue corps dispos, esprit ouvert et sociabilité retrouvée. Le sommeil reconstitue la page blanche. Et le rêve ? Il accompagne cette restitution, en image, avec art et fantaisie tant qu’à faire. Un rêve commence par traduire ce corps fourbu et évolue vers la détente du repos jusqu’à déboucher, au petit matin, sur la caractéristique même de ce bien-être qui est agréable, sensuel et même sexuel. Les big data ne proposeraient que 1% de rêves érotiques. Cette réalité-là n’est pas laissée à votre bon cœur ou à votre travail métaphoro-métonymique, elle découle des neurosciences et même du… bon sens. Et c’est dans cette mesure qu’on peut y voir  « l’accomplissement de souhait », bravo Sigmund. À l’endormissement, on tombe avec effroi dans un trou sans fond (rêve hypnagogique), au petit matin on tombe dans les bras d’une jolie nana ! (Désolé pour le terme, mais le rêve n’est pas politiquement correct !).

Maintenant, le rêve est-il acteur de cette remise du compteur à zéro ou seulement accompagnateur ? L’un des psychanalystes qui a le mieux intégré les apports des neurosciences, à savoir Allan J. Hobson, pense que le rêve n’a pas de fonction particulière. Pourtant, lorsque des nuits sans sommeil s’accumulent, le retour du sommeil se fait avec un accroissement de la durée du sommeil paradoxal, donc des rêves. Certains auteurs avancent l’hypothèse que le rêve fait de l’ordre dans les acquis de la veille, dans la mémoire notamment, mettant à la poubelle ce qui est inutile comme sur un ordinateur. Michel Jouvet , le concepteur du sommeil paradoxal, attribue au rêve le rôle d’actualiser les fondamentaux génétiques. Mais il n’y a pas de vérification de ces hypothèses. (L’EMI apporterai-elle de nouvelles évidences ?)

Par contre Hobson, s’appuyant sur les bases scientifiques, dénie au rêve sa   « pensée latente », son intentionnalité, la censure préconsciente et le déguisement chers à Freud. Alors que reste-t-il du rêve ?

Nous proposons ici quatre hypothèses qui se fondent sur :

  • la sagesse des nations,
  • l’analyse psychothérapeutique des rêves,
  • les neurosciences,
  • et…le bon sens existentiel.

 

1) Le rêve est un « fait existentiel total » qui se suffit à lui-même. Aussi peut-on en oublier la grande majorité et n’en retenir que certains, soit parce qu’ils sont remarquables par leur « totalité » même (plénarité et plénitude) soit parce qu’ils sont inachevés. Ce concept est emprunté à Marcel Mauss qui a appelé les rituels du don, comme le potlatch, « fait social total », ne nécessitant pas d’explication autre, et surtout pas psychologique.

2) Le rêve traduit en images le processus du sommeil qui est de pleine restitution des capacités vitales :

  • détente musculaire et viscérale jusqu’au bien-être et à la jouissance,
  • régulation des constantes internes,
  • apaisement du fonctionnement cérébral,
  • éveil des centres énergétiques jusqu’à pleine circulation énergétique (voluptueuse).

3) Certains rêves, inachevés, à la gestalt incomplète, restent présents pour réclamer le complément rationnel et logique de la pensée vigile, invitant à leur interprétation comme cela se fait dans toutes les cultures.

4) Le rêve est un merveilleux outil psychothérapeutique et analytique que le professionnel a intérêt à savoir utiliser.

Ces quatre hypothèses sont à la fois très riches et très modestes. Elles reprennent l’essentiel de ce que la tradition nous lègue. Elles rendent justice à Freud tout en le corrigeant par les apports neuroscientifiques de plus en plus fiables. Elles n’entrent dans aucune spéculation que les années à venir balayeraient mais tiennent compte de la nouvelle approche intégrative et holanthropique. Les quatre textes qui suivent s’échelonnent de 1998 à 2006 et développent les différents points de cette introduction. Ils se recoupent parfois sur les thèmes les plus importants. Ils ne sont pas parfaitement ordonnés, tout comme les séquences d’un rêve sautent d’un cadre à un autre. Ils déroulent une trame unique, la trame du sommeil, qui restaure la force vitale. Avec le rêve, ça s’arrange le plus souvent, la vie est belle. Et c’est même un fait existentiel total. Nous verrons successivement :

  • les facteurs organisateurs neurophysiologiques du rêve ;
  • des rêves personnels regroupés autour du contenu « spirituel » ;
  • la dimension somatologique des rêves et le protocole de leur analyse holanthropique ;
  • des illustrations à partir de rêves de Freud et de Jung.

I – Les facteurs organisateurs neurophysiologiques

Sigmund Freud n’a pas explicitement fait référence aux sciences anatomiques ou bio-physiologiques dans son monumental livre sur l’interprétation des rêves. Et pourtant il s’est abondamment nourri des connaissances neuroscientifiques de son époque en se référant implicitement à un texte qu’il avait rédigé quelques années auparavant, rangé pudiquement au fond d’un tiroir puis détruit : « l’Esquisse d’une psychologie scientifique » (Freud 2002). Autant dire, qu’à sa suite, nous devons nous nourrir nous aussi des connaissances neuroscientifiques qui se sont énormément développées entre temps, infirmant certaines théories freudiennes mais en confirmant d’autres.

A cet effet, nous devons puiser dans les deux domaines qui sont concernés, à savoir le sommeil – opposé à l’état d’éveil – puis au dit « sommeil paradoxal », tranche du sommeil prédisposant au rêve. Les dernières découvertes sur le sommeil remontent à plus de cinquante années. Quant à celle sur le rêve, elles sont plus récentes. Commençons par ces dernières.

 

Neurophysiologie de l’état de rêve.

L’auto-activation fonctionnelle et l’autre logique du cerveau – esprit :

Conformément à ma prudence de toujours, je ne me jette jamais sur une nouvelle découverte scientifique avec un enthousiasme délirant. Au contraire, j’attends longuement confirmation ou infirmation, sachant que, dans les sciences médicales, et donc dans les neurosciences, une acquisition chasse l’autre tous les quelques mois. Et ce n’est souvent que lorsqu’une revue de vulgarisation scientifique s’empare du sujet qu’il y a suffisamment de recul et que l’essentiel émerge de la masse des détails. Voici un résumé de ce type, emprunté à l’excellente revue « Cerveau et Psycho » (n° 15 p. 72). Le sujet est même élargi aux délires de réanimation tellement proches du rêve.

 

Rêve et délire de réanimation

A l’état d’éveil (à gauche), les signaux transmis par les yeux activent le cortex visuel. Le cortex préfrontal s’active aussi, si bien que la personne prend conscience du caractère réel de ce qu’elle voit. Elle peut analyser la situation, et adopter des décisions appropriées.

La situation est différente pendant le rêve. En période de sommeil paradoxal droite), l’activité du cortex visuel primaire diminue, car il n’y a plus de stimulations visuelles issues du monde extérieur. Le cortex frontal est inactif, mais, malgré cela, une activité cérébrale spontanée circule entre la zone nommée pont, le corps genouillé latéral et le cortex visuel, provoquant la formation d’images mentales spontanées.

Le système limbique, creuset des émotions, est en pleine activité : les rêves sont porteurs d’une intense coloration émotionnelle. La diminution de l’activité du cortex préfrontal correspond à la perte du jugement fréquente dans les rêves : on a l’impression de faire n’importe quoi, de ne plus prendre des décisions cohérentes. Le cortex pariétal est également partiellement inactivé, entraînant une perturbation des repères temporels et spatiaux : on ne sait plus vraiment où l’on est, ni la date ni l’heure.

Le délire de réanimation s’apparente au rêve. La baisse d’activité du cortex préfrontal et des aires pariétales entraîne là aussi une perte du jugement et des repères spatio-temporels. L’hyperactivité des structures profondes du cerveau, dans le tronc cérébral et le thalamus, serait liée à une hyperactivation des aires visuelles, qui cause les hallucinations.

Ce premier résumé vient joliment présenter l’essentiel sur la question. Voici comment on peut systématiser cette chose néanmoins complexe. La conception actuelle du cerveau nous montre un organe composé de fonctions diverses. Voici celles qui nous intéressent ici :

  • cinq sens, la vision principalement, qui transmettent les stimuli venant de l’extérieur et qui témoignent d’une réalité qui fait référence,
  • des messages sensori-moteurs venant du corps par la moelle épinière et le tronc cérébral,
  • des émotions, affects et des sentiments issus du système limbique,
  • une banque de données mnémonique reliant au passé récent et ancien,
  • une pensée – intuitive ou logiquement organisée – issue du néocortex,
  • enfin une fonction organisatrice de ces matériaux en une narration unique comportementale, cognitive, relationnelle et/ou… onirique.

On simplifie beaucoup et on prend des libertés avec l’exactitude anatomo-bio-, physiologique. Mais l’essentiel est là. Chaque situation de vie nécessite un ensemble de fonctions spécifiques qui s’organise à sa façon. Approfondissons l’opposition de la situation d’éveil et du moment onirique.

A l’éveil, les cinq sens sont prédominants, les associations émotionnelles, sensori-motrices et mnémoniques sont inévitables et le tout est organisé de façon logique en référence à la réalité extérieure et à une finalité. C’est le néocortex qui supervise cette intégration en une synthèse qui correspond aux apprentissages, aux exigences extérieures et à la réalité telle que véhiculée par les évidences.

Durant la nuit, le sommeil modifie cette fonctionnalité et le mode de son organisation :

  • certaines fonctions sont mises au repos :
    • la motricité,
    • la réceptivité des cinq sens,
    • et le néocortex principalement ;
  • d’autres restent en éveil :
    • l’hallucination d’images construites sans stimuli externes, (parfois de sons, rarement de saveurs et odeurs),
    • des impressions sensori-motrices,
    • les émotions, affects et sentiments,
    • des souvenirs, récents et passés,
    • des intuitions et concepts isolés ;
  • quant à l’organisation de cet ensemble de fonctions, elle se fait sans logique – le néocortex étant éteint – et sans référence stable – les cinq sens n’étant plus garants de la réalité commune. De plus, ces quelques cinq à six grandes fonctions se subdivisent en sous-fonctions qui peuvent s’intégrer en toute bizarrerie. C’est ainsi que l’aire occipitale qui crée les images comprend une zone pour les formes et projette les contours d’un éléphant par exemple, et une zone pour les couleurs ; si elle extraie le rose, nous aurons un Babar rose; si, en plus, la zone du mouvement induit du voler, nous aurons un Dumbo avec de très grandes oreilles qui tourbillonne au-dessus de nous.

Dès à présent, nous obtenons deux des caractéristiques principales du rêve qui sont la bizarrerie ou fantaisie et l’adhésion totale à ces images comme aux évidences que nous fournit la vie éveillée. Il suffit d’ajouter à présent que l’activation du rêve se fait de l’intérieur, du pont, l’un des noyaux du tronc cérébral. Il envoie sa stimulation dans le corps genouillé – tout comme le fait l’œil, lors de l’éveil – puis sur les aires visuelles du cortex occipital. Sensations, émotions, souvenirs et intuitions s’y associent en une intégration à la fois fantaisiste et totalement prenante, puis en cette unité narrative que constituent les images et la trame du rêve. On reconnaîtra dans cette description – peut être trop simplifiée – les principes de notre sous titre :

  • une auto-activation fonctionnelle,
  • l’intégration par le cerveau-psycho en une autre logique (que pendant l’éveil),
  • intégration qu’on pourrait appeler cérébro-spirituelle en opposition à la synthèse cérébro-mentale diurne.

Regardons encore une fois les deux schémas du cerveau présentés ci-dessus et observons que l’importance des modifications fonctionnelles est aussi grande que celle des modifications des contenus : pensée réaliste versus fantaisie du rêve. C’est ce qu’on appelle « l’isomorphisme cerveau-esprit ».

Ces acquis des neurosciences étaient déjà à la base du travail d’Allan Hobson, il y a plus de vingt ans. Elles sont relativement fiables pour peu qu’on les présente de façon globale comme je le fais. Hobson a appelé sa théorie du rêve « activation-synthèse » et en tire des conséquences sur l’intégration des rêves que nous retrouverons plus loin. Il rejette en particulier la théorie freudienne de la « censure / déguisement ». Il ne voit pas la nécessité des « représentations – buts cachés » de Freud. La fantaisie découle directement de l’autre logique d’intégration des matériaux nocturnes en des recombinaisons aussi géniales que bizarres.

La fonction hypn-onirique et la restitution de la pleine processualité.

N’oublions pas que le sommeil paradoxal, ce paradis du rêve, n’est qu’une partie du sommeil de la nuit et qu’il apparaît quatre à cinq fois entre le coucher et le petit matin, toutes les quatre-vingt-dix minutes, pendant près de vingt minutes à chaque fois. Le sens du rêve ne peut donc pas être dissocié de la fonction du sommeil lui-même. Or il se passe quelque chose de fondamental pendant la nuit, de tellement important qu’on l’oublie. L’arbre du rêve cache la forêt de la nuit. Il faut même considérer tout le nycthémère, à savoir le cycle de vingt-quatre heures, du jour et de la nuit, de l’éveil et du sommeil, pour contextualiser le rêve en son sommeil paradoxal. Il faut aussi, là encore, simplifier les choses pour en extraire l’essentiel :

  • du réveil au coucher, nous passons d’un état d’être reposé, ouvert, peu structuré et très processuel, à une structuration progressive provoquée par nos actions, préoccupations, responsabilités et interactions mutuelles jusqu’à arriver au coucher (ou peu avant) tout à fait figé, crispé, agacé et inapte à quoi que ce soit sinon à aller dormir ;
  • avec le sommeil se fait le cheminement exactement inverse, de levée des structures rigides et de récupération de cette légèreté et de cette souplesse – processuelle – que nous connaissons au réveil. C’est ce qu’on peut appeler la restitution de la pleine processualité. Je propose de représenter le tout par ce schéma très simple extrait de mon modèle structuro-fonctionnel.

Schéma 7 : le cycle nycthéméral de structuration et de processualisation

 

Ne nous détournons pas de la simplicité de ce fait. Nous y retrouverons bientôt la justification de la théorie freudienne qui voit en tout rêve la satisfaction d’un désir. Comme chaque rêve s’inscrit comme portion de nuit, chaque rêve participe de l’allégement des structures et du développement processuel, ce qui équivaut – sauf maladie – à un accroissement de détente, de bien être, de satisfaction jusqu’au plaisir, et ressemble donc à une satisfaction de souhait. Car notre souhait le plus constant est bien de détente, bien être, satisfaction et bonheur – sauf pathologie.

Freud avait donc raison si on accepte d’entendre sa « réalisation du désir » comme accroissement du bon, du vrai et de l’aimer que procure la nuit en son écoulement. Plus loin dans ce texte, la nuit deviendra restitution de jouissance en ses rêves. Mais est-ce la nuit ou le rêve, la nuit et le rêve ? Qu’importe. Passons de ce premier pôle, neuroscientifique, à l’autre extrême, à la phénoménologie pure, au vécu brut de rêves, des miens, sans fausse pudeur.

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