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Gilets Jaunes
casseurs et castagneurs

 

Mai 2018. La France n’a pas voulu fêter le cinquantenaire de mai 1968 (contrairement à notre commémoration, blog n°3). Qui ne se réfère pas à son histoire est condamné à la rejouer. Nous y sommes. 75% de la population reconnait le bien-fondé de la révolte, (insurrection, sédition, émeute ?) 50 à 60% de la population n’arrive plus à boucler les fins de mois.

Mais ils se payent la plus belle avenue du monde. Ils manifestent, certains cassent et, en face, on castagne. Et l’on voudrait faire croire que les français aux revenus modestes sont des casseurs. Et on les accule à élever le ton, à braver, affronter et même casser. La provoc marcherait-elle ? Ben non !

Les 75% d’approbations deviennent 80%. Les 250.000 manifestants restent 150.000 quinze jours plus tard, malgré la castagne. Quant aux 500 arrêtés, bouclés, prévenus et jugés, les procureurs nous disent qu’il s’agit de braves gens comme vous et moi. Car les casseurs, on les a laissés se casser. Quant aux castagneurs, ils sont toujours là !

Deux réflexions, au-delà de toute politique :

  • la sociodynamique de cette situation toute nouvelle et
  • le coup de sang … EMIque.

 

La dynamique de groupe en ses quatre séquences universelles

Schéma 1 : le modèle sociodynamique

 

80% de la population, çà fait plus de 50 millions de citoyens qui animent cette sociodynamique en ses quatre étapes :

  • conflit : on y est, ce qui inclut les 20% restants, 100% !
  • sécurisation : les 50 millions, oui, ça s’organise et se régule, en réaction aux matraques, lacrymogènes et autres jets d’eau ;
  • consensus : d’un côté oui, toute une nation ; de l’autre côté, çà conteste sous le manteau (et çà recule même) ;
  • don altruiste : ce serait la solution, dans trois mois ou, mieux, aujourd’hui et « en même temps »?

 

L’ontodynamique en ses six étapes du développement humain

Tableau 4 : Le modèle ontogénétique

 

Comment ce grand ado qui s’est laissé socialiser (étape 3) et qui paie l’impôt, comment cet adulte acteur de la socialité citoyenne (étape 4), peuvent-ils se mettre à casser ? Au-delà de l’imitation (merci les neurones-miroir) et de l’engrenage, il se passe autre chose que la castagne ne fait que développer. Çà passe tout d’un coup à « l’univers créatif » (étape 6), à l’affirmation la plus authentique, à l’explosion des valeurs les plus éthiques, à l’accès aux profondeurs de l’être. On est au-delà des 6cts par litre de diesel.

Il suffit du coup de matraque, sur soi ou sur le voisin, et c’est le trauma qui déclenche l’EMI. Çà ne s’arrête pas malgré trois mois avec sursis (justice). Çà ne fera que 300 acteurs en moins mais 5 millions d’approbations en plus. Apprenez votre métier grâce aux gilets jaunes. Revoyez votre psychologie et votre sociologie tout comme les castagneurs réapprennent la politique.

 

Morale de l’histoire.

La France nous rappelle qu’on ne joue pas avec le SocioCode (et ses quatre étapes couronnées par le don altruiste) ni avec l’Ontocode (actualisé par l’exaltation EMIque).

 


 

Nous aborderons ce livre dans le désordre et non tel qu’il est prêt pour l’édition. En effet, il est bon d’entrer de plein pied dans le cœur du sujet, l’EMI. Voici le chapitre V (du livre) avec quatre descriptions du processus, quatre accès différents, mais la même arrivée, l’invariant EMIque en ses cinq étapes. Ce texte remonte à une douzaine d’années et emprunte encore des termes classiques (inconscient, personnel et collectif Freud et Jung). Nous pouvons suivre ainsi ma démarche personnelle qui coïncidera éventuellement avec votre évolution personnelle vers cette mise en cause de bien des connaissances sensément définitives.

 

Chapitre V

EMI, l’Expérience de Mort Imminente

 

Nous venons de lire de belles et riches descriptions d’états d’être étranges : vision d’ange et de dieu, extase musicale, voyages merveilleux en rebirth et dans le caisson d’isolation sensorielle. Ces vécus se recoupent et, au-delà de toutes les variables de contenus, il s’annonce quelque chose de commun, un invariant, que je n’osais pas encore qualifier d’universel. Mes hésitations de près de quarante années pourraient bien vous faire sentir les vôtres à cette lecture ! Si vous avez encore quarante années devant vous, prenez le temps. Sinon, lâchez-prise !

Car le fondement commun, universel et intemporel, essentiel, s’impose enfin, c’est l’EMI révélateur du POH, Processus Organisateur de l’Humanité. J’en rajoute pour vous obliger à réagir ! Tu veux ou tu veux pas ?

Il y a l’EMI classique, par trauma et coma, mais aussi les expériences analogues, complètes et exactes comme la dite classique. Nous en verrons trois : celles de la pneumanalyse, de la Méditation Pleine Présence et … de la psychose aigüe. Ce texte reprend pour partie ce qui fait déjà le cœur de mon dernier livre (La psychanalyse pléni-intégrative, 2017 l’autre blog). Il fallait remettre ça ici parce que ces présentations sont originaires (de ma recherche) et exemplaires.

 

I – L’expérience de mort imminente : après trauma et coma

Une nouvelle étape s’impose dans la connaissance des états de conscience après trauma et coma avec ce qu’on appelle EMI, NDE en anglais, expérience de mort imminente, near death experience. En effet, après les premières descriptions étonnées et étonnantes de Raymond Moody ou de Kenneth Ring notamment, insistant plus sur le fantastique du contenu que sur la permanence des étapes formelles, on en arrive aux études scientifiques, méthodiques, comme celle d’un cardiologue hollandais qui comptabilise près de 15 % d’EMI parmi plus de trois cents comateux après infarctus du myocarde qu’il avait soignés (Van Lommel). Moi-même j’ai interrogé mes patients qui ont passé par une anesthésie générale et j’arrive à une proportion très proche – mais sans la rigueur statistique. Cette EMI nous la retrouvons décrite de façon très proche dans toutes les traditions de toutes les époques (dans le Bardo Thödol tibétain, le livre des morts égyptien, la mystique chrétienne, la divine comédie de Dante etc…). Cette EMI, nous la cultivons dans les pratiques respiratoires telles que le Rebirth et dans bien des somatothérapies centrées sur les états de conscience. Fritz Perls la décrit dans la Gestalt-thérapie (Meyer 2013). Cette EMI est maintenant reconnue comme un processus bien précis qui fait traverser cinq étapes dans un ordre chronologique habituel après le trauma initial, même si le contenu semble disparate :

  • étape 1 : bien être
  • étape 2 : excorporation
  • étape 3 : tunnel noir et lumière
  • étape 4 : vision, révélation
  • étape 5 : point de non retour et…. retour.

A présent, il est évident que la dite EMI n’est autre qu’un processus neuro-bio-physiologique, à manifestation psychologique, qui se déroule selon ces cinq étapes auxquelles j’ajoute une sixième : le changement de vie. Cette sixième étape qui s’écoule sur des mois, ce changement de vie, démontre l’effet thérapeutique de l’éveil de ces processus. Le monde médical et scientifique reconnaît enfin la réalité de ces vécus qui n’ont plus rien d’ésotérique. Il en arrive à évaluer l’occurrence de l’EMI à un tiers de la population : une personne sur trois fait, un jour ou l’autre spontanément, une expérience dite de mort imminente. Quand j’en parle à un groupe de vingt élèves, il y a toujours trois ou quatre d’entre eux qui ont déjà fait cette expérience.

Mais n’oublions pas que, dans l’EMI, la cause est traumatique et violente ou chimique (anesthésie, drogue dure) et provoque donc des phénomènes en clivage tel que l’excorporation (OBE, out of body experience). Dans le travail analytique, par contre, la pratique est volontaire et progressive. Dans les pratiques somatothérapiques, somatanalytiques et méditatives, c’est un acting, l’hyperventilation notamment, qui lève la structure correspondante et libère le processus qui reste unifié et centré. J’ai bien observé ce mécanisme lors des milliers de séances de pneumanalyse que j’ai accompagnées au cours du quart de siècle écoulé. C’est ainsi qu’on peut systématiser les mêmes étapes que celles de l’EMI traumatique, raison pour laquelle nous appellerons ce deuxième mode d’obtention : Expérience de Mort Initiante (qui initie).

Avec l’arrivée du livre de Van Lommel (‘‘Mort ou pas’’), nous devons tenir compte des données apportées avec clarté et rigueur par l’auteur. Commençons par étoffer la liste des étapes selon trois auteurs majeurs : Moody, Ring et Greyson. Voici les douze éléments décrits par Moody au début et l’ordre dans lequel ils sont généralement cités.

  1. ‘‘Le caractère ineffable de l’expérience.
  2. Une sensation de paix, de calme. La douleur a disparu.
  3. La conscience d’être mort(e). Elle est parfois suivie d’un bruit.
  4. La décorporation. Le sujet assiste à sa réanimation ou à son opération depuis un lieu situé à l’extérieur et au-dessus de son corps.
  5. Un espace obscur. Seuls 15 % des gens le vivent comme effrayant. Le sujet est tiré vers un minuscule point de lumière dans cette obscurité qui peut être décrite comme le passage dans un tunnel. Le sujet est rapidement propulsé vers la lumière. Ce peut être aussi une EMI terrifiante. Environ 1 à 2 % des sujets restent dans cette obscurité et vivent leur EMI comme effrayante. (Elle est parfois qualifiée de véritable enfer.)
  6. La perception d’un environnement irréel, paysage éclatant, couleurs superbes, fleurs magnifiques et, parfois aussi, musique.
  7. Rencontre et communication avec des personnes décédées, des parents le plus souvent.
  8. La perception d’une lumière brillante ou d’un être de lumière. Le sujet ressent une totale acceptation, un amour inconditionnel et accède à une connaissance et à une sagesse profondes.
  9. La vision panoramique du passé. Le sujet revoit sa vie depuis sa naissance. Il revit tout et voit son existence défiler devant lui à la vitesse de l’éclair. Le temps et la distance semblent abolis, tout se produit en même temps, et le sujet pourra parler pendant plusieurs jours du film de sa vie qui n’aura duré que quelques minutes.
  10. Intuitions ou images de l’avenir : le sujet a l’impression d’être le témoin d’une partie de sa vie encore à venir. Là encore, il n’y a ni temps ni distance.
  11. La perception d’une frontière. Le sujet se rend compte que s’il franchit cette frontière ou limite, il ne pourra plus revenir dans son corps.
  12. Le retour de la conscience dans le corps. Il s’accompagne d’une grande déception de se voir retiré quelque chose d’aussi beau.’’ (Van Lommel p. 25 et 26).

Ces douze étapes ont été ramenées à cinq par Kenneth Ring, comme nous le faisons nous-mêmes.

  1. ‘‘Il mentionne d’abord la phase affective, celle des impressions de paix absolue, de calme, de lâcher prise, de félicité. La souffrance a disparu. Cette phase est presque toujours ressentie comme positive et apparaît dans 60 % des cas.
  2. La deuxième phase est celle de la sortie du corps et concerne 37 % des cas. Tandis que certains sujets ont simplement l’impression de ne plus avoir de corps, de ne plus ressentir ni douleur ni restriction, d’autres peuvent effectivement voir leur corps sans vie et tout ce qui l’entoure depuis un point de vue situé en dehors et au-dessus de la scène. Ils voient et entendent clairement ce qui se dit. Ils se sentent à la fois détachés de leur corps et complets, mais transparents.
  3. À la troisième phase (23 %), les sujets arrivent dans un lieu obscur, généralement paisible. Certains s’attardent dans cette phase.
  4. D’autres s’enfoncent dans un tunnel vers une lumière exceptionnellement claire sans être aveuglante, qui irradie un amour et une acceptation inconditionnels. Cette quatrième phase est décrite dans 16 % des cas.
  5. La cinquième et dernière phase (10 %) consiste à pénétrer dans une dimension autre, surnaturelle, d’une incroyable beauté, où le sujet entend de la musique et rencontre parfois des amis et parents morts. C’est aussi là que peuvent intervenir le film de sa vie passée et des flashs sur sa vie future. Il a le plus grand mal à quitter ce lieu pour retourner dans son corps.’’ (o. c. p. 26 et 27).
    Plus que de longues explications, un tableau établit les concordances entre les trois modèles majeurs, dans la mesure où l’on différencie les EMI post traumatiques et les expériences harmonieuses comme nous le verrons par la suite.

Tableau 4: les étapes de l’EMI selon Moody, Ring et Meyer.

 

II – L’Expérience des Processus Transconscients en pneumanalyse

Pour chaque étape, il y a d’abord la traversée d’une structure défensive spécifique puis l’accès au pur processus.

Etape 1

Pratique :    subversion de la structure de vigilance que requiert la vie sociale, par la mise en posture allongée et relâchée sur un matelas ;

Effet : éveil du bien être.

 

Etape 2

pratique : subversion de la “structure corporelle”, du ” schéma corporel ” anatomique et de l’homéostasie bio-physiologique par l’hyperventilation et l’hyperoxygénation ;

effet : éveil du pur processus énergétique, puis “expansion du corps énergétique “, il s’agit aussi de la libido freudienne, (donc de l’inconscient personnel) avec retour de souvenirs réels et le vécu d’émotions intenses.

 

Etape 3 

pratique : subversion de la ” structure mentale “, de celle qui donne ” forme ” à toute production psychique (image, pensée, mélodie etc…), par l’invasion de la vague énergétique dans le cerveau et le relâchement de la conscience ;

effet : aspiration dans le tunnel noir, l’obscurité, l’informe, le gris ; sensation d’un mouvement intense qui fait débouler en spirale à travers le tunnel vers la lumière qui point au bout. L’absence de ” l’in – formation ” donne des ressentis d’une extrême intensité et d’une nouveauté surprenante. C’est dans ce tunnel que l’on peut paniquer et résister jusqu’à éprouver l’enfer. Si l’on s’abandonne avec confiance à ce processus cérébral, on arrive à la pure lumière, à des taches de couleur vives, à une vérité d’une évidence totale ; on entre dans un mouvement d’aspiration libérateur. C’est à ce niveau que se situe, pour les Tibétains, l’éveil définitif, le nirvana, qui intègre l’amour sans objet ni image. Eveil de clarté, volupté, agapé, épistémé et sensation de pleine liberté.

 

Etape 4 

pratique : persévérance dans l’hyperventilation et dans l’état de conscience modifié ; subversion de la ” structure personnelle “, à savoir de tout ce qui fait la définition de la personne avec son identité, son individualité, son apparence que nous connaissons, sa séparation d’avec les autres, d’avec son ego freudien méfiant, de sa persona jungienne artificielle ;

effet : survenue de visions ” transpersonnelles ” et archétypales dans lesquelles des êtres mythiques côtoient des êtres vivants et des êtres morts apparemment vivants dans des paysages paradisiaques; créativité visuelle débridée et exaltante, mais aussi révélation, audition de musiques célestes, olfaction de parfums sublimes ; libération d’un sentiment d’amour intense, profond, inconditionnel, tel qu’on ne l’a jamais connu, envers les vivants et les morts (d’anciens êtres proches) et surtout des êtres archétypaux : maître, saint, dieu ; le tout sur la base d’une volupté et d’une félicité stables et inconnues jusque-là.

Ces derniers vécus sont ceux-là même que C.G. Jung conceptualise comme “inconscient collectif “. Jung a accédé à ce quatrième palier après des années à régresser, déprimer ou, tout simplement, à subvertir les structures mentales et individuelles jusqu’aux ‘‘processus constituants’’ en rédigeant et illustrant son fameux livre rouge. Quant à Freud, il s’est arrêté au deuxième palier, énergétique, celui de la ” libido “, préférentiellement sensuelle et sexuelle. A ce stade freudien, il y a un accès facilité aux souvenirs réels et enfuis de la petite enfance, aux événements et processus refoulés, ce qui constitue l’essentiel de ” l’inconscient personnel “.

 

Etape 5

Point de non-retour : en EMI, quelque chose fait revenir à l’état de conscience habituel, que ce soit un être archétypal qui en fasse la demande, ou le médecin auprès du comateux qui appelle à se réveiller, ou le souvenir de ses obligations de père , mère, conjoint etc. Le corps revient à la vie, l’esprit traduit ce changement en un message symbolique tout comme, en rêve, il met en image les ressentis corporels. Ce retour se fait souvent à contre cœur.

En pneumanalyse, tout cela peut aussi se passer ainsi mais c’est le cycle bio- et physio- logique qui scande la séance de près de quarante cinq minutes. On peut repartir pour un tour en relançant l’hyperventilation et l’on retrouve souvent le contenu d’avant. On a beaucoup de plaisir à raconter ce vécu très bien mémorisé. Les moments forts deviennent des souvenirs – refuges qu’on aime reconnecter par la suite.

 

Etape 6

 Changement de vie. Cette expérience est si riche et si intense qu’elle reste profondément et durablement gravée dans les sens et dans la mémoire. On s’y réfère avec bonheur. Elle est très souvent le vécu le plus important de toute la vie, aussi entraîne-t-elle un changement d’état d’être et de vie. Pour rester dans l’amour qu’on a ressenti, on modifie son attitude envers les autres. On change son mode de vie pour rester en contact avec ce ressenti intérieur.

Ce sont les trois étapes centrales qui ont mis en ordre les observations que je fais depuis si longtemps :

  • l’étape corporelle, énergétique, qui correspond à l’inconscient freudien et que je généralise en “essence de l’énergie” (terme freudien d’ailleurs),
  • l’étape psychique, mystique, qui correspond à l’inconscient oriental ou inconscient absolu et qu’ils appellent “nature de l’esprit”,
  • l’étape relationnelle, transpersonnelle, qui donne les mêmes contenus que l’inconscient collectif de Jung et que j’appelle “l’intime du lien“, parce qu’on y côtoie également les êtres aimés vivants, morts et virtuels, ainsi qu’un environnement magnifié. On se reportera sur le tableau n°1 publié sur la blog 1.

Voilà cet essai de description de ces trois temps centraux et successifs et quasiment toujours décelables quels que soient la richesse et le désordre apparent du contenu imaginal et sensoriel. Dans nos mises en commun des vécus de pneumanalyse, nous commençons maintenant par déterminer le cheminement formel (la succession des subversions de structures et d’éveils de processus) parce que l’analyse des contenus change totalement selon l’étape. Lorsque le patient s’arrête à l’essence de l’énergie, nous sortons l’analyse freudienne, avec insistance sur le sexuel éventuellement. Lorsqu’il passe jusqu’à l’intime du lien, il n’y a plus aucune interprétation sexuelle, mais une pure plongée dans le symbolisme jungien. Cela évite bien des contresens. Si le patient reste coincé dans les structures (avec tétanie, puis hyperacuité sensorielle), nous nous focalisons sur les mécanismes de défense et les difficultés à s’abandonner. Mais est-ce bien l’inconscient ou, plus justement, le processus inconscient ? Accordons-nous une approche supplémentaire celle de la Présence Juste déjà évoquée, proche d’une méditation, qui nous permet une troisième appellation : Présence aux Processus Mystiques.

 

III – La Présence aux Processus Mystiques en Présence Juste

Le pur processus énergétique ou essence de l’énergie

Je m’assieds en tailleur, la colonne droite, dans mon petit coin bien calme, lâche la tête et me tourne vers l’intérieur. Après une à deux minutes, un endroit du corps se met à se remplir d’une douce énergie, à pulser cette sensation plus loin, à la diffuser dans tout le corps. Au début ça s’éveille dans le périnée et monte sagement le long de la colonne comme l’enseigne l’Orient avec son image du serpent kundalini. Arrivé dans le crâne, le serpent y répand douceur et félicité et calme la pensée. Puis elle se déverse dans le reste du corps en redescendant très lentement.

 

Le pur processus mystique ou nature de l’esprit

C’est quand le mouvement énergétique submerge plus massivement le cerveau, au-delà de la douceur et de la félicité évoquées ci-dessus, que la structure mentale cède dans des manifestations très proches du tunnel noir, mais néanmoins atténuées : obnubilation de l’esprit, envahissement par une obscurité plus ou moins opaque, déferlement d’une vague d’endormissement qui nous emporterait vers le sommeil si on allait se coucher. Quand on sait résister au sommeil et qu’on reste dans la posture, on sort lentement de l’éclipse et l’on découvre la clarté, la lumière, l’éclat du soleil. Le cerveau devient lui-même lumière, soleil et rayonnement. Il faut qu’elle sorte, cette lumière, qu’elle se répande, enrichisse alentour et entourage. Parfois ce sont de pures plages de couleur, vives et lumineuses. Puis ce flamboiement envahit le reste du corps en descendant lentement.

Une grande volupté accompagne cette lumière et la présence reste juste ; on est là, présent, capable d’intégrer ce qui peut se passer d’imprévu. Il s’agit de rester dans cette présence, riche et sobre à la fois, exaltante et simple tout autant. C’est “ pur “ processus, sans forme, sans structure, sans intention ni but, hors du temps sinon éternel. C’est, tout uniment.

Selon le contexte de vie (période calme ou préoccupée), cet être de lumière et de jouissance se maintient plus ou moins longtemps. Si on s’écarte de ce pur état d’être, la structuration se réinstalle et c’est, paradoxalement, en passant à la production imaginaire (les images ayant des formes et les pensées s’inscrivant dans des concepts et des mots).

 

Le pur processus affectif ou l’intime du lien

Alors s’imposent des images, des personnages, des paysages, des considérations éthiques, des intuitions plus ou moins essentielles. Mais c’est la dimension affective qui caractérise fondamentalement ce qui correspond ici au quatrième palier de l’Expérience de Mort Initiante. Quand la lumière descend dans le corps jusqu’au cœur, elle allume ce sentiment d’amour ineffable déjà évoqué en pneumanalyse. Ce troisième processus hors structure vient redonner les formes aux images, les visages aux personnages, le paradisiaque aux paysages. S’éveillant de plus en plus, l’affectif fait advenir ses objets privilégiés: les êtres aimés, vivants et morts indifféremment, les êtres archétypaux, réels et virtuels indifféremment, les ambiances de rêve amoureux. Lorsqu’il y a évocation d’événements de vie, ces événements sont ressentis comme augmentant ou diminuant le sentiment d’amour et prennent ainsi une couleur morale. S’ils l’augmentent, ils étaient bons ; s’ils le diminuent, il y avait faute. Je vais aggraver mon cas – déjà bien suspect avec la prétention au transcendant – en affirmant, très simplement mais avec conviction, que nous sommes ici aux origines des processus les plus nobles de la civilisation : sentiments artistiques, éthiques, mystiques et religieux. Qu’il y ait sécrétion d’ocytocine, la toute nouvelle hormone de l’amour, comme il peut y avoir libération d’endorphine dans le pur processus énergétique et de mélatonine dans l’obscurité de l’esprit, ne change rien à l’affaire. Ce serait plutôt plus rassurant que d’en rester au “meurtre du père“, ce mythe freudien qui aurait présidé à la naissance de la civilisation !

 

Autres voies d’accès à l’Expérience de Mort Initiante

Nous avons là trois approches différentes des processus inconscients, quasiment purs de structures. Ce sont des approches paroxystiques – trauma/coma, pneumanalyse, Présence Juste – qui ont pu révéler ces processus de par leur intensité même. Aussi peuvent-elles tout autant semer le doute et la suspicion, faire penser à l’ésotérisme sinon au sectaire. Je n’en suis pas dupe. En réalité, je le répète, il s’agit de processus neuro-bio-physiologiques universels tellement ils se retrouvent dans les expériences les plus variées. Et ils sont ce que nous travaillons en psychanalyse et somatanalyse tout autant.

En effet, les descriptions proposées ci-dessus, aussi sommaires soient-elles, se retrouvent dans tous les grands textes traditionnels de toutes les civilisations et de toutes les époques. Serait-ce encore ésotérique ? Elles font la trame des expériences mystiques comme des sept demeures du château de l’âme de Thérèse d’Avila. Serait-ce rédhibitoire ? Elles font le bonheur des grands drogués, à leur début du moins. Serait-ce politiquement incorrect ? (On parle de les légaliser, certaines de ces drogues.)

Plus proche de notre domaine professionnel, nous pouvons retrouver ces expériences et leur déroulement séquentiel dans la vie sexuelle, amoureuse, artistique et dans les pratiques énergétiques venues d’Orient (Yoga, Tai-chi, Zazen etc.…). Nos rêves passent tout autant par les trois paliers et la subversion des structures défensives de chacun d’entre eux. Les rêves freudiens, sensuels et sexuels, illustrent l’essence de l’énergie. Le long corridor obscur aux nombreuses portes successives est analogue au tunnel noir jusqu’à déboucher sur une chambre plus lumineuse. Puis ce sont les grands rêves jungiens avec archétypes et paysages paradisiaques qui s’épanouissent jusqu’à nous laisser, au réveil, une félicité qui transforme notre journée.

 

IV – La psychose aiguë et l’irruption des processus hallucinatoires (IPH)

C’est à un niveau professionnel, à savoir psychopathologique, que les purs processus inconscients nous interpellent encore, à savoir dans les psychoses aigües et bouffées délirantes. En effet, quoique les déroulements de ces épisodes soient décrits de façons assez différentes jusqu’à déboucher sur des nosographies apparemment contradictoires, on peut extraire des principales théories psychiatriques une trame commune qui est précisément celle des processus en question.

C’est ce que la lecture d’un texte de J. Moya I. Olle sur « la naissance de la psychose, les voies de la formation du délire » nous permet d’observer. L’auteur résume les grandes conceptions de ce syndrome et y distingue plus précisément des étapes qui ne sont pas sans nous intéresser. Encore faut-il se rappeler qu’il s’agit ici de pathologie, douloureuse en soi, mais aussi voluptueuse au fond, du moins au début, bien que les psychiatres hésitent à parler du bon, du vrai et de l’aimer en pareil contexte. Pour nous, il faut distinguer, pour chaque étape, la dé-structuration puis l’éveil processuel, et ce pour chacune des trois étapes centrales : de l’énergie, de l’esprit, du lien. Voici d’abord une mise en tableau de cinq des descriptions résumées par l’ auteur qui se réfère aux théorisations les plus classiques.

Tableau 5: Les trois étapes de la psychose aiguë et de l’IPH.

 

Tous les concepts, toutes les descriptions de ce tableau sont repris au mot près du texte de l’auteur. Pour ne paraphraser que succinctement, j’évoquerai que :

  • la première étape est très corporelle, y compris voluptueuse, donc énergétique;
  • la seconde est psychique et sans structure : pas de signifiant, pas de repère ou de savoir, mais une production paranoïde qui va jusqu’à la certitude ;
  • la troisième se re-constitue autour de choses organisées, délire systématisé, vécu de grandeur, de beauté, d’archétype, jusqu’au pur amour (si les psychiatres se laissaient aimer !).

J’ai escamoté la quatrième étape, de chronicisation, qui n’entre plus dans notre étude de la psychose naissante, processuelle, réversible. Jusque là, tout est encore souple et fluide, et donc amendable, ce qui nous intéresse au plus haut point parce qu’une bonne expérience personnelle de ces trois processus permet de comprendre, de “s’accorder “ au patient qui fait le même parcours, bien que chaotiquement. Et si, de surcroît, on a à sa disposition des techniques corporelles, ou tout simplement la capacité de toucher, tenir, contenir, et si toute une équipe soignante peut le faire pendant les premiers jours de la bouffée, le pronostic de ces psychoses naissantes continuera à s’améliorer. Car tout se passe au-delà des mots, des logiques et des conditions. Ça peut-être beau et constituant, sinon c’est tragique et définitivement déstructuré. Tout dépend de la bonne compréhension de cette irruption des processus hallucinatoires qui deviennent des ressources transcendantes.

 

Illustration clinique

Pour asseoir la pertinence de cette irruption, il m’est agréable d’appeler à la rescousse la psychiatrie officielle qui, dans “Psychiatrie Française”, évoque la cure de Sakel d’autrefois, à savoir la provocation d’un coma artificiel par injection d’insuline. Voici ce qu’un patient en rapporte :

“Lorsque j’étais dans ces comas provoqués, apparaissait mon grand-père paternel, vêtu d’un costume sombre, son visage resplendissant. Mais, avant de le découvrir, il fallait me laisser guider par une lueur m’indiquant un genre de chemin à emprunter…. Ce chemin ressemblait à un long couloir bleu turquoise. C’était étrange, il semblait ne pas être délimité sur les côtés… J’étais dans un monde totalement imaginaire, qui était d’une beauté incomparable, j’en éprouvais du plaisir, un bien-être que je n’ai jamais retrouvé dans un état conscient”. Et que répond le médecin prescripteur ? “Sur la cure de Sakel, certainement il y a des ressemblances entre l’état d’inconscience dans l’Expérience de Mort Imminente et le coma durant la cure de Sakel.” (Rumen p. 11 et 14).

Cette longue description des “purs processus dits inconscients” ne sera pas nécessairement convaincante parce qu’elle est trop résumée d’une part et qu’elle nécessite une expérience vécue d’autre part. Mais le psychothérapeute expérimenté s’y retrouvera. Pour notre part, il ne nous reste qu’à évoquer que l’ensemble de ces conceptions ne nous est venu qu’après une vingtaine d’années de pratique et de réflexion, que l’association des purs processus et de l’inconscient (seul concept disponible à l’époque) a été bouleversante, et qu’il a encore fallu penser au mot “ constituant “ pour donner toute la valeur à ces processus.

Si déjà on prend le risque de dé-structurer, de purifier des structures rigides, encore faut-il relayer par autre chose : ces processus “ constituent “ le sujet par l’intérieur, de façon dynamique, authentique, en énergie, en esprit, en amour. Les analystes le savent. C’est l’avènement du sujet, c’est l’individuation. Il reste à rappeler que cet accès aux processus se fait par différents moyens, par des pratiques plurielles, dans des cadres thérapeutiques multiples, mais qu’il reste privilégié en analyse où la longue durée évite de plaquer des structures de remplacement (intellectuelles, relationnelles, new age, sectaires même) et laisse le temps au temps, le temps de la constitution personnelle. Mais s’agit-il bien des inconscients de Freud et de Jung. Interrogeons ces auteurs directement.

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