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Fake news et Fake Sciences Infox et Intox

 

La science aussi produit de la fake, comme le fait la politique. Et l’on fait de plus en plus la chasse aux resquilleurs. En psychologie/psychothérapie, c’est pire ! Une recherche sérieuse a essayé de reproduire une centaine d’expériences elles aussi dites sérieuses ; Plus de la moitié d’entre elles n’ont pas été reproductibles ! A la décharge des psys, c’est que notre science est subtile et complexe. Confer le blog avec le tableau de l’OntoPsy basée sur douze sciences fondatrices.

L’une des démarches professionnelles qui apporte de la validation scientifique se fonde sur l’appréciation des collègues (et pairs) qui opèrent dans le même domaine. C’est ainsi que j’ai envoyé à quatre psy des textes que j’ai écrit à partir de leur dernière œuvre. Voici les quatre mails que je leur ai adressé pour collaboration. J’ajoute le texte adresse au quatrième correspondant, le journal Le Monde.

YALOM Irvin D., Comment je suis devenu moi-même, Paris, Albin Michel, 2018

 

« Cher confrère

Comme annoncé, je vous envoie mon analyse des 2 rêves que vous révélez dans votre biographie : Smoky et Momma. Je me réfère au cycle de l’EMI / NDE qui manifeste au mieux le fonctionnement humain de base et informe donc également les rêves. Vos 2 rêves sont une bonne illustration de cette découverte. (En effet, il ne s’agit pas de théorie mais d’expérience qui mène à l’évidence).

Certes, il est difficile d’entrer dans cette dimension basale sans autre préparation. Si vous le souhaitez je vous envoie le chapitre sur les rêves de Freud et Jung. En fait, je termine deux livres sur la question et vous les communiquerais volontiers. Je suis conscient que je fouille dans votre inconscient « naïf » comme vous dites. Mais vous l’avez cherché ! Sorry !

Je vous remercie de votre apport. Je vous félicite pour votre ouverture et votre transparence. Ainsi vous permettez à nos belles recherches d’avancer. »

DORTIER Jean-François, Descartes – Pouvoirs et limites de la méthode, in Science Humaines, n°308 novembre 2018, p. 52 à 57      

 

« Monsieur Dortier,

De la part d’un ancien de la vieille. Vous vous rappelez probablement le dossier sur la somatanalyse qui a provoqué tant de remous chez vous !

Aujourd’hui que je travaille sur l’EMI et les rêves et je n’ai pas pu m’empêcher de m’en prendre à René Descartes à partir de votre présentation. Voici cette approche EMIque (Expérience de Mort Imminente). Elle figurera dans un chapitre dédié aux rêves (de Freud, Jung et Yalom). Si vous souhaitez ce chapitre je vous l’envoie volontiers. »

SERVIGNE P., CHAPELLE G. R. STEVENS R., Une autre fin du monde est possible, Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), Paris, Seuil, 2018

 

« Chers collègues,

Vous avez interrompu notre échange.  Mais moi j’ai continué mon travail. Le chapitre qui se fonde sur votre livre est terminé. Il sera publié en blog d’abord puis en livre.

Si vous le souhaitez, je vous le transmets.

Nous avons une belle connaissance en commun, Jean-Luc Deconinck, un de mes élèves, et son ABS. »

Au responsable de la rubrique Rendez-Vous, cahier médecine du mercredi, journal Le Monde,

 

Madame, Monsieur,

« Après avoir été publié trois fois dans votre journal (à propos de Janov et du cri primal entre autres), je vous propose un nouveau texte sur l’EMI, l’Expérience de Mort Imminente. Ce thème est de plus en plus d’actualité comme vous le savez. Le plus souvent on l’aborde par son côté mirobolant. Je propose une autre approche beaucoup plus fondamentale et utile. C’est dans le texte que je vous propose. »

 

E M I

L’Expérience de Mort Imminente

ne prouve ni paradis, ni « vie après la vie » mais elle sauve des vies et enseigne la psy

 

L’universalité de l’EMI

L’EMI est le processus fondamental de l’humain. Elle est intemporelle et universelle. La science le reconnait et la médecine en particulier. Deux milliards d’humains en font l’expérience spontanée, un quart de la population mondiale, depuis la nuit des temps et sur tous le champs (de la planète).

Çà se passe violemment par trauma, coma et/ou cata- (strophe). Çà survient inopinément dans des vécus intenses comme l’orgasme, la passion amoureuse, l’émerveillement, l’écoute de la neuvième de Beethoven. («O Joie, étincelle des dieux »…). Et çà culmine dans les pratiques dédiées : méditatives, thérapeutiques, ainsi qu’au vingtième kilomètres d’un marathon ! Çà nous tombe dessus, comme une mort, mais mort au Moi pour se laisser illuminer en Soi. Il faut garder l’image de la « mort » qui est forte parce que, pour être gratifié, il faut sacrifier.

 

L’erreur des professionnels

C’est Raymond Moody, jeune interne en psychiatrie, qui a été saisi par ce vécu, mais avant tout par ses contenus extraordinaires. Or ces derniers sont toujours personnels et particuliers, deux milliards de fois différents. Ces expériences sont créatives, fantastiques, mirobolantes et font déboucher sur des paradis, les dieux et la « vie après la vie », titre du livre de Raymond Moody. Et çà fait vendre, évidemment. Tellement fascinés par cette magnifiscence (terme d’Anita Moorjani une « expériencieuse » en état de coma terminal), les professionnels affirment même que cette expérience ne vient pas du cerveau mais d’une conscience « non locale » descendue du cloud et reprise par Google. C’est encore pire que « l’inconscient » (pris comme substantif).

 

Le miracle EMIque : elle sauve nos vies et enseigne la psy

L’EMI est un processus bio- et physio-logique à expression psychologique et façonnage culturel. Elle subvertit les structures personnelles rigides (qui exposent à la mort réelle) et éveille les ressources fondamentales de l’être : l’énergétique en somato- (le corps), la félicité en psycho-, l’amour en socio- (le relationnel), pour convoler en plénitude et nirvana. Ces mots sont très forts comme celui de « mort », mais ils traduisent fidèlement les vécus qui font ces témoignages poignants que nous lisons de plus en plus souvent surtout quand çà fait sortir d’un coma à pronostic vital. (Moorjani)

Elle sauve des vies, in extremis.

Pour les autres, elle enlève la peur de la mort (réelle) comme chez mon père (après infarctus du myocarde), elle crée un souvenir-refuge inoubliable (comme chez ma fille dans le coma pendant trois semaines) et enclenche un changement de vie moins centré sur le fric, le clic, et la pollution climatique.

 

L’EMI est la manifestation de l’être

L’EMI est le processus qui manifeste les fondements de la nature humaine. Ce n’est pas une théorie mais une observation validée. Elle est le dénominateur commun des huit milliards d’humains. Elle peut devenir leur unificateur. Elle enseigne les fondements de l’être : l’hédonisme, l’éthique et la mystique ou, en d’autres mots, le code ontologique.

 

L’EMI et les neurosciences

L’EMI « re-localisée » (dans mon être) repose sur des réalités neurologiques. Après dé-structuration (par le trauma), elle installe le « mode par défaut » comme en dix minutes de farniente, puis elle éveille les ressources internes et, dans le fameux tunnel noir débouchant sur la lumière, il fait lâcher le Système Nerveux Volontaire (SNV) pour passer les commandes au Système Nerveux Autonome (SNA) tellement créatif et étonnant. On peut appeler ce nouvel état, « mode auto- (nome) ». Dernière étape du cycle EMIque, les deux commandes, SNV et SNA, se connectent en une gestion globale dans un nouveau mode neurologique, « le mode holo » (holistique). On réintègre la réalité extérieure pour lui consacrer toutes les ressources internes réactualisées. Et c’est thérapeutique et même divin ! Et c’est surtout très humain.

 

Les trois premiers textes seront publiés en blog ici même dans les mois à venir, sur le nouveau blog qui présente le deuxième livre, celui sur l’EMI.

 

La psychanalyse pléni-intégrative : suite n°16

 

Etape 5 : L’étiologie sexuelle et la matrice affective

En tant que médecin soucieux de gagner sa vie pour pouvoir enfin se marier — il lui aura fallu at­tendre quatre ans — Freud veut répondre aux besoins immédiats, gué­rir les symptômes et se faire une réputation de bon praticien. Il s’at­taque donc au symptôme que lui apporte le patient-type, un adulte. En fait, c’est plus particulièrement une femme, une femme du milieu bourgeois qui pouvait payer des honoraires importants pour des troubles, névrotiques, qu’on n’abordait pas habituellement à l’é­poque. Par ailleurs, Freud restait un scientifique et respectait la règle de la causalité linéaire : chaque symptôme devait avoir une cause pré­cise, la plus simple possible et la plus généralisable qui soit. C’est ainsi que, à la suite de Breuer, Charcot et Chrobak, il se focalise sur la sexualité quasiment toujours perturbée chez ces patientes et sur une causalité sexuelle. Cette cause était actuelle : troubles de la vie sexuelle des conjoints, coït interrompu, masturbation excessive, ab­sence de sexualité, etc. Très progressivement, Freud en vint à suspecter les abus sexuels perpétrés par un adulte, surtout le père, sur l’enfant. C’est ainsi qu’il en vint à développer sa première grande théorie de la séduction qu’il devait renier en 1897.

Faut-il voir là le temps de la matrice affective ? Oui, parce que Freud aborde l’adulte dans sa vie sexuelle, et affec­tive plus largement, donc dans sa vie de couple. Ce sera l’apport le plus important à la question conjugale puisque, par la suite, et de par le cadre même de la psychanalyse, Freud privilégiera l’individu. S’il a introduit l’enfance comme temps privilégié de l’abus sexuel, cela n’enlève rien à notre proposition de voir Freud démarrer sa démarche théorique avec la matrice affective, car nous n’avons dans ses descriptions cliniques que des pathologies adultes, de la conjugalité en particulier. Un autre argument vient de la méthode thérapeutique uti­lisée dans cette première période, de la méthode cathartique ou réso­lution émotionnelle, qui œuvre dans le présent, par le corps sensuel, sexuel et tendrement ému. Avec ses manœuvres de toucher — sur le front — et en l’absence du concept de transfert, Freud œuvre à la constitution d’une matrice relationnelle actuelle. Mais, principalement occupé par le symptôme, il ne perçoit pas toute la dimension affective de la situation.

Ce bel échafaudage, Freud l’abandonnera en 1897. Dans une lettre à Fliess, il confie : « Le grand secret qui au cours de ces derniers mois s’est lentement révélé à moi : je ne crois plus à ma neurotica » (Peter Gay). Cela ne veut pas dire que la théorie est fausse mais que notre maître est en train de soupçonner théorie plus intéres­sante encore. C’est ainsi qu’il revient sur cette première tranche de savoir en 1924, comme le note Gay. « Près de trente ans après s’être dégagé de ce qu’il confesse avoir été « une erreur [qu ‘il a] depuis re­connue et corrigée », il insiste sur la part de vérité que contiennent ses premiers travaux des années 1890. « Toutefois, il ne faut pas reje­ter tout le texte en question. La séduction conserve toujours une certaine importance étiologique et je tiens encore aujourd’hui pour exactes certaines de mes opinions exprimées dans ce chapitre. » Et il note explicitement que deux de ses premiers cas, Katharina et une « Fraülein Rosalia H. », avaient été victimes d’attentats à la pudeur, et que l’agresseur était bel et bien leur père ». (op. cit., p. 110 et 112).

 

Etape 2 : L’Œdipe et la matrice fusionnelle

Il n’est pas nécessaire d’insister sur le complexe d’Œdipe dont le concept émerge de sa dépression de 1897. Il est connu, reconnu, tellement viral actuellement qu’il perd son effet cathartogène quand on l’introduit dans une interprétation. Laissons la parole à Peter Gay.

« De ses plongées dans la jungle foisonnante de son enfance, Freud devait rapporter quelques trophées de choix, dont le plus spectaculaire et le plus controversé de tous : le complexe d’Œ­dipe. Il avait déjà communiqué cette idée-force à Fliess, à l’au­tomne 1897. Dans L’interprétation des rêves, il développe cette notion sans encore lui donner le nom sous lequel elle a envahivoire dominé — l‘histoire de la psychanalyse. Il l’introduit, fort à propos, dans une partie qui traite de quelques rêves bien caracté­risés, dont certainsceux en particulier sur la mort d’êtres chersexigeaient d’être élucidés sérieusement ; ainsi des rivali­tés entre frères et sœurs, des tensions entre mère et fille ou père et fils, et des désirs de mort concernant des proches, toutes ten­dances tenues pour dénaturées et indignes. Sans doute portent elles atteinte aux vertus conventionnelles les plus valorisées, note Freud sèchement, et pourtant elles n’en sont pas moins un secret pour personne. Le complexe d’Œdipe, tel qu’on le retrouve dans les mythes, la tragédie et le rêve, joue dans tous les conflits à huis clos de la vie quotidienne. Refoulé dans l’inconscient, il est d’au­tant plus lourd de conséquences. Il constitue, comme devait l’af­firmer Freud plus tard, le « complexe nucléaire » de la névrose. Mais, insiste-t-il d’emblée, « la tendresse pour l’un [des parents], la haine pour l’autre » n’est pas le monopole des névrosés. Sous forme moins dramatique, c’est le lot de tout être humain.

Tel que Freud le formule au début, le complexe d’Œdipe est relativement simple ; mais au cours des ans, il affine considéra­blement sa proposition. Et dans la mesure même où, très vite, on contesta violemment ses idées, sa prédilection pour le complexe d’Œdipe ne cessa de s’affirmer : il y voit la genèse des névroses, le moment critique dans le développement de l’enfant, l’indice de différenciation sexuelle dans le processus de maturation, et, dans Totem et Tabou, l’impulsion originaire de toute civilisation et l’avènement de la conscience » (op. cit., pp. 131-132).

Que le temps œdipien résulte de la matrice fusionnelle, nul ne le contestera. La passion d’Œdipe pour sa mère dans la tragédie de Sophocle est la métaphore de la relation du petit enfant à sa mère, au moment où il dépasse le dérangement que l’intrusion de cette mère constitue en lâchant prise dans la fusion. Le fait que la deuxième grande élaboration théorique de Freud concerne le temps de la matrice fusionnelle ne doit rien au hasard. Elle découle très logiquement de l’élaboration précédente dans la mesure où la matrice affective, adulte, entraîne l’analysant très progressivement vers la matrice fu­sionnelle infantile pour peu que la situation permette cette régression. Le nouveau cadre psychanalytique mis en place après 1897 fait plus que le permettre, il y invite. Nous voyons là l’il­lustration de plusieurs remarques faites au passage : l’importance fon­damentale du cadre organisationnel sur le contenu et le déroulement de la cure, la finesse de l’observation clinique de Freud et sa rigueur méthodologique qui permet aux faits cliniques de l’emporter sur les présupposés théoriques. En fait, la phase fusionnelle de l’Œdipe porte déjà en elle sa résolution et le passage à la troisième étape de vie que Freud appelle période de latence. Nous ne nous appesantirons pas sur cette crise importante de la liquidation du complexe d’Œdipe sinon pour l’instituer comme modèle des crises transitionnelles, catastro­phiques, entre deux étapes ontogénétiques. Ferenczi et Rank déplace­ront cette crise fondatrice à la naissance, comme Stanislav Grof le fera plus tard sur la vie intrautérine.

 

Etape 3 : Le principe de réalité et la dynamique de socialisation

La découverte de la sexualité infantile n’a pas permis à Freud de faire fi d’une longue période apparemment non sexuée qu’il appellera période de latence. Voici comment la résume Peter Gay.

« Cette période de latence qui s’étend de l’âge de cinq ans envi­ron jusqu’à la puberté, cette phase du développement durant la­quelle l’enfant fait d’importants progrès dans le domaine moral et intellectuel, repousse à l’arrière-plan tout sentiment sexuel. Qui plus est, une amnésie profonde recouvre les premières années de la vie d’un « voile épais » ; et le témoignage, intéressé, de l’am­nésique vient corroborer la conception couramment reçue selon laquelle la vie sexuelle commence à la puberté » {op. cit., p. 171).

Très longtemps, Freud n’avait pas plus à dire de cette période qui se dérobait à son pansexualisme. Il avait assez à faire à intégrer l’ir­ruption du complexe d’Œdipe et de la sexualité infantile. Ce n’est qu’en 1910 qu’il s’attèle enfin à ce qui va constituer la théorisation majeure de cette période, dite de latence, que nous connaissons comme dynamique de socialisation, avec une étude relativement courte : « Formulations sur les deux principes du cours des événe­ments psychiques ».

Voyons-en le contenu résumé par Peter Gay.

« L’essai distingue clairement entre deux modes de fonctionne­ment psychiques : les processus primaires, qui émergent d’abord, sont caractérisés par leur inaptitude à tolérer toute modulation du désir ou tout délai d’assouvissement. Ils sont régis par le principe de plaisir. Les processus secondaires, qui mûrissent au cours de la croissance de l’enfant, favorisent le développement de l’humaine faculté de pensée — l’enfant devient capable de déci­sion judicieuse, d’ajournements bénéfiques. Ce processus obéit au principe de réalité — du moins une partie du temps. (op. cit., p. 388)

Tout enfant passe par cette expérience, riche de conséquences et que la vie lui impose : «Avec l’instauration du principe de réalité, un pas [est] franchi. » Lorsqu’il a découvert que s’effor­cer d’obtenir sur un mode hallucinatoire l’accomplissement de ses désirs ne lui fournit pas la satisfaction attendue, il en est ré­duit à se représenter l’état réel du monde extérieur et à recher­cher une modification réelle ». Concrètement, cela signifie que l’enfant apprend à se souvenir, à concentrer son attention, à por­ter des jugements, faire des projets, calculer ; il ne s’agit rien moins que de la naissance de la pensée, qui est « une activité d’épreuve » : l’enfant met la réalité à l’épreuve. Rien de facile, encore moins d’automatique, dans le déroulement de ce processus secondaire : l’enfant n’échappe que progressivement à l’emprise de l’impérieux et insouciant principe de plaisir qui, par moment, réaffirme ses droits. De fait, conservateur par nature, l’enfant n’oublie rien des jouissances éprouvées et répugne vivement à y renoncer, même en vue de satisfactions ultérieures bien plus in­tenses et moins certaines. Les deux principes coexistent donc tant bien que mal, et souvent s’affrontent…. Il est essentiel qu’aux fins de promouvoir le principe de réalité, la culture négocie avec le principe de plaisir, et obtienne que le « moi-plaisir » cède, du moins en partie, au « moi-réalité ». Aussi bien la conscience — c’est-à-dire les fonctions conscientes : attention, jugement, mé­moire — a-t-elle un rôle considérable à jouer dans l’activité psy­chique : c’est à elle qu’incombe la tâche d’assurer l’emprise de la réalité » Freud frayant implicitement le chemin d’une psychologie sociale d’orientation psychanalytique. Les forces qui inci­tent l’enfant à affronter très tôt le principe de réalité, lorsque sa faculté à utiliser sa raison est encore hésitante et intermittente, sont pour la plupart extérieures : les interventions de ceux qui disposent de l’autorité. L’absence temporaire de la mère, la pu­nition administrée par le père, les inhibitions diverses imposées à l’enfant, d’où qu’elles viennentde la nurse, d’un frère ou d’une sœur aînés, des camarades d’écolesont les grands « non » sociaux qui contrecarrent les désirs, canalisent les pas­sions, ajournent les satisfactions. Après tout, même l’expérience si douloureusement intime qu’est le complexe d’Œdipe ne suit son cours normal que dans un contexte éminemment social » (op. cit., p. 389).

Pourrait-il y avoir plus belle définition de la dynamique de socia­lisation ? Il suffit d’ajouter la note positive qui est celle de sécurisa­tion passive, de protection, et qui donne à l’enfant le motif nécessaire pour gérer le principe de plaisir, l’ajourner, le moduler, parfois même y renoncer. Ce nouveau texte n’a pas provoqué de crise dans le monde de la psychanalyse bien que Freud soit déçu de la lecture qu’il en a faite à la Société psychanalytique de Vienne : « Avoir affaire à ces gens devient de plus en plus difficile » (op. cit., p. 387). Et pour cause, ce texte vient tout simplement remplir la case vide de la période de la­tence et, malgré la formulation ambitieuse des deux principes de plai­sir et de réalité, il décrit fidèlement l’essentiel de la dynamique de socialisation. Nous percevons là l’éternel besoin de Freud de faire de chacune de ses observations une théorie magistrale même choquante et révolutionnaire.

 

Etape 4 : Le meurtre du père et la dynamique de socialité

La période d’avant-guerre est décidément féconde pour Freud et l’on peut se demander ce qui se serait passé sans la terrible épreuve de la Première Guerre mondiale et des années difficiles qui ont suivi puisque la patrie du maître était vaincue. On peut émettre des regrets mais tout autant souffler de soulagement car notre théoricien com­mençait à s’emballer. En 1913, il publie Totem et Tabou qui est un «mythe scientifique » comme nous l’avons déjà souligné. Un anthro­pologue anglais écrira dans sa recension qu’il s’agit d’une « just so story ». En effet, aujourd’hui, nous savons que les sources anthropo­logiques auxquelles Freud s’est référées ne sont pas fiables et que l’hy­pothèse qu’il émet est invérifiable et probablement inexacte. Freud lui-même reconnaissait déjà ces faits.

Pourtant, avec son mythe totémique, Freud a effectivement créé de la cohérence et de la compréhension. Pour nous, il a mis en place la crise qui introduit à la quatrième étape de vie, crise majeure puis­qu’elle fait basculer de la première moitié de vie (passive) à la seconde (active), de l’enfance à l’âge adulte. Mais comment et de quelle manière ! Pour Freud, il ne peut y avoir à nouveau que lucre et stupre, sperme et sang. Il ne pourra jamais décrire les choses avec la banalité de la vie elle-même. Voici comment Gay résume la situation primitive, autrefois, tout là-bas.

« Le père, jaloux et féroce, qui domine la horde et accapare toutes les femmes, chasse ses fils dès qu’ils atteignent la puberté. “Un jour, les frères chassés se sont réunis, ont tué et mangé le père, ce qui a mis fin à l’existence de la horde paternelle. Une fois réunis, ils sont devenus entreprenants et ont pu réaliser ce que chacun d’eux, pris individuellement, aurait été incapable de faire.Il est possible qu’un nouveau progrès de la civilisation, suggère Freud, l’invention d’une nouvelle arme par exemple, leur ait procuré un sentiment de supériorité sur leur tyran. Qu’ils aient mangé le cadavre du père tout-puissant qu’ils avaient tué, rien d’étonnant à cela, pense Freud, “étant donné qu’il s’agit de primitifs cannibales”. “L’aïeul violent” était certainement le modèle envié et redouté de chacun des membres de cette associa­tion fraternelle. Or, par l’acte de l’absorption, ils “réalisaient leur identification avec lui, s’appropriaient chacun une partie de sa force ”. Ses origines ainsi dévoilées, on doit considérer le repas totémique « qui est peut-être la première fête de l’humanité », comme “la reproduction et la fête commémorative de cet acte mémorable et criminel”. Tel fut, selon Freud, l’acte fondateur de l’histoire de l’humanité » (o.c. pp. 379-380).

On l’aura compris, Freud ne veut pas seulement nous décrire la révolte de l’adolescent contre ses parents ou la révolution des étu­diants de mai 68 contre les anciens. Il pose l’acte fondateur de l’his­toire de l’humanité, de la religion, de la morale et de la société. Rien de moins. Et les élèves, à la lecture de ce mythe ? Les élèves rescapés de la grande purge psychanalytique qui vit l’exclusion des Stekel, Adler, Jung et de leurs collègues ? Certains élèves, tels Jones et Ferenczi, renvoyèrent le compliment à l’expéditeur en écrivant au maître « qu’il avait vécu, en imagination, les faits décrits dans ce texte ».

Pourtant, Totem et Tabou marque le passage de la dynamique de socialisation avec son acceptation du principe de réalité à la dyna­mique de socialité avec l’accès des fils à la responsabilité sociale. Freud s’intéressera par ailleurs très peu à la vie de l’adulte dans la société. Il préfère élucider le vécu de culpabilité plus que celui de responsabilité. Il s’apitoye sur la neurasthénie des bourgeoises de Vienne plus que sur le stress des nouveaux capitaines d’industrie. Et quand il investit le fonctionnement social, c’est à travers l’armée, l’Eglise et… la horde primitive, y trouvant des réalités peu reluisantes. Freud n’a pas cherché de créneau lucratif dans la managéro-psychanalyse. Car l’exercice du pouvoir, celui de l’adulte et du père, n’est pour Freud que de guerre, d’inceste et de perversion sexuelle. Aussi cette incur­sion du côté de l’adulte qui aurait dû déboucher logiquement sur le couple, provoque-t-elle la même inversion vers le passé qu’en 1897. Là-bas, il rabattait l’affection adulte sur la fusion infantile, maintenant il retourne au narcissisme primaire et à la première étape de vie.

 

Etape 1 : Le narcissisme et la bulle primitive

En 1914, un an après Totem et Tabou, Freud écrit Pour introduire le narcissisme, un texte court mais fondamental qui va amener une nouvelle catastrophe dans la horde psychanalytique. En voici la présentation magistrale faite par Peter Gay :

« Dans Totem et Tabou, Freud avait constaté que le stade narcis­sique n ‘est jamais dépassé et qu ‘il apparaît comme un phénomène d’une grande généralité. Dès lors, il s’applique à déchiffrer les implications de sa pensée encore fragmentaire. Originellement, le mot désigne une perversion : les personnes narcissiques sont des sujets pathologiques qui ne peuvent obtenir de satisfaction sexuelle qu ‘en faisant de leur propre corps un objet érotique. Mais, constate Freud, les pervers ne sont pas les seuls à jouir de cet égotisme érotique. Après tout, suggère-t-il, les schizophrènes retirent aussi leur libido du monde extérieur, sans l’éteindre pour autant, mais bien pour l’investir en eux-mêmes. Par ailleurs, les psychanalystes ont découvert d’amples témoignages de traits narcissiques chez les névrosés, les enfants, les primitifs. Dans To­tem et Tabou, Freud avait déjà ajouté à cette liste qui allait toujours s’allongeant, les amoureux. La conclusion s’imposait : pris dans cette acception beaucoup plus large, le narcissisme “ne serait pas une perversion, mais le complément libidinal à l’égoïsme de la pulsion d’autoconservation dont une part est, à juste titre, attribuée à tout être vivant” » {op. cit., p. 391).

Freud avait déjà pressenti l’importance du narcissisme primaire et l’avait introduit dans son étude sur Léonard de Vinci tout comme dans la « grande psychanalyse » du Président Schreiber. Mais maintenant il systématise, institutionnalise et constitue le vécu de stabilité structu­relle qui fait le cœur de la bulle primitive.

Le saut conceptuel dans le narcissisme est aussi grand que le saut de la quatrième étape de vie à la première. Les élèves ne peuvent plus suivre. Ce que le maître concocte depuis des années ne peut pas em­porter l’adhésion en une demi-heure de lecture. Le choc est rude comme le rapporte Peter Gay :

« Il s’ensuit des conséquences qui bouleversent de fond en comble la théorie psychanalytique, car elles contredisent radica­lement les formulations antérieures de Freud, selon lesquelles les pulsions du moi ne sont pas de nature sexuelle. Les critiques auraient alors raison, qui accusaient Freud de “tout réduire au sexe” et le représentaient comme un voyeur, porté “à ne voir dans le psychisme que la sexualité” ? A maintes reprises, Freud s’en était défendu avec véhémence. Jung aurait-il vu juste en dé­finissant la libido comme une énergie psychique indifférenciée à l’œuvre dans toute activité mentale ? Freud ne se laissa pas émouvoir. Invoquant l’autorité de son expérience clinique, il sou­tint que les catégories de la libido du moi et de la libido d’objet, qu’il venait d’introduire, n’étaient que l’”indispensable exten­sion” de son schéma psychanalytique initial, et insista sur le fait qu’il n’y avait rien de très nouveau et certainement rien de vrai­ment troublant dans cette élaboration. Ses disciples n ‘étaient pas vraiment convaincus ; ils entrevoyaient les implications révolu­tionnaires de cette innovation bien plus clairement que l’auteur lui-même. “La raison qui m ’a fait qualifier de perturbant I ’essai de Freud sur le narcissisme, la voici, écrit Jones. C’est que ce travail a assené un coup bien désagréable à la théorie des ins­tincts sur laquelle la psychanalyse s’est jusqu’à présent appuyée dans ses travaux. ” Pour introduire le narcissisme perturba effectivement Jones et ses amis » {op. cit., pp. 393-394).

Avec ce nouveau concept, Freud s’est intéressé à la première étape de vie mais le narcissisme primaire peut-il être un analogon de l’« homéoesthésie » ?

 

Etape 6 : La pulsion de mort et l’univers créatif

La guerre de 1914-1918 passa par là. Freud soutenait évidemment son pays, bien qu’il fût l’agresseur. Il le paya durement. En 1917, il publia Deuil et mélancolie à l’époque où il perdit non pas ses trois fils pourtant sur le front mais une de ses filles. En décrivant la mélancolie, il entre dans la sixième étape de vie, dans l’univers créatif où l’on revient du social et du conjugal pour se souvenir à nouveau de soi-même. Dans la mélancolie, malheureusement, cet univers est vide, narcisse n’a même plus d’image en face de lui. L’incursion décisive dans la sixième et dernière étape se fait en 1920 avec un texte intitulé Au-delà du principe de plaisir dans lequel Freud postule une pulsion de mort. Aux bons soins de Peter Gay.

« Dans la compulsion de répétition, il voit une « manifestation » analogue « aux toutes premières activités de la vie psychique de l’enfant [qui] présentent à un haut degré [un] caractère pulsionnel ». Le type de répétition que réclame l’enfant qu’on lui redise l’histoire même qu’on lui a déjà racontée, et sans y changer un mot ni omettre un détailest, à l’évidence, source de plaisir, mais rejouer incessamment dans le cadre du transfert, des expériences terrifiantes ou des malheurs infantiles, c’est obéir à d’autres lois. Ce type de conduite compulsionnelle procède d’un besoin fondamental, distinct de l’accomplissement du désir et souvent en conflit avec lui. Ainsi Freud aboutit-il à l’i­dée que certaines pulsions sont conservatrices ; elles obéissent non pas aux incitations de l’inconnu, du nouveau, mais tendent tout au contraire vers le rétablissement d’un état antérieur : à faire retour à l’« anorganique ». Bref, « nous ne pouvons que dire : le but de toute vie est la mort ». La pulsion d’emprise, ou toute autre à laquelle Freud, au cours des ans, a pu donner le statut de pulsion primitive, s’efface dès lors au profit de cette dernière. Tout ce que l’on peut dire est que « l’organisme ne veut mourir qu’à sa manière ». Freud était parvenu à la conception théorique d’une pulsion de mort » {op. cit., p. 460).

Le principe de plaisir avait déjà été entamé par le principe opposé, de réalité. Maintenant une seconde pulsion vient le contrarier, la pul­sion de mort. D’abord il s’agissait de l’adolescent, maintenant il s’agit de l’adulte mûr. C’est la tendance à répéter des faits désagréables, à ressasser des souvenirs pénibles, qui intrigue Freud et le pousse à concevoir cette pulsion de mort. Mais il y a aussi une espèce d’ex­tinction de l’énergie qui accompagne ces répétitions. (En fait, il s’agit de lâcher-prise, de l’intériorisation, et du passage à autre chose, comme nous le développons dans notre œuvre).

La pulsion de mort fut un coup fatal pour de nombreux psychana­lystes, pour Reich notamment et tout le courant post- et néo-reichien. Ils en ont fait une lecture au premier degré, ne voyant pas dans le texte lui-même qu’il s’agit d’une tendance à l’homéoesthésie par la répétition compulsive, et d’une tendance à l’abaissement du ni­veau d’énergie, par le désinvestissement social et conjugal. Pour nous, la méprise apparaît encore plus grande grâce à notre lecture de cette sixième théorisation comme application à une nouvelle étape de vie, à la sixième plus précisément. A présent la boucle est bouclée et l’inspi­ration de Freud aurait pu fléchir. Mais non, il restait une dernière œuvre à accomplir, à savoir juxtaposer ces six théories partielles, complémentaires et non pas opposées, et les emboîter en un ensemble structuré. Eh bien, c’est en route dès 1920 comme nous l’annonce Peter Gay.

« A l’époque, les psychanalystes se plaignent et ils se plai­gnent encore aujourd’hui de voir Freud se soucier fort peu d’expliciter la portée véritable de ses remaniements théoriques. Il ne spécifie jamais en quoi il a modifié une formulation donnée, ce qu ‘il a abandonné et ce qu’il a conservé et laisse à son lecteur la tâche d’accorder des propositions en apparence inconciliables. Cependant, rien dans les retouches et corrections qu’il apporte à son Au-delà du principe de plaisir ne met en cause le schéma psychanalytique traditionnel qui distingue idées et désirs selon leur distance relative à la pensée consciente ; la triade familière, inconscient, préconscient et conscient, ne perd rien de sa valeur explicative. Pourtant, la nouvelle carte de la structure psychique que Freud dessine entre 1920 et 1923 introduit dans le champ de la réflexion psychanalytique des « provinces » du fonctionnement ou du dysfonctionnement mental insoupçonnés jusqu’alors, tel le sentiment de culpabilité. Et plus important encore, ces révisions de Freud livrent accès à une instance psychique que la pensée psychanalytique a pour l’heure négligée au point d’à peine la nommer avec précision, et moins encore la comprendre : le moi. Avec la psychologie du moi que Freud élabore après la guerre, il allait pouvoir serrer de plus près la réalisation de son ambition première : fonder une psychologie générale qui, au-delà de son champ immédiat et restreint d’application la névrose, per­mettrait d’appréhender l’activité psychique normale. » (op. cit., p. 457).

 

Le deuxième topique : ça, moi et surmoi

Les concepts des ça, moi et surmoi font à présent partie de la culture générale et structurent l’individu moderne comme autant de signifiants. Il est pourtant utile de replonger dans les conceptions freudiennes initiales avec la profondeur de vue de l’historien. Voici les sens du ça et du moi freudiens.

« Le moi émerge chez l’individu en cours de croissance en tant que segment du ça dont il se différencie graduellement : “le moi est la partie du ça qui a été modifiée sous l’influence directe du monde extérieur’’, soit, en termes presque simplistes : “Le moi représente ce qu’on peut nommer raison et bon sens, par opposition au ça qui a pour contenu les passions’’. Durant les années qui lui restent à vivre, Freud n’établira pas de manière définitive quels pouvoirs assigner respectivement au moi et au ça. Mais il n’a jamais vraiment douté qu’en règle générale, le ça ait la haute main. Le moi, écrit-il dans Le moi et le Ça, développant une mé­taphore qui devait devenir célèbre, “ressemble ainsi, dans sa re­lation avec le ça, au cavalier qui doit réfréner la force supérieure du cheval, avec cette différence que le cavalier s’y emploie avec ses propres forces et le moi, lui, avec des forces d’emprunt”empruntées au ça. Et Freud file sa métaphore jusqu ‘au bout. ‘‘De même que le cavalier, s’il ne veut pas se séparer de son cheval, n’a souvent rien d’autre à faire qu’à le conduire où il veut aller, de même le moi a coutume de transformer en action la volonté du ça, comme si c’était la sienne propre” » (op. cit., pp. 473-4).

L’image du cheval et du cavalier n’est pas gratuite et ne fait qu’introduire à la vision très corporelle du moi. Cette reconnaissance nous réconforte beaucoup, nous somatanalystes, et nous fait penser que, cent ans plus tard, Freud aurait aussi travaillé au corps !

« Le moi, insiste-t-il, est avant tout un moi corporel ; il n’est pas seulement un être de surface, mais il est lui-même la projec­tion d’une surface ; le moi est finalement dérivé de sensations corporelles. Cependant, il acquiert non seulement une part consi­dérable de son savoir mais sa forme intrinsèque de son commerce avec le monde extérieur : de choses vues, entendues, éprouvées, de plaisirs et de satisfactions vécus » (op. cit., pp. 474-475).

Quant au surmoi, nous l’approchons à partir d’un texte des Nouvelles Conférences d’introduction à la psychanalyse, écrit dix ans plus tard.

« Les petits enfants ne naissent pas avec un surmoi, et les conditions de son émergence intéressent au plus haut point la psychanalyse. Le processus de formation du surmoi implique le développement de la capacité d’identification. Freud prévient le lecteur qu’il aborde une question ardue, “très intimement ratta­chée au destin du complexe d’Œdipe”. Un destin qui, en terme de technique psychanalytique, consiste en la transformation des choix d’objets en identifications. Dans un premier temps, l’enfant prend ses parents comme objets d’amour pour, dans un second temps, renoncer à ces choix d’objets et, en dédommagement de cette perte, s’identifier à eux en incorporant leurs attitudes, leur système de valeurs, leurs prescriptions et leurs interdits. Bref, il a d’abord voulu avoir ses parents, pour finir ensuite par chercher à être comme eux. “Le surmoi de l’enfant, dit Freud, ne s’édifie pas, en fait, d’après le modèle des parents, mais d’après le surmoi parental. ” Ainsi le surmoi devient-il “porteur de tradition, de toute les valeurs culturelles et censeur du moi qu’il habite, est tout ensemble instance de vie et de mort » {op. cit., pp. 476-477).

La nouvelle topique des ça, moi et surmoi a été bien accueillie par les élèves comme s’ils pressentaient sa place de syn­thèse et de structuration de l’ensemble freudien. Pour nous, cette se­conde topique est la réplique parfaite de la topique des positions. Dans la mesure où Freud ne travaillait que dans le verbal, il n’avait accès qu’aux « représentants psychiques » des trois positions hu­maines. Quant à nous, actifs dans le groupe social, la matrice affective (le ça) et la bulle de développement individuel (le moi), nous accédons à la réalité de ces positions. Aussi n’avons-nous aucune restriction à postuler que les ça, moi et surmoi sont les représentants psychiques des trois positions de vie réelles, respectivement, de la matrice affective, de l’univers créatif et du groupe social (le surmoi). Les différences qui apparaissent entre les descriptions freudiennes et les nôtres tiennent à ce fait que, chez Freud, tout passe par l’é­laboration intrapsychique des choses alors que, chez nous, les choses sont appréhendées en elles-mêmes. Chez Freud, il y a une certaine unité puisque les trois lieux sont conçus en une même personne ; chez nous, les trois positions de vie sont nettement séparées et s’imposent avec leurs modes de fonctionnement différenciés selon les « positions de vie » comme nous le verrons dans la 3ème partie de ce livre à propos des socioanalyses.

Mais, en fin de compte, les deux approches sont complémentaires. Seul l’état des mœurs de chaque époque a obligé l’un à travailler avec les représentants psychiques et permis à l’autre de travailler dans le réel.

Dans cette autre lecture de Freud, nous avons d’abord retrouvé les quatre topiques anthropologiques : de l’un unifié, du deux dialectique, du trois positionnel et du six développemental. Nous continuons ainsi à fonder ces quatre lieux en un véritable théorème de l’humain, l’hum’un, trois, six, deux. Mais nous avons surtout insisté sur la succession des différentes théories freudiennes, y voyant un véritable balayage des grandes étapes de vie de l’être humain. Et de retrouver chez Freud la théorisation de chacun des six stades ontogénétiques ne fait que conforter notre modèle.

Pour revenir à la métaphore numérique, nous pouvons aussi appeler algorithmes ces quatre processus fondamentaux du vivant : l’unité, la dialectique, les trois positions et les six métamorphoses développementales.

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