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l’Expérience de Mort Imminente

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Science et croyance

Il reste la question de l’au-delà, de l’après du moment de la mort. L’existence d’une vie éternelle serait l’événement « suffisamment bon » qui faciliterait la « présence » à ce qui ne serait encore qu’un simple passage. Mais il s’agit là d’une conviction qui n’a rien de scientifique à moins qu’on ne considère que les vécus de lumière éclatante décrits ci-dessus constituent cette éternité subjective, même si personne n’est revenu pour en parler.

Avec cette dernière étape, s’achève notre pérégrination à travers les étapes de l’ontogenèse. Après ces descriptions très riches, même si elles sont très résumées, nous nous rendons mieux compte de la pertinence de notre critère de distinction des étapes : les cadres et positions de vie conditionnant notre vie relationnelle, à savoir le groupe sécurisant, le couple affectif, l’isolement créatif. En effet, nos six étapes ne sont pas seulement des concepts opératoires et pragmatiques, elles sont des réalités objectives.

Certes, on pourrait se contenter de reconnaître que le découpage du développement humain en six étapes est utile, que la distinction en moments de stabilité et de changement permet de mieux les négocier, que la définition de l’attentionnel en six programmes de gestion successifs et cumulatifs est didactique. On possèderait déjà un très bel outil pédagogique et thérapeutique. En réalité, le modèle du développement est bien plus ambitieux et revendique le statut d’une réalité scientifique. Lors de chaque étape, il s’ajoute quelque chose d’au moins aussi important – sinon plus- à savoir le développement d’une fonction spécifique et de ses capabilités. Pour réparer ou améliorer ces modes de fonctionnement, la thérapie / analyse doit proposer les cadres de vie correspondants, groupaux, duels et/ou perso.

 

Les six étapes de vie et leur mode d’investissement spécifique

L’acquisition de capabilités bien précises découle de l’expérience de chaque étape de vie : sensations, pulsions, émotions, sentiments, affects, valeurs.

Par sensation, il faut entendre bien plus que la sensorialité (perception par les cinq sens) ou la sensitivité (perception des organes internes) qui donnent des renseignements objectifs et quantitatifs. Les sensations se réfèrent au sens courant qui évoque un vécu qualitatif beaucoup plus que quantitatif. La notion plus précise d’homeoesthésie en est l’illustration. C’est dans la première phase de vie que ces sensations prennent place.

Les pulsions nous renvoient à Freud et à sa définition du concept « entre psyché et soma ». En situant la naissance des pulsions dans la matrice fusionnelle, nous lui reconnaissons une origine plus acquise qu’innée. En effet, la pulsion qui est deux, pulsion libidinale et pulsion de conservation, se construit par rapport à la mère selon qu’est privilégiée la fusion avec elle ou l’absence de fusion. Chez l’adulte, le même choix aboutit à la différenciation en pulsion de vie et pulsion de mort, avec étayage sur le choix antérieur de l’enfant.

Il est relativement aisé de comprendre la naissance des émotions avec l’entrée dans la dynamique de socialisation. Ici la contrainte devient évidente et massive mais aussi ponctuelle et brève : il faut obéir, il faut accepter de ne pas toucher tel ou tel objet, il faut manger, se laver les mains, aller se coucher à l’heure imposée. La seule possibilité de gérer ces épreuves immédiates réside dans l’expression émotionnelle : colère, peur ou souffrance ; tendresse, joie ou plaisir. Avec l’émotion, la charge énergétique se met à circuler au lieu de se bloquer, pour permettre l’exécution satisfaisante de l’obligation sociale.

Passons directement à la cinquième étape, à la matrice affective, qui voit naître l’amour et la haine, l’attachement et la dépendance sous forme d’affects dont la caractéristique principale consiste en des cycles longs de plusieurs mois et années. C’est ce que les thérapies analytiques nous donnent à voir avec leurs cycles transférentiels de même durée. La matrice affective se démarque clairement du vécu émotionnel dont les cycles se mesurent en minutes ou quarts d’heure. Elle s’étaye sur le cycle d’attachement de l’enfant, y retrouvant cette durée prolongée.

A présent nous pouvons revenir au stade contourné, à la dynamique de socialité, à la phase du jeune adulte qui doit constituer sa sécurité lui-même, activement. Ce stade intermédiaire donne naissance aux sentiments qui sont des éléments intermédiaires entre l’émotion et l’affection du moins quant à la durée de vie. Le sentiment, ce concept très polymorphe qui se décline en milliers de mots différents dans notre langue, est un vécu mixte de durée tantôt raccourcie comme celle de l’émotion et tantôt allongée comme celle de l’affect avec toutes les variantes intermédiaires. Nous nous limitons à six émotions de base et à autant de sentiments affectifs alors que les sentiments sont des milliers !

 

Tableau 10: Les six émotions de base

 

Tableau 14 : Les six affects de base

 

Et puis vient le mode d’investissement de la dernière étape. C’est dans l’univers créatif que nous situons la naissance des valeurs, à condition d’entendre par là les valeurs personnelles, créées par chaque individu de façon singulière. Ces valeurs vont durer pour le restant des jours, jusqu’à la mort, alors que les valeurs empruntées aux autres valsent au gré des modes et des influences.

 

Chapitre V

Les six étapes de la théorie freudienne Une autre lecture de Freud

On pourrait évoquer Freud comme créateur d’une nouvelle mythologie moderne. Une pareille appréciation éclairerait le sort de son œuvre, son intégration dans la société actuelle, son accaparement comme mythe quasi consensuel. Toute société, aussi évoluée soit-elle, a besoin d’un savoir commun qui fasse lien pour ses membres. Freud a cet honneur… redoutable. Lacan lui-même parle du « mythe freudien de l’œdipe ». Mais ce n’est pas cette récupération sociale de l’œuvre qui nous intéresse ; c’est la démarche de l’auteur lui-même, sa recherche, ses errements et trouvailles, qui nous ont retenus. Freud a d’ailleurs appelé cette trajectoire « méta-psychologie » au-delà, à savoir un discours « méta » sur une science, sur la psychologie, qui était très expérimentale à son époque.

Freud était médecin neurologue, il a fait des recherches brillantes sur le système nerveux chez l’animal, sur des formes de paralysies infantiles et… la cocaïne. Il a décelé la vertu anesthésiante de cette dernière, en se droguant lui-même, mais on lui a soufflé la paternité de cette découverte. On ne l’y reprendra plus ! Il est d’autant plus remarquable de voir ce scientifique — en effet, il préférait de loin apprendre que soigner — s’intéresser à des domaines aussi éloignés que l’hystérie (chez Charcot à Paris), l’hypnose (chez Bernheim à Nancy) et les rêves. Quand il fera l’histoire, comme dans Totem et Tabou ou son Moïse, il parlera de roman historique. En fait, il s’agit de sciences humaines au vrai sens du terme.

 

Freud et le théorème de « l’hum’un, trois, six, deux »

D’entrée de jeu, il faut reconnaître chez lui la priorité qu’il a donnée aux paires oppositionnelles et complémentaires, aux vecteurs bipolaires tels que : conscient-inconscient, ça-surmoi, plaisir-réalité, vie-mort, en avoir ou pas… de pénis, par exemple. L’humain freudien est d’abord deux. En effet, même si les deux premières oppositions font partie de topiques à trois lieux, c’est néanmoins le conflit entre deux d’entre eux qui prédomine : le préconscient est relativement négligé et le Moi aura un développement quasi séparé des deux premiers. Il n’y a rien d’étonnant à cela, dans la mesure où la dialectique est le propre de l’esprit. Freud a tout misé sur la psyché, qui est le fondement de la psychanalyse, et sur la parole, qui est l’outil privilégié de cette psyché. Il faut remarquer la tendance freudienne au dualisme sinon à un certain manichéisme : on parle sans censure sur le divan ou on résiste, la libido s’écoule ou se réprime, le discours est manifeste ou latent, le narcissisme est primaire ou secondaire, comme le sont les processus du même nom, primaire ou secondaire, et ainsi de suite.

Freud a aussi insisté sur les organisations tripartites, triloculaires, qu’il appelle topiques: l’humain freudien est aussi trois. La première topique s’applique au fonctionnement mental et lui attribue trois lieux : l’inconscient, le préconscient et le conscient. La relation entre les trois instances est linéaire, le préconscient faisant passage entre les deux autres. Il s’agit donc d’une trilogie atypique d’autant plus qu’elle se réduit le plus souvent à l’opposition entre l’inconscient et le conscient comme nous l’évoquions tout juste. Une deuxième topique investit le développement libidinal de l’enfant avec ses trois phases : orale, anale et phallique. Nous pourrions encore y voir une relation linéaire en vertu de la chronologie développementale mais il est beaucoup plus intéressant d’y détecter l’esquisse d’une structure synchronique, à savoir la description de trois lieux de vie qui coexistent chez l’être humain puisque la psychanalyse a décrit trois caractères principaux : oral, anal et génital. Ces trois caractères ont un « positionnement » préférentiel : l’oral est dépendant et fusionne!, recherchant le couple ; l’anal est refermé sur sa bulle et solitaire ; le génital privilégie la rencontre et l’échange social.

Nous accédons à la topique des positions.

Quant à la dernière topique freudienne, celle des moi, ça et surmoi, elle est également positionnelle : le surmoi représente les parents et la société : le ça désigne ce qu’il y a de plus affectif (et conjugal) dans la personne ; quant au moi, il désigne l’individu, la personne se développant elle-même dans le créatif.

L’humain freudien est donc trois et plus que d’y retrouver notre propre découpage positionnel, il importe de reconnaître la nécessité de la séparation en trois. Nous ne sommes plus dans le deux dialectique, manichéen et intellectuel. Le trois nécessite une appréhension globale, intuitive, sensitive, esthétique, spirituelle même. Le trois, c’est l’opposé du deux, c’est l’analogique face au digital, l’associatif versus dissociatif. La reconnaissance par Freud, à trois reprises au moins, de la dimension tripartite de l’être humain marque son passage d’une science exacte à une science humaine, malgré sa suspicion de l’hum’un.

En effet, Freud n’apprécie pas beaucoup la dimension unitaire de l’homme. Il se méfie du vécu indistinct et non différencié de la plénitude. Serait-ce parce qu’il s’est beaucoup drogué et qu’il se rappelle les dangers de cette harmonie artificielle ? Serait-ce parce qu’il rejette le fait religieux et ses sentiments océaniques ? Ou encore parce qu’il ne sait pas s’abandonner à la musique ? Le fait de ranger tout cela dans le fourre-tout de la sublimation évoque le dédain et de faire allusion à la pulsion de mort à propos du lâcher-prise renforce l’impression que, décidément, l’humain doit se méfier de l’un.

Peu nous importe ce jugement de valeur entièrement dépendant de l’homme Freud. L’important réside dans la reconnaissance de ce vécu d’unité même si ce sont les autres, tel Romain Rolland, qui l’obligent à l’envisager. Nous verrons plus loin que c’est le concept de narcissisme, après celui de processus primaire, qui s’occupera de l’hum’un, lui donnant encore une note péjorative du même ordre que celle de sublimation. Toujours est-il que nous trouvons chez Freud l’évocation très explicite des trois dimensions de l’humain. Le théorème de l’humain s’ébauche et la psychothérapie acquiert son nouveau paradigme.

 

Freud et le six : les six étapes ontogénétiques et les six théories + une

On peut revisiter l’œuvre de Freud avec, comme grille de lecture, les six étapes du développement humain. Cette œuvre s’étend sur plus de quarante années si l’on part des Etudes sur l’hystérie en 1895 et s’arrête à l’Abrégé de psychanalyse en 1938. Cette œuvre a connu des développements continuels, des percées et des rebondissements suffisamment majeurs pour susciter à chaque fois des défections parmi les disciples. Chaque nouveauté condamnait une charretée d’élèves à perdre la tête à l’instar des régimes successifs de la Révolution Française qui se débarrassaient des précédents par le même moyen. C’est ainsi qu’on peut lire l’œuvre de Freud comme un parcours qui est jalonné par les six étapes du développement de l’homme. Retrouvons ce tableau si dense.

 

Chronologie

Œuvre majeure Concept fondamental Etape du modèle développemental somatologique

Jusqu’en 1897

Etudes sur l’hystérie Étiologie sexuelle de la névrose actuelle

Stade 5 : matrice affective

1897 – 1905

Interprétation des rêves Étiologie libidinale de la psychonévrose, complexe d’Œdipe Stade 2 : matrice fusionnelle

1905 – 1910

Trois essais sur la sexualité infantile Résolution du complexe d’Œdipe et principe de réalité Stade 3 : dynamique de socialisation

1912

Totem et tabou Meurtre du père, naissance de la société

Stade 4 : dynamique de socialité

1914

Pour introduire le narcissisme Narcissisme primaire

Stade 1 : bulle primitive

1920

Au-delà du principe de plaisir Pulsion de mort

Stade 6 : univers créatif

1923 – 1938

Le Moi et le ça

Topique structurale

Topique des positions

Tableau 15: les six étapes du cheminement freudien plus une, en regard du modèle développemental somatologique.

 

  • Elle commence chez l’adulte hystérique, avec les Etudes sur l’hystérie, en 1895, donc avec l’étape cinq ou matrice affective ;
  • elle bascule dans le temps infantile de la même matrice, fusionnelle, en 1899, avec L’Interprétation des rêves et en 1905 avec les Trois essais sur la théorie de la sexualité : c’est le com­plexe d’Œdipe ;
  • de cette deuxième étape, elle passe à la troisième après avoir découvert la résolution de l’Œdipe et l’entrée dans la dynamique de socialisation ; c’est la découverte du principe de réalité en 1910;
  • puis, très logiquement encore, l’adolescent passe à la phase quatre, à la vie sociale active avec le meurtre du père tel qu’il est imaginé dans Totem et Tabou, 1912 ;
  • nouveau saut dans le passé, à la première étape, dans la bulle primitive, avec le concept de narcissisme : Pour introduire le narcissisme, 1914 ;
  • puis se fait un saut de la bulle primitive à l’univers créatif, avec le concept de pulsion de mort : 1920, Au-delà du principe de plaisir ; c’est la sixième étape.

Après avoir exploré successivement les acquis développementaux de chacune des six étapes, Freud débouche très logiquement sur une synthèse structurale de l’être humain. C’est en 1923, l’avène­ment de la deuxième topique, ça-moi-surmoi.

Cette nouvelle lecture de l’œuvre freudienne est d’un grand inté­rêt. Elle ne valide pas seulement notre modèle développemental mais elle jette une lumière nouvelle sur l’œuvre de Freud. En effet, il faut se rappeler que plusieurs passages d’une étape à l’autre ont été vécus comme de véritables ruptures théoriques et ont fait chanceler tantôt Freud lui-même, tantôt ses élèves. La première grande rupture se situe en 1897 lorsque Freud passe de la théorie du traumatisme sexuel adulte à celle du fantasme séduc­teur infantile. Il est KO debout. La seconde rupture fait chavirer Adler et Jung à cause de l’insis­tance, exagérée pour eux, sur l’étiologie sexuelle, critiquée comme pansexualisme.

Mais voici qu’avec l’introduction du narcissisme, Freud scie à nouveau la branche sur laquelle il s’était solidement assis. En oppo­sant aux pulsions sexuelles une pulsion du moi, il semble donner rai­son à son meilleur ennemi, C.G. Jung. De narcissisme en pulsion de mort, Freud prépare une nouvelle frayeur, mais à ses meilleurs élèves cette fois-ci. De nombreux psy­chanalystes refusent le nouveau concept de pulsion de mort, plus particulièrement Reich qui quittera peu à peu le mouvement psychanaly­tique avant d’être exclu. Enfin, après ce grand tour par les six phases du développement, l’arrêt sur la conception structurale du ça-moi-surmoi dérange encore, Ernest Jones en particulier.

En fait toutes ces crises nous apparaissent aujourd’hui vaines, , avec notre lecture développementale. Chaque étape de la méta-psychologie freudienne n’est que l’approfondissement d’une des étapes du développement humain. Que les contenus en soient différents et presque opposés tient au fait que chaque stade possède sa spécificité. Qu’il y ait eu crise à chaque fois relève de l’ambition démesurée de Freud qui voulait à chaque fois faire de sa nouvelle découverte une théorie générale et universelle de l’être humain. En réalité, il l’a réussie, cette théo­rie de l’être, sa méta-psychologie, mais seulement avec l’ensemble de son œuvre de quarante ans, après coup. Il nous reste à reprendre ces sept étapes plus en détail.

Pour cela, nous nous fondons sur l’un de ses meilleurs biographes, Peter Gay, parce qu’il détecte la notion d’étape dans l’œuvre freu­dienne en lui accolant chaque fois la crise provoquée dans son école. Il aura suffit d’y ajouter le sens développemental de ces étapes pour arriver à une lecture qui n’a encore jamais été faite, ni par Gay ni par d’autres historiens. Il aura fallu l’approche ontogénétique pour com­pléter le puzzle. Si le recours à l’intermédiaire de Gay enlève la priorité à notre propre lecture développementale de l’œuvre de Freud, elle y apporte par contre une caution scientifique qui nous dédom­mage très largement de cette petite frustration.

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