Actualité

 

Vacances à Chamonix. C’est là que j’écris. A Lipsheim, je pense, et bichonne mes centaines de chênes. J’ai aussi préparé les prochains blogs dont le 11.

On y trouvera « la topique de l’unité : être soi » ainsi que la façon d’y arriver : « l’expérience plénière ». Deux choses pour actualiser ces propos : l’EMI est l’une des expériences fort médiatisée. C’est le thème de mon écriture actuelle. Il est tellement riche et complexe que je crée des couvertures à gogo pour ce nouveau livre, le quinzième ou seizième ? No Lo So. En voici deux de ces essais.

 

Dr. R. MEYER

 Qu’est ce qui fait l’humain ?
l’OntoCode

Qu’est ce qui le révèle ?
l’EMI
Expérience de Mort Imminente

Comment y accéder ?
la Psychanalyse Pléni-Intégrative

Et y demeurer ?
l’OntoSynthèse

 

Dr. R. MEYER
psychiatre, dr. en anthropologie, écrivain

l’INCONSCIENT
enfin révélé par l’EMI
l’Expérience de Mort Imminente/Initiante
et l’ONTOCODE
le logiciel universel de l’humanité

 

Chamonix, lecture. Anita Moorjani (Revenue guérie de l’au-delà : Une NDE m’a sauvée), une nouvelle guérison miraculeuse (d’un Hodjkin en phase terminale), après celle d’Eben Alexander (d’une méningite à escherichia coli, prétendument mortelle) miracles dû à l’Expérience de Mort Imminente (EMI). Je les citerai longuement dans le nouveau livre. Mais même deux hirondelles ne font pas le printemps. Ces deux « expérienceurs » mettent en avant leurs guérisons comme à Lourdes. Çà fait vendre leurs livres. Certes, j’attribue aussi une fonction thérapeutique à l’EMI mais de façon plus large : elle guérit du trauma et fait sortir du coma. Et là nous avons des millions d’hirondelles ! Médicalement parlant, nous ne savons pas précisément si c’est l’EMI ou le coma lui-même qui soigne. Le coma, c’est comme de se mettre sous la couette pour se soigner. Affaire à suivre. Parce qu’il ou elle mobilise les ressources fondamentales : volupté, félicité et agapé. Tout comme nos pneumo-analyses et Méditations Pleine Présence. Quant au blog qui suit, il annonce tout cela avec « l’être soi » et « l’expérience plénière » que nos deux expérienceurs décrivent fidèlement avec beaucoup d’émotion.

Chapitre III

 L’Hum’un trois six deux
Le théorème de l’Humain

Freud a connu une période créatrice extrêmement féconde de 1910 à 1914. Après la longue gestation de la toute nouvelle psychanalyse, de 1897 à 1910, pendant laquelle il définit surtout les outils de travail, à savoir l’analyse des rêves, l’inconscient, le complexe d’Œdipe et le lapsus, Freud s’attelle aux concepts théoriques plus élaborés qui lui permettent d’embrasser tous les fonctionnements humains et sociaux. En 1910, il tombe sur le « principe de réalité » qui vient faire contrepoids à la sexualité toute puissante, et introduit la socialisation de l’enfant. En 1912, il écrit Totem et Tabou pour marquer le passage de l’adolescence à l’âge adulte et de la horde sauvage à la civilisation, grâce au meurtre du père. En 1914, comme pour amorcer le cataclysme de la première guerre mondiale, il développe le concept de narcissisme primaire et s’intéresse à la première période de vie, d’avant l’Œdipe. La rupture de 1897 a provoqué un vide qui se révèle maintenant d’une fécondité extrême. C’est ce qui se passa pour la somatanalyse. Une créativité foisonnante vient parachever ce qui semblait épars et en suspens jusque-là.

 

De la topique des positions à la topique du développement
La topique des positions a rapidement engendré le modèle du développement de l’être humain en six étapes. Il suffisait de lire attentivement le schéma des 3 positions et y ajouter le redoublement de leur occurrence, en sens inverse, une première fois de la conception jusqu’à l’adolescence (solo, duo, socio), une seconde fois du début de l’âge adulte jusqu’à la mort. (socio, duo, solo)

Tableau  9: Les étapes du développement de l’être humain

Ce nouveau modèle de l’ontogenèse s’est rapidement enrichi des caractéristiques associées. Le tableau suivant rappelle cette créativité.

Tableau 10: Les caractéristiques des étapes de la vie

La naissance de ce modèle de développement ne découle pas d’une observation naturaliste de mes trois enfants comme le fit Piaget avec les trois siens ni des œuvres d’un quelconque laboratoire de psychologie de l’enfant. Elle est mathéma­tique, topographique, logique. C’est un modèle qui l’a engendrée, le modèle structuro-fonctionnel que j’ai créé à partir de la clinique et de l’anthropologie, et qui est devenu autonome. L’intelligence artificielle existait déjà !

L’apprenti-sorcier a perdu la maîtrise de son œuvre qui continue à créer d’elle-même. Il ne reste plus qu’à tester le résultat, qu’à le jauger et le valider.

Il faut d’abord essayer de le falsifier, ce modèle, selon les bonnes manières scientifiques introduites par Karl Popper. Parce qu’il existe d’autres modèles du développement de l’être humain, des modèles bien établis, socialement reconnus à défaut d’être scientifiquement prouvés. J’ai relu Wallon, Piaget, Freud, Gesell et d’autres. Je me suis plongé dans les sommes qui répertorient la bonne douzaine d’autres modèles actuellement pertinents. Allaient-ils réduire à néant ce nouveau prétendant à faire modèle ? Après les premières frayeurs, une évidence s’est faite jour, une conviction qui s’éloignait tout autant du triomphalisme naïf que d’une timidité orgueilleuse. En réalité, il n’existe pas de stades de développement suffisamment distincts pour faire une unanimité scientifique. Il existe trop de paramètres qui évoluent selon des chronologies trop différentes pour marquer des scansions remarquables. A la limite, il n’y a pas de stades du tout. Aussi les auteurs de modèles se réfèrent-ils à l’un ou l’autre de ces paramètres pour les isoler et construire des étapes différenciées autour de leur seule chronologie particulière. Piaget s’est référé au développement co- gnitif, Freud à la dimension libidinale et Wallon aux processus tonico-moteurs. Et pourquoi ne se fierait-on pas aux positions de vie et donc à la dimension relationnelle ?

Tout modèle du développement ontogénétique présente donc une part d’arbitraire, aussi doit-il au moins être opératoire, servir à quelque chose, induire du neuf. C’est ce que mes textes ont fait à différents niveaux, en particulier cliniques (Meyer 2011, 2012). Il est un autre acquis qui me paraît tellement important que je n’ai pas pu ne pas l’évoquer déjà ci-dessus, c’est celui de la relecture de l’œuvre de Freud à la lumière du modèle ontogénétique.

Il est une caractéristique qui est reconnue par tous ceux qui ont approfondi l’œuvre théorique de Freud, c’est celle de sa richesse et de sa diversité qui va jusqu’à risquer l’incohérence et la contradiction. Nous avons longuement décrit la rupture de 1897. Il y a d’autres ruptures théoriques avec, concomitamment, des scissions avec des élèves. C’est ainsi qu’en 1920 l’introduction de la pulsion de mort sépara l’école psychanalytique en deux camps selon l’acceptation ou le rejet du nouveau concept. Reich et, dans une moindre mesure, Ferenczi, seront dans le deuxième camp. Heureusement qu’en 1897 Freud était seul sans cela il aurait désespéré toute son équipe, son seul allié étant déjà à distance, à savoir son maître Breuer.



L’œuvre théorique de Freud et les six étapes ontogénétiques

Durant son demi-siècle de recherche théorique, Freud a investi successivement des thèmes différents et certains de ses historiens définissent des périodes précisément caractérisées par la prévalence de chaque thème. On peut faire une lecture de cette oeuvre à partir du modèle ontogénétique. En d’autres mots, Freud aurait approfondi le processus central de chacune des différentes étapes de ce développement, chacune d’entre elles se spécifiant par des caractéristiques propres et appelant une théorisation différente. Certes, notre maître n’a pas suivi la chronologie du développement de l’être humain, mais un ordre personnel qui possède néanmoins une logique certaine. Voici le rappel de ce cheminement :

Tableau 11: les six étapes du cheminement théorique freudien plus une, en regard du paradigme holantropique.

On peut même ajouter une dernière étape à partir de 1923. Les six étapes étant mises en place, il se développe un travail synthétique global. C’est ce qui se réalise avec la deuxième topique, structurale, des moi, ça et surmoi, qui transpose les positions de vie dans leur représentation intrapsychique :

moi                = bulle individuelle, solo ;

ça                   = matrice affective, duo ;

surmoi          = dynamique sociale, socio.

Cette nouvelle lecture de l’œuvre de Freud élimine toute incohérence et surtout toute contradiction dans cette oeuvre. Les concepts successifs ne sont plus confrontés les uns aux autres mais s’agencent comme des temps développementaux différents, spécifiques. Le mérite de l’auteur ne fait que croître et sa probité scientifique en ressort grandie puisqu’il a accepté la contradiction apparente et même la rupture avec des amis chers. Quant à nous, cette relecture de Freud nous sert de validation de notre propre modèle. Comme nous le verrons plus loin, l’ensemble apparaît tellement cohérent et logique que nous en faisons un argument fort qui milite en sa faveur. Il reste maintenant à utiliser cette grille de lecture dans la pratique quotidienne. L’exercice n’est pas simple parce que les anciennes références sont tenaces. Mais les intuitions jaillissent avec fulgurance.

 

Clinique

C’est ainsi qu’une élève en psycho-somatanalyse a l’habitude de se retirer longuement dans sa bulle individuelle, silencieuse, sans communication visuelle, cherchant une espèce de bien-être à un niveau quasi physiologique. Elle m’a répété à plusieurs reprises qu’elle m’admirait pour mon œuvre mais qu’elle n’avait pas de transfert ! Je lui proposais alors d’être juste là, calmement, dans la relation, dans la matrice affective ! Mais elle ne pouvait pas concevoir cette situation. L’affectif à lui tout seul ne pouvait pas justifier une séance de somatanalyse. Voici qu’un jour elle entre dans une haine profonde contre moi, haine qu’elle exprime. Après un bout de temps je sens que cette haine correspond à ma seule présence qui l’obligerait à passer de la bulle primitive à la matrice fusionnelle. Elle devrait me regarder, m’accueillir, s’ouvrir, accepter le dérangement que constitue ma présence et le transcender dans une certaine fusion. C’est cela qu’elle refuse et qui provoque sa haine. Je lui en fais l’interprétation, elle peut l’accepter et dépasser sa haine. Un peu d’amour filtre de son cœur, de son corps, par ses yeux.

En fait, la topique des positions et la topique du développement pourraient sembler déconnectées de la base corporelle qui fait la richesse de la somatanalyse. Mais ce n’est qu’apparence : en effet au moment même où le modèle structuro-fonctionnel m’a gratifié des étapes du développement, les hasards de l’édition m’ont apporté le livre de Michèle Porte et son essai d’application de la théorie des catastrophes à la psychanalyse. En attendant la présentation détaillée de celte œuvre, il suffit d’évoquer les deux concepts clés de la théorie de René Thom : la « stabilité structurelle » et la « catastrophe ». La perfection de la formulation mathématique des deux concepts m’a poussé à les associer aux deux processus que j’avais mis au cœur de ma pratique et à la base de mes théorisations : le moment primaire et la dialectique structuro-fonctionnelle.

 

La topique de l’unité : être soi

Ce qui m’avait attiré d’emblée vers les techniques corporelles c’étaient leurs modes d’expression et de communication intenses, à savoir le cri, le toucher et la dynamique de groupe. Ces moyens d’analyse et de thérapie ne pouvaient que donner accès au cœur du processus de guérison, à savoir au vécu d’unité de soi et à la pratique du changement. Le vécu d’unité est d’abord une expérience. C’est lui qui m’a émerveillé pendant ma propre thérapie et c’est lui qui constitue une véritable révélation pour mes patients et élèves. Même un atelier de démonstration lors d’un congrès suffit à faire vivre cet état d’être harmonieux à quelque médecin ou psychologue sceptique, lui faisant dire qu’il n’a jamais connu pareille plénitude. Dans mon cheminement personnel, j’ai ressenti la force d’une affirmation personnelle que je pouvais clamer au milieu d’un groupe et même à mon maître Casriel. Lors d’un atelier, j’ai pu exprimer que j’étais aussi important que lui avec une conviction qui se confirme aujourd’hui. Très rapidement, la même intensité de vécu s’est glissée sur le matelas el dans le travail plus douloureux sur mes peurs, mes humiliations d’enfant, mes colères de jeune adulte. Malgré la souffrance, l’habitation totale de ces émotions à travers le cri et les gestes représentait une valeur en soi, se suffisant à elle-même. Et quand j’ai pu me trouver dans des bras accueillants, respectueux et tendres, pour une étreinte prolongée, la douceur de cette nouvelle émotion évacuait toute pénibilité pour ouvrir à un présent de totalité et d’atemporalité. Ces différentes situations se retrouvent de préférence dans le groupe de socio-somatanalyse, en relation. Les mêmes vécus d’unité s’imposent dans les exercices d’éco-somatanalyse, que ce soit lors de la danse cathartique dans le noir ou lors du travail respiratoire. Tout d’un coup, ou peu à peu à d’autres moments, le corps se ressent dans une globalité qui fait circuler les sensations les plus délicieuses de haut en bas et de l’extérieur à l’intérieur, jusqu’à dépasser les limites anatomiques pour redessiner un autre corps expansé, épanoui, ébloui. On sort de là avec une conscience de soi comme on ne l’a jamais eue et avec une conviction d’exister qui déplace des montagnes. Ces expériences d’unité se sont répétées régulièrement pour mes patients et constituent l’ordinaire du travail somatanalytique. Il aura fallu les comprendre et les théoriser en priorité. Je m’y suis attelé très rapidement pour en faire mon premier grand texte théorique dans Le corps aussi (1981) et j’ai repris l’étude de ce processus d’unification à plusieurs reprises avec des éclairages différents.

 

Le moment primaire
(rebaptisé « expérience plénière »)

 La première approche a été freudienne, bien évidemment. Je me référais à la catharsis de Breuer et à la citation rapportée ci-devant que je développais aussitôt :

« Le moment cathartique est le moment de guérison du symptôme hystérique. Trois éléments concourent à cet effet :

  • le souvenir de l’incident déclenchant,
  • l‘affect lié à ce dernier,
  • l‘expression verbale du souvenir et de l’affect.

La présence de ces trois éléments constitue la première condition de survenue. Il en existe une seconde aussi importante, à savoir la simultanéité d’occurrence de ces trois éléments : le souvenir s’étoffe d’émotion et l’émotion s’exprime en paroles, simultanément ». (Meyer, 1982, p. 62)

Après avoir retrouvé les mêmes approches chez Freud, Ferenczi, Casriel et Janov, je généralisais ce moment d’unification en un « moment primaire » qui fait connecter les trois fonctions internes (impression, expression et compréhension) avec les trois réalités ex­ternes, les réalités corporelles, écosociales et psychiques. L’unité de l’essence est aussi une connexion avec l’existence. Quatre années plus tard, j’ajoutais.

« Il faut aller plus loin dans la qualification de ce moment qui, au-delà de la guérison, est aussi le mécanisme de « l’être soi », du « bien-être ». Cette intégration crée un nouvel état. La globalisation des fonctions est différente de leur simple somma­tion, elle innove. Cet état de complétude est celui-là même que Freud craint en tant que « sentiment océanique », que d’autres recherchent comme moment d’illumi­nation, d’extase, d’amour, de nirvana. Il n’est pas possible de le conceptualiser. Seuls les poètes, les mystiques et les romanciers s’en ap­prochent. Il est chaque fois unique et original, ne se laissant pas comparer. Mais ce moment n’est pas nécessairement aussi grandiose que le laissent miroiter les notions d’océanique, d’ex­tase ou d’illumination. La mère avec son enfant, l’enfant pas­sionné par son jeu, le musicien avec son instrument, le menuisier lissant la planche, le thérapeute à l’écoute, tous ces moments privilégiés et quotidiens peuvent être pleins, primaires, cathartiques. » (Meyer, 1986, p. 207).

 

Extension unifiante et extension situante

Je m’intéressai aux moyens qu’utilisaient les innombrables thérapies pour faire accéder au moment primaire, à l’unité de l’être et à la joie de vivre. En considérant que ce processus était un mouvement d’expansion de l’être, j’en arrivai à l’envisager dans deux mouvements précis, opposés et complémentaires. Un premier mouvement relie les deux grandes dimensions psychique et somatique de l’être : c’est l’extension unifiante. Des pratiques comme la relaxation de Schultz, les postures bioénergétiques ou la respiration élargie jusqu’au ventre, induisent cette extension psycho-somatique. Le second mouvement relie la personne à son environnement/entourage, c’est l’extension situante. Les pratiques relationnelles, surtout celles qui travaillent avec le transfert et dans la matrice affective, connectent le patient avec le thérapeute et/ou le groupe et induisent une unification relationnelle. Mon expérience des principales pratiques à la fois unifiantes et situantes m’a amené à postuler un processus quasi nécessaire : au moment où l’une de ces extensions se faisait, elle déclenchait, tel un réflexe, l’extension complémentaire et, par conséquent, l’expansion globale du moment primaire et de la catharsis. Ce démembrement du processus thérapeutique en deux mouvements distincts est utile. Il situe d’abord chaque pratique par rapport à son mode d’action principal et permet de bien en poser l’indication. Il montre aussi qu’une pratique très simple et bien structurée, comme la relaxation de Schultz par exemple, peut déboucher sur un moment primaire, cathartique, et profondément thérapeutique.

 

Présence Juste

Ce n’est pas un hasard si je me suis intéressé à cette époque à un certain nombre de pratiques de détente, d’épanouissement, de présence et de prise de décision. Un jour je me suis retrouvé sur un télésiège à près de cinquante mètres au-dessus de la neige, coincé sur place pendant une demi-heure. J’ai appelé les différents trucs à la rescousse pour échapper à l’angoisse et, le temps que la mécanique soit réparée, j’avais assemblé les pratiques du bien-être en un puzzle qui s’appela, sur le champ (de neige) « Présence Juste ». Il s’agit d’une thérapie structurée, et même d’un exercice à pratiquer tout seul, qui repose sur les principes du moment primaire (simultanéité des fonctions, connexion avec les réalités externes) à travers les extensions unifiante et situante. La Présence Juste est devenue la Méditation Pleine Présence dans ‘‘La Pleine Présence, une méditation basée sur les 12 principales psychothérapies’’ (Meyer 2013).

 

La topique de la dualité : la dialectique du changement

L’autre révélation de la somatoanalyse est celle du changement. Autant les vécus d’unification sont des modifications importantes, même si elles ne durent pas nécessairement très longtemps, autant les changements réels et prolongés sont nombreux et parfois rapides. Cela commence par le fait qu’un atelier de deux jours rend quasi tout le monde dynamique, gratifiant d’une énergie réelle pour deux à trois jours au moins, ce qui suffit pour introduire des modifications objectives dans la vie quotidienne, professionnelle ou privée. Cela continue parfois par les conséquences douloureuses et angoissantes de ce changement. La médecine officielle nous reproche ces excès. Il y a une vingtaine d’années, on recherchait ces réactions fortes. Aujourd’hui la mode en est de nouveau passée.

Ceci nous ramène cent ans en arrière, à Breuer et Freud. Avec la catharsis, Breuer provoquait des changements intenses et profonds. En créant la psychanalyse, Freud passait à une forme douce de thérapie. Breuer faisait exploser l’émotion, Freud épluchait patiemment les couches de l’oignon, celles des résistances et défenses, pour accéder au cœur… où il restait parfois encore un peu d’émotion ! Moi-même, j’ai donné dans l’intensité socio-somatanalytique, pour privilégier tout autant la douceur de la psycho-somatanalyse. Quand je me rappelle que j’ai failli en rester paraplégique parce qu’un gros malabar m’avait sauté dessus alors que j’étais en roulé-boulé arrière sur la nuque, j’apprécie de travailler dans la matrice affective après avoir tant tenté l’émotion agressive.

Toutes ces petites histoires et grandes observations nous amènent au cœur du changement. Car le changement se fait dans la dimension dialectique, dans l’interrelation des deux grandes fonctions évoquées dans toutes ces histoires de vie, du vécu et de sa structure, du contenu explosif et du contenant à éplucher, de l’essentiel et de l’attentionnel. L’essentiel est du côté du réceptif et du passif, c’est un aggloméré des trois fonctions sensitive, émotionnelle et intuitivo- imaginaire. L’essentiel, c’est aussi le vécu, l’événementiel, le fonctionnel, le jouissif. L’attentionnel est du côté de la réponse et de l’action, un aggloméré d’attention, de régulation et de tension. L’attentionnel, c’est le stabilisant, le structurant, le sécurisant. Quant au changement, il joue sur l’interrelation des deux. Dans l’état de stabilité structurelle, les deux superfonctions s’accommodent d’une relation stable. Dans le changement, leurs relations se modifient : l’essentiel reprend le dessus, l’attentionnel doit en céder.

Schéma 3: Le modèle structuro-fonctionnel

 

Quant aux méthodes thérapeutiques, elles travaillent préférentiellement avec l’une ou l’autre superfonction. Breuer faisait monter l’essentiel en puissance jusqu’à l’explosion, laissant parler la patiente librement, la gratifiant d’une présence fidèle et affectueuse. Freud amadouait l’attentionnel en l’épluchant couche par couche comme un oignon. Mais Ferenczi et Reich ne trouvaient plus rien de vital derrière la dernière feuille, alors ils sont revenus à la catharsis de Breuer. Ils ont recommencé à nourrir l’essentiel par la mise en acte, le contact tendre, la respiration dynamisante ou l’accumulateur d’orgone. Les uns remplissent le contenu pour faire éclater le contenant, les autres affaiblissent le contenant pour libérer le contenu.

Ces leçons de l’histoire et les observations cliniques de la somatanalyse ont rapidement amené des concepts théoriques. En fait, il s’agissait d’abord d’une représentation topographique, d’un schéma à visualiser. La magie de la modélisation réside dans ce qu’elle nous fait voir le plus simplement du monde combien les relations essentio-attentionnelles sont plurielles, variées jusqu’à l’infini et subtiles en même temps. Si on ajoute qu’elles peuvent se figer et se rigidifier ou devenir unilatérales, on voit aussi toutes les répercussions de cette interrelation.

La méthode somatanalytique a réussi à sortir du tout émotionnel ou du tout rationnel. En se construisant sur la communication, elle fait travailler dans la complémentarité essentio-attentionnelle en jouant sur sa dialectique. En effet, dans la relation à l’autre, le vécu est complexe, événementiel et structurant à la fois. La somatanalyse préconise cette globalisation de l’être-là, même si elle met la relation essentio-attentionnelle à rude épreuve, la faisant passer d’un extrême à l’autre. Ainsi elle évite ces décompensations évoquées ci-dessus et qui sont toujours préjudiciables. Comment fait-elle ? Elle pousse l’événementiel, elle fait vivre des choses fortes, mais elle oblige aussi constamment à se référer aux cadres structurants de l’organisation matérielle, de la relation aux autres et des règles du fonctionnement corporel. Grâce à la méthode analytique, le cadre de vie s’impose constamment en tant que structure tierce pour le patient et pour l’analyste. Il suffit que ce dernier insiste sur cette présence tierce pour privilégier l’attentionnement chez le patient. Ça fait structure.

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